
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 22/05/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-734050)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La maladie d’Alzheimer (MA) est la forme de démence la plus courante dans la population générale âgée. L’allongement de la durée de vie moyenne dû à l’amélioration des conditions de vie est en partie une des raisons qui expliquent l’augmentation du nombre de personnes concernées par cette pathologie. Aujourd’hui, on estime que 1 200 000 personnes souffrent de démences de type Alzheimer en France, et 35 millions de malades dans le monde. Cette maladie est caractérisée par la formation dans le cerveau de plaques extracellulaires contenant des peptides amyloïde-beta et des enchevêtrements neurofibrillaires intraneuronaux composés de protéine tau hyperphosphorylée. Les peptides amyloïde-beta de différentes longueurs sont produits à l’aide d’une protéine spécifique dans le cerveau, en fonction de la longueur du peptide ils peuvent être toxiques ou non. Il a été montré qu’une mutation génétique particulière de cette protéine conduit à la génération de peptides amyloïde-beta courts et non toxiques, et que cette mutation peut aussi prévenir la formation de peptides amyloïde-beta toxiques dans des cellules provenant de patients atteints de formes génétiques de MA. Avant d’aller plus loin dans le développement de nouvelles pistes thérapeutiques, l’objectif de ce projet sera d’étudier l’effet de cette mutation à l’aide de souris génétiquement modifiées, modèles de MA.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
La prise en charge de la maladie d’Alzheimer a aujourd’hui pour but de ralentir la progression de la maladie mais il n’existe malheureusement pas encore aujourd’hui de traitement qui s’attaque directement aux causes et aux mécanismes à l’origine de la maladie. Ce projet permettra d’évaluer si une mutation génétique peut empêcher l’accumulation de peptides amyloïdes-beta longs (toxiques) et les déficits cognitifs chez la souris en favorisant la production de peptides amyloïdes-beta plus courts non toxiques. Si les résultats s’avèrent concluants, cela pourrait permettre de mieux identifier le rôle des peptides amyloïdes-beta dans la maladie d’Alzheimer et surtout d’identifier une nouvelle piste thérapeutique pour cette pathologie et donc, à plus long terme, améliorer la prise en charge thérapeutique des patients.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Afin d’identifier leur patrimoine génétique, un fragment de tissu (durée inférieure à 1 minute, 1 fois) sera prélevé sur tous les souriceaux vigiles. Si un problème technique survenait, ce qui est rare, un deuxième prélèvement de tissu pourrait être réalisé sur ces mêmes animaux adultes vigiles (durée inférieure à une minute, une fois). Une partie des souris auront au total 7 prélèvements sanguins espacés de 4 semaines minimum, sous anesthésie générale (durée inférieure à 5 minutes). Les souris vigiles réaliseront 4 tests comportementaux (2 fois la même série de deux tests à 4 et 8 mois d’âge) afin d’évaluer les déficits cognitifs associés à la maladie d’Alzheimer. Le premier test de chaque série sera réalisé avec 1 essai de 8 minutes. 1 jour après le deuxième test de chaque série sera réalisé et réparti sur 5 jours consécutifs avec 1 essai de 10 minutes chaque jour. Toutes les souris seront euthanasiées selon une méthode réglementaire.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
La biopsie pour le génotypage génèrera une légère et brève douleur, et un risque de saignement. Les animaux ressentiront une légère et brève douleur au point de piqure lors des injections ou prélèvement. Le prélèvement de sang sera également associé à des risques d’hématome et de saignement persistant. Les anesthésies générales pour les prélèvements de sang seront très courtes et présenteront donc de faibles risques d’hypothermie, sécheresse oculaire ou de dépression cardio-respiratoire. Les animaux ressentiront un léger stress lors des tests comportementaux en lien avec le changement d’environnement ou le test en lui-même. Nous n’attendons pas de phénotype dommageable, cependant les souris seront observées une fois par semaine minimum au cours du projet afin de s’assurer de l’absence de signes visibles dans ces nouveaux modèles.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les souris utilisées pour caractériser l’effet de la mutation seront euthanasiées afin de prélever puis analyser leur cerveau dans le but de répondre à notre question scientifique. Les autres souris non utilisées dans les lots expérimentaux seront proposées en dons à d’autres équipes ou seront euthanasiées car elles ne pourront pas être replacées ou réutilisées en raison de leur modification génétique spécifique.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Plusieurs études in vitro ont montré que la mutation d’intérêt dans ce projet conduit à la production de formes courtes d’Abeta non toxiques. Cependant, les modèles in vitro ne présentent pas la complexité physiologique complète d’un organisme vivant. De plus, bien que les modèles in vitro montrent des effets moléculaires ou cellulaires ils ne permettent pas d’évaluer les effets sur le comportement dans un organisme entier. Enfin, un modèle vivant fournit des données précliniques essentielles soutenant la transition de la recherche fondamentale vers les études humaines. A l’heure actuelle il n’existe donc pas d’alternative à l’utilisation d’animaux pour ce projet.
