
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 17/01/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-231618)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Au cours des dernières décennies, l’utilisation des communications mobiles cellulaires a augmenté, entraînant une exposition croissante de la population mondiale aux champs électromagnétiques artificiels. Cette exposition soulève des questions sur les éventuelles conséquences biologiques et sanitaires. Bien que la littérature humaine et animale se soit accumulée au cours des 30 dernières années, des incertitudes persistent concernant les effets biologiques et comportementaux des champs électromagnétiques artificiels, en particulier dans la gamme des radiofréquences utilisée pour la téléphonie mobile notamment. De plus, une diminution continue et mondiale de la fertilité masculine est observée depuis environ 50 ans. Une explication possible serait la sensibilité particulière du système reproducteur masculin à certains facteurs environnementaux. Dans ce contexte, l’accélération du développement des technologies de télécommunications au cours des 15-20 dernières années soulève le problème de l’impact de l’exposition des testicules aux radiofréquences. Ce projet a pour objectif d’étudier l’impact des radiofréquences de la 5G sur la fonction reproductive masculine chez les rats juvéniles. Dans cette étude expérimentale, l’impact d’une exposition chronique aux radiofréquences de la téléphonie mobile 5G à deux fréquences (900 MHz et 27,5 GHz) sur divers marqueurs de la fertilité masculine sera exploré (hormones sexuelles dans le sang, intégrité des spermatozoides et testicules). Pour cela, des rats pré-pubères sont exposés aux radiofréquences de la 5G jusqu’à l’âge adulte, afin d’évaluer plus spécifiquement l’impact de cette exposition pendant cette période de fragilité maximale du système reproducteur. De plus, chez l’homme, cette période est aussi celle de l’entrée dans l’utilisation, parfois intensive, des outils numériques utilisant ces signaux de radiofréquences.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Le principal bénéfice attendu est l’apport de connaissances complètement nouvelles considérant que i) ce projet représente la 1ère étude comparative des effets de 2 signaux radiofréquences de la technologie 5G. À notre connaissance, aucune étude n’a investigué la toxicité sur le système reproducteur de ces signaux radiofréquences de la 5G, en particulier dans la gamme des ondes millimétriques (24-28 GHz). L’exposition aux radiofréquences est représentative d’une exposition environnementale (sans élévation de la température corporelle, ex : antenne relai) grâce à l’utilisation d’une chambre de réverbération. ii) Peu de travaux ont été réalisés sur une durée d’exposition couvrant deux cycles de la formation des spermatozoides, c’est-à-dire une durée suffisamment longue pour observer d’éventuels effets sur la fertilité masculine. iii) le projet cible l’impact des signaux radiofréquences de la téléphonie mobile commençant à l’adolescence, soit chez des sujets n’ayant pas atteint la maturité sexuelle au début de l’exposition et qui, comme chez l’humain, vont grandir dans un environnement avec les radiofréquences de la téléphonie mobile notamment. L’adolescence est une période de fragilité/vulnérabilité rarement abordée dans les études expérimentales. Chez l’humain, c’est la période où l’utilisation des téléphones mobiles/écrans augmente de manière exponentielle.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Ce projet qui contient une seule procédure, consiste, chez des rats habitués à leur environnement au laboratoire et à l’expérimentateur, en une exposition quotidienne de 2h, les jours de semaine, dans une chambre réverbérante dédiée à l’exposition aux radiofréquences et ceci pendant 3 mois environ. Cette chambre éclairée et ventilée peut contenir jusqu’à 24 rats en cage individuelle. Ainsi les rats, sont placés tous les jours sauf le week-end dans leur cage individuelle d’exposition et placés sur un rack puis introduit soit dans la chambre (groupes radiofréquences et groupe contrôle chambre) ou placés sur un rack à l’extérieur de la chambre (groupe contrôle cage).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Aucune nuisance importante n’est attendue. Les rats sont habitués à l’expérimentateur et à leur environnement à partir du 5e jour après leur arrivée au laboratoire, et à la chambre d’exposition à partir du 8e jour, soit avant le début des expositions aux RF. Aucune manipulation ou expérience pouvant être considérée comme stressante ou douloureuse n’est attendue dans le cadre du projet. En effet, l’exploration de la fonction reproductive se fera post-mortem sur le sang et les tissus récupérés. De plus, nous avons une grande expérience de ce type d’études expérimentales consistant à exposer des rats jeunes ou adulte aux radiofréquences de la téléphonie mobile dans une chambre réverbérante.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort à l’issue de chaque procédure pour prélèvements sanguins et des tissus postmortem ( testicules).
