
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 30/06/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-196882)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Depuis les années 1980, de nombreuses femmes porteuses de greffes d’organes ou sous immunosuppresseurs (IS) pour une maladie auto-immune, ont mené des grossesses à terme. De plus, des greffes d’utérus sont maintenant envisageables pour des femmes nées sans utérus, souhaitant mener une grossesse. Pendant et juste avant la grossesse, le traitement IS doit être optimisé pour contrôler le risque de rejet, protéger l’immunité anti-infectieuse, et préserver le fœtus de la toxicité des médicaments. Les IS fréquemment utilisés pendant la grossesse chez les femmes porteuses de greffes d’organe ou traitées pour une maladie auto-immune sont ceux que nous allons tester. Quelques études (données épidémiologiques et travaux ex vivo) ont déjà été menées pour suivre la toxicité des IS sur le rein et sur la fertilité. Les traitements aux IS, qui ne peuvent pas être interrompus pendant la grossesse, exposent le fœtus à une concentration potentiellement élevée de ces médicaments. Après la naissance, des études ont estimé que les concentrations sanguines de médicaments étaient faibles et sans conséquence pour le développement ultérieur de l’enfant. Néanmoins aucune étude n’a été effectuée pour suivre le développement de l’enfant jusqu’à l’âge adulte et pour contrôler ses fonctions rénales et reproductives. Pourtant, cette exposition in utero pourrait provoquer une maladie rénale chronique chez l’enfant, ainsi que de l’hypertension artérielle et des problèmes de fertilité, qui sont des pathologies pour lesquelles un dépistage précoce peut amener à une prise en charge adaptée. Ce projet vise à étudier, chez la souris, l’impact de deux immunosuppresseurs sur 1) la gestation, 2) la toxicité sur le rein, 3) la fonction de reproduction des descendants exposés in utero 4) la fonction rénale des descendants exposés in utero. Cette étude doit non seulement permettre de déterminer les effets possibles des IS sur les fonctions rénale et reproductive (étude de la fertilité) de la mère, mais également un suivi de la descendance sera effectué pour déterminer si son développement est normal et si les fonctions rénales et reproductives ne sont pas altérées. Le modèle choisi (souris) pour mener ces expériences présente l’avantage d’étudier les effets des IS sur la mère et sa descendance, sur un temps court, limitant les risques liés à l’immunosuppression.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Aujourd’hui, il n’existe pas de données épidémiologiques concernant le risque d’hypertension artérielle ou de maladie rénale chronique à long terme et en particulier à l’âge adulte après exposition in utero à ces médicaments, alors que la santé des enfants nés de femmes transplantées d’organe est une préoccupation majeure des parents et des praticiens qui les suivent. L’impact des IS in utero sur la fertilité de la descendance est quant à lui totalement inconnu et non étudié à ce jour. Ce projet se concentre sur deux IS et pourrait permettre de mettre en évidence l’existence d’une hypertension artérielle, d’anomalies de la fonction rénale ou de troubles de la fertilité chez les descendants et de caractériser les anomalies dans les reins, et les organes reproducteurs. A plus long terme, d’autres études sur l’impact de nouveaux IS pourront être menées ultérieurement par l’équipe pour étudier l’effet séparé ou en combinaison de ces différents traitements. Les résultats escomptés permettront d’améliorer le conseil prénatal des femmes qui envisagent une grossesse sous IS, de favoriser le dépistage et la prévention chez les enfants et les jeunes adultes qui ont été exposés in utero à ces traitements IS
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Administration douce (volontaire) de deux immunosuppresseurs, 1-2 minutes,deux fois par jour pendant 70 jours. Micro-prélèvements sanguins (30 secondes) 1 fois par semaine , pendant 10 semaines et pour un groupe de souris (n=18), 12 micro-prélèvements additionnels,sur 12 heures. Mesure de la tension artérielle, induisant une contention de 10 à 15 minutes, 3 fois par animal. Prélèvement d’urine par contention (10 secondes, 1 fois)
