Chaque année, plusieurs millions d’utilisations d’animaux sont recensées dans les laboratoires français, correspondant à presque autant d’individus exposés à des contraintes et des souffrances variées pour des buts divers.
Les graphiques ci-dessous illustrent l’évolution de ces chiffres au fil des années. Seuls les animaux vertébrés et les céphalopodes y sont représentés, les autres invertébrés (insectes, décapodes, etc.) n’étant pas couverts par la réglementation et jamais comptabilisés.
Dernière mise à jour le 15/04/2025
(classeur 2023 fourni par le ministère le 14/04/2025)
Documents
Le ministère de la Recherche publie sur son site web les « enquêtes statistiques annuelles » qui résument brièvement les dernières données disponibles. Sur demande, il fournit également les classeurs complets de données, qui sont la base des graphiques présentés ici.
Enquêtes statistiques du ministère de la Recherche
Classeurs de données du ministère de la Recherche
Animaux tués hors procédure
Génotypages
Documents du ministère des Armées
Nombre et provenances
- La quantité totale d’utilisations reste stable avec une très légère tendance à la baisse.
- La grande majorité des animaux utilisés le sont pour la première fois. Ils sont donc généralement tués pendant ou après le projet.
- D’autres sont réutilisés après avoir été employés dans des projets impliquant des souffrances légères ou modérées (voire sévères, sous réserve de dérogation).
- Les lapins et les poissons-zèbres sont de plus en plus nombreux à être utilisés, tandis que les autres poissons le sont de moins en moins. L’utilisation d’individus d’autres espèces reste stable.
- La diminution en 2020 est due à la pandémie, avec l’obligation de tuer de nombreux animaux, qui n’ont donc pas été utilisés ni comptabilisés.
- L’augmentation à partir de 2022 est due à la prise en compte des génotypages, qui n’étaient pas comptabilisés auparavant mais existaient probablement dans les mêmes proportions.
- L’origine des animaux est variable.
- Presque tous les rongeurs et lapins proviennent d’élevages spécialisés agréés au sein de l’Union européenne.
- Les oiseaux, poissons et animaux « de rente » sont régulièrement issus d’élevages non spécialisés (notamment destinés à l’alimentation).
- Les chiens, chats et primates viennent souvent d’élevages situés hors de l’Union européenne.
- Des précisions sont fournies sur l’origine des primates. Malgré l’interdiction d’utiliser des animaux dont les parents ont été capturés depuis novembre 2022, leur nombre ne diminue pas en France.
- L’augmentation du nombre de primates provenant de colonies autonomes à partir de 2023 reflète un changement dans le formulaire de déclaration. Les individus concernés peuvent être de première génération en captivité ou de générations ultérieures.
Souffrances et objectifs
- La répartition des objectifs est plutôt stable au fil des années.
- La plupart sont partagées entre la recherche fondamentale (700 000 à 800 000 animaux chaque année) et la recherche appliquée (400 000 à 500 000 animaux).
- Les utilisations réglementaires diminuent (vers moins de 210 000 animaux chaque année), tandis que la production d’anticorps augmente (vers plus de 240 000 animaux).
- L’augmentation de l’élevage d’animaux génétiquement modifiés à partir de 2022 est liée à l’inclusion des pratiques de génotypage en plus des animaux souffrant de leur modification génétique elle-même.
- L’enseignement supérieur et la formation professionnelle emploient encore plusieurs dizaines de milliers d’animaux chaque année.
- Les utilisations liées à la conservation des espèces, à la protection de l’environnement et aux enquêtes médicolégales restent extrêmement marginales.
