Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Il s’agit de renseigner la dynamique de dévalaison et le risque de prédation de juvéniles d’esturgeon européen dans le cadre du programme de repeuplement de l’espèce. Cette étude se déroulera dans 2 fleuves en parallèle et portera sur des juvéniles âgés de moins d’un an. Il s’agit de renseigner grâce à des suivis individuels par télémétrie la durée passée en eau douce, dans les zones sans et avec l’influence de la marée pour chaque fleuve et le moment de l’entrée dans l’estuaire salé. Les juvéniles seront équipés de marques acoustiques dotées d’un capteur spécifique permettant d’identifier l’ingestion par un prédateur afin de quantifier le risque de prédation au cours du trajet. Dans le cadre du programme de repeuplement, ces informations sont essentielles. Elles permettront de comparer les comportements et les risques entre les deux fleuves et d’adapter, si nécessaire, les stratégies de repeuplement. Le comportement de dévalaison pourra être comparé à des données acquises antérieurement avec des individus un peu plus grands et enrichis des informations sur la prédation. En effet, depuis ces quinze dernières années, les populations d’un prédateur potentiel, le silure glane, ont explosé dans les bassins versants concernés et plus largement en Europe de l’ouest, impactant plusieurs espèces ce qui pose la question de l’impact potentiel sur la survie des esturgeons relâchés. Par ailleurs, les juvéniles impliqués dans le projet actuel sont nés de parents nés en captivité alors que les études précédentes, datant de plus d’une dizaine d’années, avaient été menées avec des juvéniles nés en captivité mais issus de parents d’origine sauvage. Il est donc également possible que les comportements qu’ils développent en milieu naturel après lâcher soient influencés par leur origine.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Ce projet vise à améliorer les connaissances sur le comportement de dévalaison d’une espèce en danger critique d’extinction et faisant l’objet d’un programme de repeuplement. La comparaison des comportements entre les fleuves n’a jamais été réalisée et on peut s’attendre à des différences liées aux caractéristiques des habitats au sens large (physique et physico-chimique) et au peuplement biologique (présence de prédateurs). Cette expérience permettra d’apporter des éléments qualitatifs et quantitatifs sur la durée de séjour dans les fleuves, la localisation des juvéniles, leur rythme jour/nuit, le taux de juvéniles qui atteignent l’estuaire salé et le taux de prédation piscivore dans les différents secteurs des fleuves. En fonction des résultats les pratiques de repeuplement pourront ainsi être adaptées.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Les poissons (110 au total) prélevés dans leur bassin d’élevage, à l’épuisette et individuellement, seront placés dans un bac d’anesthésie qui sera rapidement transféré vers la salle chirurgicale à proximité. Pour chaque juvénile, nous procèderons ensuite à l’implantation d’une marque acoustique dans la cavité abdominale. Cette opération chirurgicale, qui dure moins de 5 min, sera réalisée sous anesthésie générale. Après avoir placé l’animal anesthésié sur le dos dans une gouttière de contention, une sédation (anesthésie plus légère) sera maintenue ainsi que l’humidification du corps pendant toute la durée de la chirurgie. Le réveil de l’animal en eau claire sera surveillé avant qu’il ne soit remis dans son bassin d’élevage d’origine afin qu’il récupère dans un environnement connu durant 5 jours avant le lâcher en fleuve.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Les individus peuvent subir un stress dû à la manipulation : transfert du bassin d’élevage au bassin d’anesthésie. La procédure de marquage étant réalisée sous anesthésie en respectant les bonnes pratiques, nous nous attendons à un stress et une douleur limités. De même, pendant le transport et la phase d’acclimatation au site de lâcher, les individus peuvent subir un stress dû à un changement d’environnement.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Les juvéniles marqués seront relâchés en milieu naturel, le but étant de caractériser leur comportement de dévalaison et le risque de prédation.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Aucun remplacement ne peut être envisagé car l’expérience porte sur l’espèce considérée. Ces lâchers expérimentaux avec suivis par télémétrie dans le milieu doivent permettre de renseigner précisément la dynamique de dévalaison et le risque potentiel de prédation de ces juvéniles dans le cadre du programme de repeuplement de l’espèce.