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Effets des IS sur les mères traitées et sur leur descendance : 1- risque de néphrotoxicité : le dosage de la créatinine, mesuré par des micro prélèvements répétés de sang, permet de faire le dépistage de l’insuffisance rénale. Ces micro-prélèvements de sang répétés entraineront du stress, une douleur légère. Recueils d’urine : léger stress de la contention. 2-risque d’hypertensension artérielle : léger stress de la contention pendant la mesure de la pression artérielle.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux traités et les premiers descendants sont euthanasiés pour prélèvement des organes nécessaires aux analyses. Les animaux de seconde génération, issus de grand-mères traitées, seront euthanasiés à la naissance.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Des études réalisées chez des femmes exposées aux IS suite à une transplantation rénale, ont estimé que les concentrations sanguines de médicament chez le nouveau-né était très faible et sans conséquence pour son développement ultérieur dans les premières années de vie. Par ailleurs, des études ex vivo de reins fœtaux humains exposés aux IS et réalisés au laboratoire, ont montré un effet négatif sur le développement rénal, après 7 jours d’exposition. Ces cultures ex vivo ne peuvent cependant pas mimer un temps long d’exposition aux IS. Pour connaitre l’impact des expositions in utero des IS, et mettre en évidence l’existence d’une hypertension artérielle, d’anomalies de la fonction rénale ou de troubles de la fertilité chez les descendants, le modèle souris présente l’avantage de pouvoir réaliser une exposition avant, pendant et après la gestation couvrant toute la période de l’allaitement, ce qui n’est pas possible sur le modèle ex vivo de la culture d’organes déjà réalisée. De plus il permet d’étudier sur un temps court les effets des IS sur la mère et sa descendance.
2. Réduction
Pour l’expérience pilote , le nombre de souris femelles utilisées est restreint au minimum soit 3 souris par traitement IS. Trois doses différentes par IS seront distribuées aux souris. Par conséquent, pour les deux IS testés, 18 souris femelles de 5 semaines seront utilisées. Pour l’expérience complète , le nombre de souris est ajusté en utilisant un test statistique et correspondant au nombre minimal d’animaux nécessaires pour des analyses statistiques valides. La procédure pliote permettra d’établir la dose à administrer dans la seconde procédure ce qui limitera à un seul groupe de traitement. Comme les deux IS seront repris dans le même mélange huile de tournesol/lait concentré, un seul groupe placebo pourra être exploité et utilisé comme contrôle pour les deux IS.
3. Raffinement
Les animaux sont hébergés en groupe. De l’enrichissement est ajouté : matériel de nidification et un objet pour se mettre à l’abri. Le suivi du poids et une observation clinique quotidienne des souris permettront de prévenir la survenue de problèmes potentiels. Une grille du suivi du bien-être des animaux est établie et inclue les critères de poids corporel, d’’apparence générale et de comportement. Le comportement maternel (allaitement, déplacement et toilettage des petits) sera également contrôlé. Des points limites suffisamment prédictifs et spécifiques à chaque procédure seront appliqués, comme la perte de poids ou une altération de l’apparence et du comportement. Pour limiter le stress des animaux, l’administration des médicaments se fera par une nouvelle méthode volontaire, par voie orale, alternative douce à la technique du gavage ; Après 2 semaines d’entrainement, aucune contention n’étant nécessaire pour la prise du médicament, le stress est diminué. Le volume de sang nécessaire aux analyses nous permet de réaliser des micro prélèvements, peu invasifs ; le recueil des urines et la mesure de la tension artérielle nécessitent une légère contention de l’animal (avec isolement des animaux pendant 15 minutes comprenant la préparation de l’animal, son acclimatation à l’environnement et la mesure).
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le modèle choisi pour mener ces expériences est la souris car il présente l’avantage d’étudier sur un temps court les effets des IS sur la mère et sa descendance. Afin de conserver une variabilité inter-individus comme cela est observée chez l’Homme, nous utiliserons l’espèce non consanguine qui est couramment utilisée pour étudier l’effet de substances chimiques ou pharmacologiques. Cette lignée possède également d’autres avantages comme une taille de la portée au sevrage d’environ 12 souriceaux et une faible mortalité post-natale, ce qui augmente la puissance statistique. Des souris adultes et matures sexuellement (femelles traitées aux IS) et leur petits (mâles et femelles) sont suivies pour déterminer leur capacités reproductrices.