Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

L’anxiété est une réponse psychologique et physiologique anticipatrice face à une menace potentielle. À un niveau modéré, elle est adaptative : elle augmente la vigilance et facilite l’évitement du danger. Les troubles anxieux apparaissent lorsque cette réponse devient durablement excessive et se maintient en l’absence de menace identifiable. Malgré l’existence de traitements (antidépresseurs, benzodiazépines), une proportion importante de patients présente une efficacité limitée et/ou des effets indésirables qui altèrent le fonctionnement quotidien (somnolence, troubles de l’attention, baisse de la vigilance, confusion…). Cette situation représente un enjeu majeur de santé publique et un fardeau socio-économique considérable. Progresser vers de nouvelles stratégies thérapeutiques nécessite donc de mieux comprendre les mécanismes cérébraux qui sous-tendent l’anxiété. Parmi les régions impliquées, le cortex insulaire (insula) occupe une place centrale. Des méta-analyses d’études d’imagerie fonctionnelle chez des patients souffrant de troubles anxieux rapportent des altérations de l’activité de l’insula par rapport à des témoins sains, suggérant que cette région constitue un nœud important des circuits de l’anxiété. Des travaux précliniques montrent également que les neurones excitateurs de l’insula antérieure augmentent leur activité dans des contextes anxiogènes, et que réduire l’activité de cette région diminue les comportements de type anxieux. En revanche, la contribution des neurones inhibiteurs de l’insula reste beaucoup moins caractérisée, il est donc essentiel de déterminer comment l’équilibre entre transmission excitatrice et inhibitrice, au niveau des neurones et des synapses, façonne les circuits qui soutiennent l’anxiété physiologique et pathologique. Ce projet vise à préciser le rôle relatif des composantes excitatrice et inhibitrice de l’insula antérieure dans les comportements liés à l’anxiété, en répondant à deux questions principales : (1) quel est le profil d’activité des neurones inhibiteurs de l’aIC dans des situations anxiogènes ? (2) une modulation sélective de la transmission excitatrice ou inhibitrice peut-elle réduire les comportements anxieux ?

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Les bénéfices attendus du projet sont multiples : (i) approfondir la compréhension des mécanismes de transmission neuronale impliqués dans l’anxiété ; (ii) ouvrir la voie à l’identification de stratégies visant à restaurer les altérations observées chez les patients atteints de troubles anxieux ; et (iii) favoriser des avancées méthodologiques et techniques en recherche neurobiologique.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

A l’âge adulte (semaine 9), tous les animaux subiront une chirurgie cérébrale d’un maximum de 2h suivie d’une période de 4 semaines de récupération. La totalité des animaux seront ensuite soumis à une batterie de tests comportementaux (7 au maximum d’une durée comprise entre 10 et 30 minutes) étalés sur 2 semaines à raison d’un test par jour.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Les principales nuisances attendues sont les suivantes : peur ou stress liés aux manipulations et aux tests comportementaux. Les contacts avec l’expérimentateur, les changements d’environnement et l’exposition à des tests standards peuvent provoquer une anxiété passagère. Les protocoles de stress chronique (corticostérone dans l’eau de boisson) peuvent altérer temporairement l’état général, avec notamment une perte de poids, une baisse d’activité, une diminution de la prise alimentaire ou un aspect du pelage moins soigné. Les interventions chirurgicales cérébrales, réalisées sous anesthésie générale, peuvent entraîner un ralentissement transitoire au réveil, ainsi qu’une douleur postopératoire, une inflammation locale, un risque d’infection, une perte de l’implant, des lésions liées au grattage au niveau de la tête et une gêne due au relief de l’implant. Enfin, les outils utilisés pour moduler l’activité des neurones peuvent induire des changements transitoires du comportement, en lien avec les effets attendus de la manipulation expérimentale.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

A l’issu du projet, les souris seront euthanasiées pour prélèvement du cerveau.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Le projet porte sur une analyse de la connectivité des neurones et de leurs propriétés de codage d’informations au cours de comportements complexes. Par conséquent, cette procédure doit être effectuée chez des animaux vivants. Des méthodes telles que la culture cellulaire ne permettent pas la quantification des connexions neuronales ou de la mesure de l’activité en réponse à une stimulation sensorielle in vivo.

2. Réduction

3R / Réduction :

Pour réduire le nombre d’animaux utilisés, nous adopterons une approche statistique rigoureuse permettant d’obtenir des résultats fiables avec un minimum d’animaux. Le nombre d’animaux nécessaires a été soigneusement calculé pour garantir la robustesse des résultats tout en limitant leur utilisation. Nous utiliserons également des techniques avancées de neurosciences computationnelles pour maximiser les données comportementales extraites de nos souris. Des logiciels utilisant l’intelligence artificielle seront employés pour analyser ces comportements et constituer une base de données détaillée. Ces méthodes permettent de tirer le maximum d’informations de chaque animal tout en minimisant leur nombre.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Pour réduire la souffrance imposée par le protocole et améliorer le bien-être des animaux, les mesures suivantes seront appliquées : Les animaux seront hébergés en cages collectives, regroupés par fratrie pour éviter l’isolement social. Les cages seront enrichies avec du matériel de nidification pour améliorer leur confort. Une surveillance quotidienne des animaux sera effectuée par le personnel animalier, y compris les week-ends et jours fériés. Avant le début de l’expérience, une surveillance hebdomadaire sera réalisée par l’expérimentateur, qui passera ensuite à une surveillance quotidienne pendant toute la durée de l’expérience. Les observations incluront la vérification de la prise alimentaire, le poids, le comportement, la vivacité et l’état du pelage. Pour prévenir la douleur après chirurgie, un médicament antidouleur sera administré. Les chirurgies seront réalisées sous anesthésie générale. La température corporelle de l’animal sera contrôlée et maintenue, et un gel sera appliqué sur les yeux pour éviter leur dessèchement. Après la chirurgie, une petite quantité de solution stérile sera administrée pour éviter la déshydratation, et de la nourriture humidifiée sera mise à disposition au sol de la cage. L’état de l’animal et la bonne cicatrisation de l’incision au niveau de la tête seront contrôlés quotidiennement pendant la semaine suivant la chirurgie. En cas de signes d’infection (rougeur, gonflement, écoulements, saignement), la plaie sera nettoyée et désinfectée avec un antiseptique. Le vétérinaire sera informé et décidera si un traitement supplémentaire est nécessaire. Si l’animal présente 3 des signes ci-dessous sur 3 jours consécutifs sans amélioration, il sera euthanasié : infection de la plaie, perte de poids de 15 % ou plus sans reprise, déshydratation, prostration, perte d’interaction avec l’environnement, agressivité accrue, réduction de mobilité. Dans tous les cas, si l’état général de la souris ne s’améliore pas sous 24 h, l’animal sera mis à mort.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

La souris constitue un modèle de référence pour l’étude des circuits de la peur et des troubles anxieux. Par ailleurs, la région cérébrale étudiée, le cortex insulaire présente chez la souris une organisation et une cyto-architecture comparables à celles observées chez l’humain. Les animaux seront utilisés au stade adulte (9 semaines), afin de travailler sur des neurones et circuits neuronaux des aires cérébrales ciblées matures.