2. Réduction
Nous utiliserons sur 4 ans un total de 480 souris pour les lots expérimentaux. Le nombre d’animaux est réduit au minimum sans compromettre les objectifs du projet. Par expérience nous avons défini qu’il nous faudrait des groupes de 24 souris (12 mâles et 12 femelles chacun) pour chaque condition afin d’obtenir des résultats statistiquement exploitables pour une interprétation fiable des résultats. Cet effectif par groupe permettra une prise en compte de la variabilité biologique, spécialement liée au sexe. Les résultats seront analysés avec les tests statistiques appropriés. Pour la production des lots expérimentaux nous privilégierons un schéma d’accouplement permettant d’obtenir uniquement des animaux porteurs des génotypes d’intérêt. Nous prévoyons une marge pour prendre en compte les aléas de l’élevage (ratio mâle-femelle, perte de portées, etc.) afin de nous assurer de l’obtention de ces lots expérimentaux mais ne produirons et n’utiliserons que le nombre d’animaux strictement nécessaire. Ainsi le nombre de 480 souris produite ici est un maximum mais il est possible que nous en utilisions moins.
3. Raffinement
Les animaux seront hébergés dans des conditions conformes à la réglementation en vigueur pour l’espèce. Ils seront observés quotidiennement, en cas d’anomalie celle-ci sera déclarée à notre équipe, à la structure chargée du bien-être animal et au vétérinaire afin d’assurer une prise en charge adaptée pour l’animal. Le bien-être des souris sera évalué de manière spécifique par notre équipe chaque semaine ou toutes les deux semaines à l’aide d’une grille de score. Des mesures telles que la formation du personnel, la surveillance quotidienne, l’habituation, l’acclimatation et le temps de récupération sont prises pour réduire tout impact potentiel des procédures expérimentales sur les animaux. Le prélèvement pour connaitre le génotype des animaux sera de la plus petite taille possible, il sera réalisé sur de très jeunes animaux permettant d’avoir une cicatrisation rapide. Les animaux seront surveillés immédiatement après le geste et 30 minutes après. Pour limiter le stress pendant le prélèvement sanguin, les souris seront sous anesthésie générale courte. Pour limiter l’impact du stress sur les résultats des tests comportementaux, les derniers échantillons sanguins seront prélevés un jour avant le début des tests. Les souris seront manipulées avant les tests comportementaux, ce qui leur permettra d’être habituées à la personne qui les manipule. Elles seront transférées de leur cage à la salle de comportement au moins 1heure avant le test pour l’habituation à la pièce du test. L’euthanasie sera réalisée sur un animal sédaté permettant d’éviter tout stress ou douleur en lien avec l’injection létale.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les souris sont particulièrement adaptées à cette étude en raison de leur système nerveux bien caractérisé, de leur similitude génétique avec l’humain dans des voies biologiques clés et de leur utilisation établie dans la recherche sur les maladies neurodégénératives, et notamment la maladie d’Alzheimer (MA). Plusieurs modèles de souris génétiquement modifiées existent déjà pour modéliser la MA et seront utilisés dans ce projet pour permettre d’évaluer l’impact de la mutation génétique étudiée ici. Étant donné que le développement cérébral des souris atteint sa maturité autour de 2 à 3 mois d’âge, et que le dépôt de plaque amyloïdes chez les souris de l’une des lignées utilisées ici démarre vers 2 mois, nous commencerons les prélèvements sanguins à 2 mois. Les échantillons de sang seront collectés tous les mois afin de suivre l’évolution des différents biomarqueurs d’intérêt jusqu’aux 8 mois des souris, âge auquel nous les euthanasierons pour effectuer les études neuropathologiques et biochimiques sur leurs cerveaux. Les études comportementales seront réalisées à 4 et 8 mois afin de voir l’évolution des déficits cognitifs sous l’effet de la mutation potentiellement protectrice.