- Les souffrances les plus importantes (sévères) touchent environ 200 000 animaux chaque année. Leur proportion est très variable :
- selon les espèces (1 % des oiseaux et lapins, 3-5 % des primates, chiens, cochons et moutons, 10-15 % des rongeurs, 20-30 % des poissons) ;
- selon les domaines de recherche fondamentale (de moins de 5 % pour la biologie du développement à plus de 20 % pour la recherche sur le système immunitaire) ;
- selon les domaines de recherche appliquée (de moins de 10 % pour les troubles endocriniens à plus de 40 % pour les troubles gastrointestinaux et la zootechnie) ;
- selon les types d’utilisation réglementaire (de moins de 3 % pour la pharmacocinétique à plus de 20-30 % pour les contrôles d’activité des lots et les tests de toxicité aiguë) ;
- selon les types de production de routine (en particulier avec la production d’anticorps par la méthode de l’ascite, notée sévère dans 35 à 97 % des cas).
Focus sur les utilisations réglementaires
- Les utilisations réglementaires (contrôles d’activité, tests d’innocuité et de toxicité…) sont en diminution continue depuis 2015 au moins et ne représentent plus que 10% de l’expérimentation animale en France.
- Deux tiers des utilisations de chiens (soit 2500-3000 individus par an) et la moitié des utilisations de primates (soit 1500-1800 singes et guenons par an) se situent dans cette catégorie.
- Le remplacement de ces « tests », contrairement à l’utilisation d’animaux en recherche fondamentale ou appliquée, est soumis à la validation des méthodes de substitution par le Centre européen de validation des méthodes alternatives (ECVAM) et à leur adoption dans les textes réglementaires.
- Le test de détection des pyrogènes, qui concerne presque uniquement des lapins, disparait des textes de la Pharmacopée européenne à compter de juillet 2025, plus de vingt ans après la validation de ses alternatives par l’ECVAM.
- Les méthodes létales d’évaluation de la toxicité aiguë (notamment la dose létale 50 et la concentration létale 50, qui cherchent à déterminer quelle dose tuera la moitié des animaux) concernent encore plusieurs milliers d’individus chaque année en France, en particulier pour les tests de médicaments vétérinaires.
- La quasi-totalité de ces utilisations répond à des législations de l’Union européenne.
- La grande majorité concerne les tests de médicaments à usage humain réalisés avant les essais cliniques.
- Plusieurs milliers d’animaux sont utilisés chaque année pour tester des biocides, des pesticides ou d’autres produits phytopharmaceutiques.
- Les tests relatifs aux produits chimiques industriels, qui relèvent de la réglementation REACH, concernent de plus en plus d’animaux chaque année en France (plus de 20.000 en 2023). Ce nombre peut inclure des animaux utilisés pour tester des ingrédients cosmétiques multi-usages ou même des ingrédients exclusivement cosmétiques pour l’évaluation de la sécurité des travailleurs.
Le contrôle génétique
- Plus de 800.000 animaux génétiquement modifiés sont recensés chaque année en France.
- Il s’agit très majoritairement de souris, mais également de milliers de rats, de lapins et de poissons, et de dizaines de chiens et de cochons.
- Certaines modifications génétiques impliquent un phénotype dommageable, c’est-à-dire des souffrances pour les animaux. C’est le cas des chiens myopathes (qui sont de moins en moins nombreux mais font encore l’objet d’élevages), et de nombreuses souches de rongeurs, dont le nombre augmente au fil des années.
- Au moins avant 2022 (et possiblement encore), ces chiffres n’incluent pas les animaux élevés, utilisés comme reproducteurs, et tués dans le cadre de la création ou du maintien de lignées génétiquement modifiées sans phénotype dommageable, qui étaient plus de 670.000 (dont plus de 650.000 souris) en France en 2017.
- Les méthodes de génotypage, qui servent à vérifier le statut génétique des animaux destinés à être utilisés, sont recensées depuis 2022 – les méthodes invasives devant faire l’objet d’autorisations de projet vu la souffrance qu’ils impliquent pour les animaux.
- Les coupes d’un bout de queue, d’oreille ou de nageoire, qui concernent les rongeurs et les poissons, sont les méthodes les plus fréquentes, appliquées à des centaines de milliers d’animaux chaque année.
- La phalangectomie, qui consiste à couper plusieurs phalanges réparties sur les différentes pattes des souriceaux et ratons afin de les identifier par code numérique et de les génotyper, reste autorisée et concerne plusieurs dizaines de milliers d’individus par an en France.