
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 30/07/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-359677)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’addiction aux drogues est une maladie qui touche la santé mentale et qui a des effets importants sur la vie des individus et sur la société dans son ensemble. Une caractéristique de cette maladie est le risque de rechute, même après avoir arrêté la drogue pendant un long moment, en raison de changements durables dans le cerveau causés par la consommation de drogues. Il est donc essentiel de comprendre ces changements pour créer de nouvelles solutions pour aider les personnes qui souhaitent s’en sortir. Notre équipe se concentre sur deux zones du cerveau : le cortex insulaire (ou insula) et l’aire tegmentale ventrale. L’insula est impliquée dans la perception de notre corps, la gestion de nos émotions et la prise de décisions, et joue un rôle important dans les comportements de dépendance. L’aire tegmentale ventrale est quant à elle liée à nos mécanismes de récompense, de motivation et d’apprentissage, et des changements dans son activité ont souvent été observés après une consommation prolongée de drogues. Le but de notre projet est de comprendre comment l’insula et l’aire tegmentale ventrale interagissent. Nous pensons que les variations dans l’activité de l’insula peuvent influencer l’activité des neurones de l’aire tegmentale ventrale, soit directement, soit par l’intermédiaire d’autres zones du cerveau qui régulent nos émotions, comme l’amygdale ou le noyau du lit de la strie terminale. Pour tester cette idée, nous allons modifier l’activité de l’insula grâce à des traitements médicamenteux, puis observer comment cela affecte l’aire tegmentale ventrale. Nous commencerons par des rats sains, puis nous étudierons des rats ayant été exposés à la cocaïne. En ajustant l’activité de l’insula, nous pourrons voir si cela induit des changements spécifiques dans le cerveau des rats dépendants à la cocaine. Par la suite, nous simulerons des traitements comme la stimulation transcrânienne, qui agit sur l’insula, pour tester l’efficacité de ces approches. Ce projet pourrait ouvrir la voie à de nouvelles façons de traiter l’addiction et ses effets sur le cerveau.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
À brève échéance, une meilleure compréhension des mécanismes de l’addiction est envisagée, tandis qu’à moyen terme, cette progression devrait conduire à une optimisation des traitements contre l’addiction.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
– chirurgie d’implantation de cathéter intraveineux (durée : 15minutes par animal, 396 animaux) pour permettre l’auto-administration. – chirurgie crâniale sans réveil avec enregistrement de l’activité des neurones : 1 fois (2-4 heures par animal, 638 animaux). Sur animaux vigiles : – 10 sessions d’auto-administration (10 sessions de 6 heures, 1 session / jour, 396 animaux) suivies d’une période d’abstinence de 45 jours maximum (animal isolé jusqu’à 77 jours).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les nuisances attendues pour ce projet sont : -Chirurgies pour placer le cathéter: inconfort ( maximum 1 heure) au réveil, et douleurs post-opératoire minorée par des antalgiques (pendant 2 jours) -Cathéter intraveineux : gène légère pendant la durée de l’expérience (10 fois 6 heures) – Auto-administration de cocaïne : stress modéré (maximum 8 heures) chez certains rats – Abstinence et isolement : léger stress pendant 60 jours
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort pour des prélèvements et analyse des cerveaux.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Ce type de recherche vise à comprendre les bases d’un processus psychobiologique et peut-être uniquement mené sur un animal vivant. En effet, nous étudions les bases comportementales et neurobiologiques impliquées dans l’addiction. L’étude de ce processus nécessite la présence de réseaux neuronaux intacts et fonctionnels qui sont uniquement accessibles dans des modèles d’animaux intègres et donc vivants. Après vérification, il n’a pas été trouvé de test in vitro ou in silico permettant d’effectuer cette recherche et il n’est donc pas envisageable d’utiliser des méthodes de substitution à l’animal entier.
2. Réduction
Le nombre d’animaux nécessaires pour ce projet est basé sur des calculs permettant de définir le nombre suffisant par groupe pour détecter des différences biologiques importantes. Les expériences seront réalisées par étape. Le résultat d’une étape conditionne les étapes suivantes. Il est possible que toutes les étapes ne soient pas réalisées. En tout, un maximum de 638 rats sera nécessaire pour ce projet, et les ajustements du nombre d’animaux se feront selon les résultats obtenus.
3. Raffinement
Le bien-être des animaux est pris en compte à chaque étape par une surveillance régulière de l’état de santé des animaux (alimentation, apparence, comportement) et des actions seront mises en place en cas de problème(s) observé(s), avec la mise en place d’une grille de score, l’utilisation de points limites adaptés, gradés, précis et spécifiques, d’un arbre décisionnel et de critères d’intervention et d’arrêt de souffrance suffisamment précoces. Un animal atteignant un des points limites définis nécessitant une intervention est pris en charge sans délai. . Les rats seront hébergés dans des cages ventilées, température et humidité contrôlées, avec un enrichissement dans la cage fourni par l’animalerie (stick ou pièce de bois à ronger pour assouvir leur besoin naturel de ronger) et accès à l’eau et à la nourriture ad libitum. Les procédures débuteront après une période d’acclimatation à l’animalerie de 7 jours minimum. Lors des chirurgies un recours à une anesthésie générale, additionnée d’une anesthésie locale en présence d’antalgiques, ainsi que d’un maintien de la température par tapis chauffant sera effectué. Dans le cadre des chirurgies d’implantation de cathéter, un traitement antalgique sera poursuivi en postopératoire durant 48heures (faisant un total de 72heures). Une habituation à l’expérimentateur sera réalisée (manipulation (2minutes/rat) 2 fois avant la chirurgie d’implatation de cathéter.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le rat est l’animal le plus utilisé pour l’étude de l’addiction dans les modèles animaux. En effet, les rats ont des réponses aux drogues qui sont similaires à celles de l’humain et ils s’auto-administrent toutes les drogues abusées par l’humain de façon spontanée, ce qui n’est pas le cas avec d’autres espèces, pour lesquelles la réalisation de tâches opérantes modélisant l’addiction est plus difficile à obtenir. Nous utiliserons des rats avec un niveau de consanguinité limité ce qui permet une certaine variabilité génétique entre les individus pour un meilleur reflet de ce que l’on trouve chez l’humain. Dans cette étude, nous utiliserons des rats de 10 semaines au début du projet, ce qui correspond au stade de développement utilisé dans l’ensemble de nos projets de recherche afin de limiter le risque de variabilité qui pourrait être lié à l’utilisation de rats en phase d’adolescence (juvéniles).