(8) Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Les groupes d’opposition à l’expérimentation animale affirment régulièrement que celle-ci est inutile, voire dangereuse – dans la mesure où les résultats obtenus pourraient créer une illusion de sécurité vis-à-vis de produits potentiellement dangereux. Mais cela évacue la question morale de fond : l’expérimentation animale peut-elle être acceptable si elle est utile ?

L’expérimentation animale peut-elle être utile ?

Certes, la transposabilité des résultats de recherches d’une espèce à une autre est complexe, voire impossible. C’est ce qui explique (en partie) l’échec massif de l’application de nombreux traitements expérimentés sur des animaux autres qu’humains.

Dans les résumés des projets approuvés en France, le choix d’utiliser des rongeurs est souvent expliqué par la connaissance accumulée concernant l’expérimentation sur ces espèces. L’explication est crédible, mais on pourrait également y voir un biais des coûts irrécupérables : toutes les connaissances acquises sur les « modèles » rongeurs deviendraient inutiles avec l’arrêt de l’expérimentation animale, ce qui peut faire hésiter.

Quoi qu’il en soit, les tests sur des individus de l’espèce concernée (par exemple les tests de vaccins canins sur des chiens) apportent au minimum des informations facilement applicables. C’est également le cas des mesures métaboliques suffisamment fines qui peuvent informer la construction des « Adverse Outcome Pathways » (chemins des effets néfastes) en toxicologie.

Le fait qu’une pratique soit utile n’implique pas qu’elle soit légitime. L’expérimentation invasive sur des personnes humaines issues d’élevages et modifiées génétiquement serait très utile à la recherche biomédicale. Pourtant, on reconnaît aisément que cela serait profondément injuste et qu’il s’agirait d’un mal condamnable. Et personne n’oserait dire aujourd’hui que cela serait « nécessaire ». La question éthique en revient donc à la discussion sur le spécisme, largement résolue dans la littérature spécialisée.

Les promoteurs de l’expérimentation animale qualifient systématiquement celle-ci de nécessaire et d’indispensable à la recherche biomédicale. Ce faisant, ils court-circuitent toute possibilité de questionnement moral : puisqu’on ne peut pas faire la même chose autrement, alors la situation actuelle serait acceptable.

La recherche biomédicale peut-elle se faire sans l’expérimentation animale ? 

Plus la recherche scientifique a d’outils à sa disposition, plus elle peut recouper les données obtenues par ses différents outils. La recherche biomédicale avance donc peut-être plus vite avec le concours de l’expérimentation animale qu’elle ne le ferait sans elle. 

Cependant, cela n’a jamais pu être vérifié de manière empirique. De plus, la comparaison ne doit pas se faire entre les situations avec ou sans l’expérimentation animale, mais entre une situation avec l’expérimentation animale et une situation dans laquelle l’argent et les ressources seraient dépensées d’une autre manière.

Rien ne garantit que la recherche expérimentale soit l’utilisation la plus efficace des ressources financières et humaines limitées dont nous disposons pour aider les personnes qui en ont le plus besoin.

Le but de la recherche biomédicale est d’améliorer la santé de la population. Or, ce n’est pas la seule méthode permettant d’atteindre ce but — et ce n’est surtout pas la méthode la plus juste, ni la plus efficace. D’après le mouvement de l’altruisme efficace, les plus grandes quantités de souffrances en matière de santé à l’échelle mondiale sont liées à l’extrême pauvreté. Celle-ci concerne des centaines de millions de personnes et génère des millions de morts chaque année du fait de maladies évitables qui pourraient être soignées à un coût raisonnable grâce à des solutions déjà existantes.