Alternatives, méthodes de substitution, nouvelles approches méthodologiques… Les appellations sont nombreuses mais l’idée est la même : la manière la plus simple de mettre fin à l’expérimentation animale est de la remplacer par des méthodes au moins équivalentes.
L’acronyme NAMs s’est largement popularisé depuis le milieu des années 2010. Selon les contextes, il est l’acronyme :
- des méthodes non animales (Non Animal Methods), appellation qui met l’accent sur l’absence des animaux ;
- des nouvelles approches méthodologiques, expression qui peut aussi bien servir à mettre en avant l’innovation des méthodes alternatives à l’expérimentation animale… ou à diluer l’idée du remplacement en mettant sur le même plan l’utilisation d’animaux et les autres méthodes.
L’OXA privilégie donc l’idée de méthodes non animales.
On distingue globalement trois grandes familles de méthodes non animales, nommées par contraste avec l’expérimentation in vivo (sur des animaux vivants), qui peuvent se combiner ou fonctionner séparément :
les méthodes in vitro, telles que les organes sur puce et organoïdes, assemblages ou cultures de cellules
Les milieux de culture sont encore trop souvent d’origine animale, provenant notamment de tumeurs de souris ou de fœtus de veaux.
les méthodes in silico, telles que les algorithmes prédictifs ou les jumeaux numériques
Les modèles informatiques sont encore souvent basés sur des données issues de l’expérimentation animale.
les méthodes in humano, telles que l’analyse épidémiologique des données de santé et la participation de volontaires librement consentants à des projets de recherche et à des essais cliniques, voire à des essais d’infection contrôlée
L’expression d’une objection de conscience, pour les étudiants, étudiantes, et personnes en poste, peut être une manière d’inciter au développement et à la mise à disposition des alternatives en matière d’enseignement et de formation. L’objection de conscience sur l’expérimentation animale n’est cependant pas encore reconnue dans le droit français en 2025.
Alors que le remplacement est au cœur de nombreuses revendications, l’histoire montre qu’il n’est pas suffisant pour arriver à l’arrêt total de l’utilisation de l’expérimentation animale. D’abord, la disponibilité d’alternatives ne résout pas les résistances liées aux habitudes (comme en témoignent les biais de subvention et de publication en faveur des méthodes in vivo). Mais surtout, tant que de nouveaux modèles animaux pourront être créés, l’expérimentation animale n’aura pas de fin.
Plutôt que le remplacement total « dès que ce sera possible sur un plan scientifique » (demandé par la réglementation européenne), et au-delà des alternatives, nous devons fixer un objectif d’ordre éthique : la fin de l’expérimentation animale pour des raisons de justice sociale. Tout objectif moins ambitieux ne peut aboutir qu’au statu quo qui autorise l’invention de nouvelles manières d’utiliser les animaux.
Les méthodes non animales elles-mêmes peuvent alimenter l’expérimentation animale. Au début du XXe siècle, la radiographie a permis de remplacer la chirurgie ouverte pour observer l’intérieur des animaux – mais des animaux ont été utilisés pour tester les effets des rayons X. Ces dix dernières années, alors que les organoïdes apparaissent comme l’une des méthodes de remplacement les plus prometteuses, des organoïdes sont greffés à des animaux pour créer de nouveaux modèles.
Les associations professionnelles d’expérimentation animale ont tendance à présenter les méthodes non animales comme « complémentaires » à l’utilisation d’animaux. C’est une manière d’effacer l’enjeu éthique de la transition vers une recherche sans expérimentation animale pour ne promouvoir que les enjeux scientifiques.
De nombreuses méthodes aujourd’hui interdites, qui impliqueraient d’infliger à des personnes humaines ce que l’on fait subir actuellement à d’autres animaux, seraient « complémentaires » d’un point de vue scientifique. Mais cela ne dit rien de leur légitimité morale. Leur interdiction est d’ailleurs parfaitement acceptée, bien qu’elle risque de retarder les avancées scientifiques et médicales.