Ce mardi 5 mai, Nicolas Marty, président de l’OXA, donnera une conférence co-écrite avec Kevin Vezirian, membre de notre conseil scientifique, lors de la 8e Journée Interdisciplinaire sur la Condition Animale (JICA 8), organisée par l’équipe HACAB de l’Université de Liège avec un comité de pilotage de l’Observatoire de Recherche sur la Condition Animale (ORCA).
Le sujet : « Peut-on parler de fatigue compassionnelle en expérimentation animale ? ». Un sujet qui s’intéresse de près à la souffrance documentée de nombreuses personnes qui travaillent dans les laboratoires utilisant des animaux. Plus de détails ci-dessous.
Au programme de la JICA 8 : des interrogations sur la reconversion des chevaux de course, le gavage des canards, les animaux familiers, la sélection génétique en élevage, la médiation animale, et l’inclusion des animaux en démocratie, autour de la notion de justice animale et d’animaux « augmentés ».
Edit du 06/05/2026
La JICA 8 a été l’occasion de belles discussions avec de nombreux et nombreuses spécialistes de diverses disciplines qui éclairent la cause animale.
Des recherches de l’ObSAF sur la dépendance du foie gras aux subventions publiques (après un travail de collecte de données qui n’est pas sans rappeler les difficultés à obtenir les documents concernant l’expérimentation animale), jusqu’à des questions plus abstraites telles que la justice animale et la zooinclusivité, en passant par des questionnements sur le rapport des éleveurs à la standardisation des races et la question très large du care, c’était une journée passionante.
La conférence de l’OXA, qui concernait la désignation et le diagnostic différentiel des souffrances vécues par les employé-es de l’expérimentation animale, aboutissait à l’idée que le premier pas vers la solution serait l’ouverture d’une discussion honnête et bien informée, en internet et en externe, afin de permettre une réelle évolution de l’institution qui doit se montrer ouverte à la possibilité de mettre fin à de nombreuses pratiques actuelles. Elle a été extrêmement bien reçue et a soulevé des questions intéressantes, à creuser, notamment sur le rôle du genre des personnes concernées et de l’espèce des animaux utilisés (en particulier lorsqu’il ne s’agit pas de mammifères).
Tous les témoignages internes sont les bienvenus, et nous les recevrons avec la confidentialité qui leur est due et en fonction des préférences de chacun-e.
Abstract de notre conférence
Ces dernières années, un concept a émergé pour caractériser les souffrances des personnes qui travaillent dans des laboratoires utilisant des animaux : la « fatigue compassionnelle ». D’après le Gircor en 2024, il s’agit du « sentiment d’épuisement physique et émotionnel que les professionnels du milieu médical, paramédical et de la recherche sont susceptibles de développer au contact de la souffrance« . Une définition reprise à un Dictionnaire des risques psychosociaux, qui ne mentionne cependant pas les professionnels de la recherche.
Initialement développé au début des années 1990 pour parler des « traumatismes secondaires » touchant les aidants et aidantes de personnes traumatisées (notamment par suite de guerres), ce terme a été repris dans les années 2010 au sein des revues spécialisées en expérimentation animale. Cela a mené à « des dizaines de présentations et de posters sur la fatigue compassionnelle dans les conférences récentes sur les animaux de laboratoire, alors que l’on n’en entendait presque pas parler il y a dix ans », d’après un billet de l’éditeur de Science Online News, qui affirme que « neuf personnes sur dix dans la profession souffriront de fatigue compassionnelle durant leur carrière (…), plus de deux fois plus que les personnes travaillant dans les urgences hospitalières » (Grimm 2023).
Alors que la souffrance des techniciens et techniciennes dans ce domaine ne fait aucun doute et a été étudiée auprès des populations concernées, l’idée de « fatigue compassionnelle » semble désormais s’être imposée dans la communication des associations professionnelles, malgré le manque de clarté épistémologique et conceptuelle relevé par les revues systématiques de la littérature à ce sujet. Dans cette présentation, nous questionnerons la pertinence de ce concept dans le contexte de l’expérimentation animale et la manière dont ce phénomène est pris en charge de nos jours. Nous présenterons les concepts concurrents de traumatisme lié à l’action et de blessure morale pour mettre en avant le besoin de recherches menées par des spécialistes de psychologie et de santé au travail. Nous estimerons enfin les risques inhérents à la gestion actuelle du problème en interne, dont nous montrerons qu’elle est biaisée par des questions politiques et de relations publiques.