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Ce projet aujourd’hui ne peut, ni être réalisé à l’aide de modèles cellulaires, organoïdes ou autre, ni être modélisé par l’informatique ou encore l’intelligence artificielle. En effet, dans notre projet, il n’est pas possible de travailler in vitro sur des spermatozoides ou des cellules qui vont permettre leur formation car nous devons tenir compte pour étudier la fonction de reproduction, de l’ensemble du testicule. Celui-ci comprend des vaisseaux sanguins, des cellules produisant des hormones mâles, des tubes séminifères où se forment les spermatozoides et un tissu conjonctif qui joue notamment le rôle de lien, de soutien des differents composants du testicule. Ainsi, le testicule est un organe très complexe et la formation des spermatozoides est finement régulée. C’est pour cela que nous analysons les profils hormonaux sanguins pour déceler d’éventuelles modifications post-exposition aux radiofréquences. Nous voulons étudier l’intégralité de la fonction testiculaire, soit sa fonction de production de spermatozoides et sa fonction de synthèse des hormones sexuelles mâles. Ainsi, nous avons besoin de travailler sur l’animal pour étendre nos connaissances sur ces processus physiologiques en lien avec la fonction de reproduction masculine, notamment dans le contexte des expositions environnementales aux radiofréquences qui de plus, pourront enrichir les données exploitables en modélisation dans le futur. Notons que les modèles murins possèdent des fonctions de reproduction proches de l’homme, et que les troubles de la fertilité masculine sont particulièrement étudiés chez ces animaux. Les études chez le rat représentent ainsi des opportunités uniques pour l’étude de fonctions reproductives et pour l’ouverture vers de nouvelles approches thérapeutiques et la réalisation de tests précliniques.
2. Réduction
A propos du nombre d’animaux utilisé, les résultats attendus pour être valides doivent être statistiquement justifiés, c’est pourquoi nous avons adapté le nombre d’animaux utilisés au plus juste, pour atteindre la validité statistique en fonction des objectifs que nous nous sommes fixés, soit une évaluation complète des marqueurs sanguins et tissulaires de la fertilité masculine. Nous avons réalisé une étude pilote avec 6 rats adultes issus d’un projet précédent et nous avons observé 1 rat présentant des particularités histologiques inattendues et non observable chez ses congénères. De plus, notre projet concerne des rats juvéniles qui présentent des variations attendues dans la progression de la spermatogenèse et les taux circulants d’hormones sexuelles et dont nous ne savons pas comment ces variations liées à l’âge évolueront au cours de l’expérience une fois qu’ils auront atteint l’âge adulte.
3. Raffinement
Les animaux bénéficient de soins appropriés pour optimiser leur bien-être au quotidien, réduire la souffrance et l’angoisse tout au long des expériences. Ceci est aussi essentiel car la validité/reproductibilité de nos données en dépend : comme de nombreuses autres fonctions physiologiques, la fonction de reproduction masculine est très sensible aux effets du stress et de l’inconfort. De plus, les rats sont hébergés en groupes sociaux pour respecter le caractère grégaire de ces animaux et des éléments d’enrichissement (barreau à ronger) sont intégrés dans leur environnement. Les rats sont manipulés quotidiennement par le/les expérimentateurs à partir du 5e jour après leur arrivée au laboratoire pour habituation et familiarisé avec la chambre d’exposition à partir du 8e jour de leur arrivée au laboratoire. Des points limites ont été établis en accord avec la cellule BEA de notre laboratoire et la vétérinaire référente, permettant d’interrompre les procédures et de soulager la souffrance animale lorsqu’elle est présente.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Nous avons choisi le modèle Rat pour nous appuyer directement sur les nombreuses données de la littérature anatomique et fonctionnelles depuis plus de 20 ans et qui en font un modèle de choix pour ce type d’étude. Les animaux sont utilisés dès l’âge juvénile, soit 30 jours au début des expositions aux RF : ils arriveront au laboratoire à l’âge de 22 jours environ, juste après le sevrage. L’objectif du projet est d’explorer l’impact d’une exposition chronique aux RF de la 5G sur le développement de la fonction de reproduction. C’est aussi l’objectif du projet de se placer à la période où chez l’humain, les adolescents/jeunes adultes deviennent aussi des grands utilisateurs des outils numériques et notamment du téléphone mobile, utilisant ces signaux de la 5G.