Spécisme et expérimentation animale

Difficulté : ★★☆☆☆

Jo-Anne McArthur / NEAVS / We Animals

L’Observatoire de l’Expérimentation Animale (OXA) cherche à approfondir le débat sur les aspects les plus importants et les moins médiatisés du sujet.

Parmi ceux-ci, le « spécisme » tient une place centrale : sans lui, l’expérimentation animale telle qu’on la connait aujourd’hui ne serait pas plus envisageable que la réalisation d’expériences similaires sur des personnes humaines. Pourtant, articles, débats et reportages n’en parlent quasiment jamais, et n’invitent généralement pas les spécialistes d’éthique animale et de philosophie morale à même d’aborder la question de manière rigoureuse et experte.

L’OXA a donc produit un dépliant centré sur cette question, afin d’en faciliter la discussion et le débat sur des bases saines. Ce dépliant sera complété au cours de l’année 2026 par des échanges et des tables rondes avec le conseil scientifique de l’OXA, cherchant à définir ce qui pourrait rester de l’expérimentation animale sans le spécisme.

Qu'est-ce que l'expérimentation animale ?

L’expression « expérimentation animale » désigne toute utilisation des animaux dans le cadre de recherches, de tests ou d’enseignements pouvant impliquer différents degrés de nuisances (détention, stress, douleur, mort).

En France, cette pratique est réglementée avec un système d’agrément des laboratoires et d’autorisations des projets, des « comités d’éthique », et une exigence de justification des souffrances induites via le principe dit des « 3R » :

Remplacer
par d’autres méthodes permettant d’obtenir les mêmes résultats

Réduire
le nombre d’animaux sans compromettre la validité statistique

Raffiner
les méthodes pour réduire les souffrances sans mettre à mal les objectifs du projet

Un problème moral

Les animaux concernés sont sentients, c’est-à-dire qu’ils sont capables d’expériences positives et négatives. Les torts qui leur sont causés ont donc des conséquences sérieuses sur leur santé physique et mentale. Ferions-nous subir cela à des êtres humains ? Si la réponse est non, alors nous avons probablement affaire à du spécisme.

Qu'est-ce que le spécisme ?

Le terme « spécisme » apparaît dans les années 1970 sous la plume du psychologue Richard Ryder, dans un tract d’opposition à l’expérimentation animale. Il sert à nommer une discrimination fondée sur l’appartenance à une espèceou plus largement à un groupe non-humain, dont les membres sont considérés comme des moyens au service de nos objectifs (consommation, divertissement, recherche). Cette idée, pourtant arbitraire, consolide un système d’oppression structuré par de multiples pratiques génératrices de souffrances.

Pour que le spécisme soit défendable, il faudrait trouver une propriété morale essentielle possédée par tous les humains – et seulement par les humains. Or, de nombreuses capacités autrefois considérées comme « proprement humaines » sont aujourd’hui observées chez d’autres animaux (sentience, communication complexe, mémoire, émotions, projets). Et inversement, les humains ne les possèdent pas toutes à chaque moment de leur vie.

À la lumière, notamment, de la Déclaration de Montréal (2022) signée par plus de 550 spécialistes, une conclusion s’impose : l’espèce ne constitue pas un critère pertinent pour déterminer le statut moral d’un individu et le spécisme est immoral.

La sentience

Les travaux scientifiques actuels montrent que de nombreux animaux sont sentients : ils ressentent du plaisir, de la douleur, de la peur, du stress et poursuivent activement ce qui leur est favorable. Ils ont des préférences, des sensations et des émotions. C’est cette capacité à être affectés positivement ou négativement par ce qui nous arrive qui fonde la considération morale — bien plus que l’apparence, le genre, l’intelligence, la couleur de peau ou l’utilité que l’on nous accorde.

Spécisme et expérimentation animale

En recherche biomédicale, humains et autres animaux ne sont pas protégés selon les mêmes principes.

Les Comités de Protection des Personnes (CPP) appliquent une logique déontologiste : certains actes sont interdits malgré leur intérêt pour la science, car les individus humains ont des droits fondamentaux qui priment toujours (Code de la santé publique, L.1121-2).

Au contraire, avec les 3R, les comités d’éthique en expérimentation animale (CEEA) suivent une logique instrumentaliste. On limite les souffrances des animaux – mais seulement tant que cela ne gêne pas l’objectif scientifique. Autrement dit, tout bénéfice pour les humains sert à justifier n’importe quelle souffrance infligée aux animaux, dès lors qu’elle est jugée « utile ».

C’est ainsi que dans les discussions sur l’éthique des xénogreffes, on entend plus souvent parler du malaise ressenti par les humains face à la perspective de recevoir un organe de cochon, que de la violence faite aux cochons utilisés comme réservoirs d’organes.

Même au sein du système, tous les animaux sentients ne comptent pas de la même manière. Le spécisme, c’est aussi ça :

Modifier des lignées génétiquement pour produire des individus malades, greffer des tumeurs, créer volontairement des lésions nerveuses… Autant de pratiques désormais inimaginables pour des humains, mais tolérées pour d’autres animaux.

L’une des causes de ce traitement est leur essentialisation en tant qu’ « animaux de laboratoire ». C’est ce qu’on voit également avec les recherches expérimentales vétérinaires, qui font souffrir et tuent des rongeurs, chiens et chats « de laboratoire » au profit d’animaux « de compagnie » privilégiés par les humains. Le laboratoire ne se contente donc pas d’utiliser des animaux : il reproduit et renforce le système spéciste.

L'expérimentation animale peut-elle exister sans le spécisme ?

Et si l’on appliquait à l’expérimentation sur des animaux sentients les mêmes standards qu’à la recherche impliquant des personnes humaines vulnérables ? Pour l’éthicienne Angela Martin , cela impliquerait notamment :

  • le respect d’une forme de consentement, via les indices de leur assentiment ou de leur opposition ;
  • la primauté de leurs intérêts fondamentaux (notamment vivre et éviter les maladies)  ;
  • l’interdiction de les instrumentaliser comme de simples ressources biologiques ;
  • la perspective d’un bénéfice direct ou indirect pour chaque animal impliqué ;
  • l’évaluation strictement indépendante des projets selon des critères non spécistes.

Ce que vous pouvez faire

Laboratoires

Prenez en charge la question du spécisme et soumettez votre usage des termes de la philosophie morale (éthique, balance coût-bénéfice, etc.) aux spécialistes de cette discipline.

Journalistes

Interrogez des spécialistes de philosophie morale et d’éthique animale pour vos sujets sur l’expérimentation animale, afin de ne pas laisser le débat entre les mains des seuls biologistes et d’élargir le questionnement au-delà des alternatives.

Activistes

Abordez le sujet non seulement au prisme des alternatives envisageables, mais comme une question de justice sociale.

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