2. Réduction

3R / Réduction :

Nous avons estimé le nombre nécessaire de juvéniles pour l’expérimentation à 55 par fleuve soit 110 au total. A ce jour, aucune étude de ce type n’a été réalisée pour étudier le taux de prédation de juvéniles d’esturgeons dans le cadre de leur dévalaison. Si on se base sur des taux de prédation évalués dans le même bassin versant pour une autre espèce en phase de montaison (aucune étude sur des juvéniles en dévalaison) au printemps (lamproie marine), les taux de prédation étaient très élevés et estimés à 80%. Le taux de prédation correspond à un résultat mais il est d’important également d’avoir des informations sur le comportement de dévalaison de juvéniles non prédatés. Si on observe un taux de prédation aussi élevé, il resterait 12 juvéniles par fleuve pour étudier le comportement de dévalaison. C’est relativement peu mais cela permettra de savoir si les comportements sont similaires ou très variables. Une étude précédente dans un fleuve a permis de renseigner le comportement de dévalaion de juvéniles d’esturgeons européens plus grands (180g et 30cm en moyenne) que ceux ciblés par la présente étude. Environ 75% des juvéniles avaient atteint l’estuaire salé ce qui nous semblait un résultat satisfaisant dans le cadre des pratiques de repeuplements qui débutaient. Mais le risque de prédation il y a plus de 15 ans était beaucoup plus faible et nous ne disposons pas de données actualisées dans les deux fleuves ce qui nous amène à proposer le projet actuel. De plus, une de nos études précédentes, ciblée sur le comportement de dévalaison à l’automne de plus jeunes stades (10g et 14cm en moyenne) que la présente étude visait à comparer les comportements et les taux de détection en milieu naturel d’individus issus de modalités d’élevage différentes (environnement enrichi ou non). Les résultats ont mis en évidence un effet positif de l’enrichissement en captivité incitant à une amélioration des pratiques de repeuplement ; le taux moyen de poissons détectés en milieu naturel étant de 69% toutes conditions confondues (min. 50%, max. 90% selon les modalités d’élevage) avec 61 juvéniles lâchés initialement. Au vu des effectifs de ces deux précédentes études dont les résultats ont permis de répondre aux questions posées, la proposition ici d’un effectif similaire de 55 juvéniles par fleuve nous paraît pertinente.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Pendant l’élevage, les juvéniles disposent de conditions enrichies afin d’améliorer leur bien-être et les préparer à un lâcher en milieu naturel. Ainsi, dans leur bassin, il y a du courant, leur permettant un entrainement à la nage, des blocs disposés sur le fond du bassin, afin d’imiter de manière simplifiée la variabilité des fonds en milieu naturel et les bassins sont placés à l’extérieur afin de bénéficier d’une photopériode naturelle. Lors des opérations de chirurgie destinées à la pose des marques dans leur abdomen, les poissons seront anesthésiés profondément et surveillés jusqu’à leur réveil (surveillance des différentes étapes de l’endormissement, des battements operculaires, du comportement de nage au réveil). Tout au long de l’opération, ils seront placés sur le dos dans une gouttière en V humidifiée, une dose sédative d’anesthésique sera diffusée au travers des branchies et leur corps sera maintenu humide. Les manipulations seront effectuées par du personnel qui est habitué à travailler avec l’espèce et qui dispose des formations adaptées en matière d’expérimentation animale et de chirurgie sur poissons. Après l’intervention, les individus seront replacés dans leur bassin d’origine afin de leur laisser 5 jours de récupération avant leur lâcher dans les fleuves.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

L’étude porte sur des esturgeons européens afin d’améliorer les connaissances sur leur écologie et de raffiner les pratiques de repeuplement actuelles de cette espèce. Les poissons impliqués sont des juvéniles de moins d’un an pesant au minimum 85g. A ce stade, les juvéniles sont en phase de dévalaison de l’eau douce vers l’estuaire salé. Ce projet vise à étudier ce comportement, ainsi que le taux de prédation encouru sur ce trajet. Le poids de chaque poisson correspond au poids à partir duquel l’implantation des marques choisies n’a aucun impact délétère notable sur les poissons d’après la littérature et notre expérience.