On peut facilement imaginer que les personnes qui travaillent dans les laboratoires d’expérimentation animale se moquent de la souffrance des animaux ou, pire, qu’elles y prennent du plaisir. Dans l’immense majorité des cas, c’est faux. L’idée d’une justification scientifique et le déni des compétences des animaux sont deux manières de résoudre la dissonance cognitive, et donc l’inconfort moral, qui naissent de la contradiction entre nos croyances et nos actions.
Des recherches en psychologie sociale montrent que des adultes lambdas amenés à infliger des souffrances à un animal (factice) dans un but de recherche médicale sont d’autant plus enclins à poursuivre l’expérience qu’ils sont placés dans un état d’esprit pro-scientifique. De même, dès lors qu’un animal est présenté comme un animal « de laboratoire », on observe un dénigrement de ses capacités mentales complexes.
Comme la plupart des gens, les employés des laboratoires animaliers sont touchés par les souffrances dont ils sont la cause ou les témoins.
En effet, ils participent, directement ou indirectement, aux souffrances des animaux, qu’ils ne sont pas autorisés à soulager si cela risque de mettre à mal les objectifs du projet. Les actes les plus moralement répugnants (en particulier les mises à mort en série) sont souvent délégués aux petites mains, doctorants ou techniciens.
Tous en subissent les conséquences psychologiques, ne pouvant qu’obéir ou démissionner.
Les associations professionnelles d’expérimentation animale parlent généralement de « fatigue compassionnelle ». Ce concept, issu de la littérature en traumatologie, désigne l’épuisement physique et émotionnel éprouvé par les personnes aidantes et soignantes au contact prolongé de la souffrance. Il a été récupéré dans les années 2010 par les laboratoires animaliers, sans y être étudié de manière indépendante. L’OXA préfère les notions de « blessure morale » et de « traumatisme lié à l’acte », utilisées par des spécialistes en psychologie et en sociologie.
Aux États-Unis, l’association Justify a été fondée par d’anciennes techniciennes de laboratoire animalier, sorties de ce milieu avec de graves conséquences psychologiques. Justify cherche à accueillir les personnes qui souhaitent témoigner, voire quitter les laboratoires, pour les guider vers la guérison et avancer vers une science sans compromis moral.