
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 10/06/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-148219)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Bien que plusieurs marqueurs globaux des troubles métaboliques soient décrits, il n’existe pas à ce jour de marqueurs pertinents spécifiques de la santé des populations présentant des addictions aux drogues d’abus. Cela pose des défis importants pour comprendre les conséquences métaboliques de l’abus de drogues même après arrêt de la consommation et mettre en œuvre des interventions appropriées sur ces populations. Ce projet a pour but de mieux comprendre la manière dont la cocaïne influence durablement le métabolisme énergétique au cours de l’abstinence à plusieurs niveaux (organisme entier, tissus et marqueurs plasmatiques) ; notamment en réponse à un régime obésogène.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les données issues de ce projet visent à améliorer la santé humaine ; en particulier celle de populations consommatrices chroniques de drogue. Cette étude permettra de mieux comprendre les conséquences métaboliques de l’abus de drogue. Elle fournira de nouvelles pistes d’exploration visant à mettre en œuvre une prise en charge et des interventions appropriées sur les populations addictes. Les bénéfices attendus du projet sont de générer des données permettant de comprendre les altérations durables de l’équilibre énergétique à plusieurs échelles biologiques (marqueurs moléculaires tissulaires et plasmatiques, organisme entier) induites par la prise chronique de drogue. A terme et en complément d’études chez l’Homme, ces recherches sont essentielles pour identifier les altérations physiopathologiques durables de l’addiction aux drogues pour améliorer la prise en charge des personnes dépendantes.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Certains animaux recevront un psychostimulant en intraveineux pendant 10 sessions d’une durée de 6h chacune. Pour cela, l’implantation d’un cathéter sera nécessaire et réalisée lors d’une procédure chirurgicale unique d’une durée de 20-30minutes. Le test de tolérance au glucose sera mené sur des animaux vigiles, jusqu’à 3 fois par animal. Pour cela, une administration intrapéritonéale de solution de glucose sera réalisée. Ce geste dure 10 à 15 secondes par animal. Sept prélèvements de sang au niveau de la queue seront réalisés par ponction de la veine caudale afin de recueillir une goutte de sang par prélèvement. La durée totale de la manipulation (contention, ponction, prélèvement) sera de 30 secondes par animal. Les prélèvements s’étaleront sur deux heures. Des prélèvements de matières fécales émises spontanément seront réalisés sur animaux vigiles. Certains animaux recevront un aliment obésogène pendant 4 à 8 semaines. Pendant la période sous régime obésogène, entre deux et quatre examens IRM par animal seront réalisés sous anesthésie.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Dans le cadre de ce projet, plusieurs types de nuisances sont susceptibles d’être observés. Les chirurgies réalisées sous anesthésie peuvent entraîner un inconfort transitoire au réveil ainsi que des douleurs post-opératoires, lesquelles seront atténuées par l’administration d’antalgiques. La pose et le maintien d’un cathéter intraveineux peuvent provoquer une gêne légère pendant la durée de l’expérience. L’exposition chronique à la cocaïne est susceptible d’induire un stress modéré et transitoire chez certains rats. La période de sevrage peut également s’accompagner d’un stress dans les premiers jours suivant l’arrêt de l’exposition à la cocaïne. Les phases d’isolement des animaux sont associées à un stress modéré. La mise en place d’un régime alimentaire obésogène entraîne une prise de poids, une diminution de l’activité locomotrice ainsi qu’une perturbation du métabolisme. Les tests de tolérance au glucose impliquent des administrations par voie intrapéritonéale et une manipulation fréquente qui peuvent générer un stress. Enfin, la réalisation d’IRM sous anesthésie peut occasionner un stress court et transitoire au moment de l’endormissement et du réveil. Malgré les efforts de raffinement, on ne peut exclure, (i) un stress thermique dû à l’anesthésie ou à certaines séquences d’imagerie (ii) le réveil de l’animal en cours d’examen ou (iii) un stress lors de l’installation de l’animal.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort pour récupérer les tissus biologiques, indispensables pour mener les expérimentations en lien avec les questions de recherche du projet
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Bien que nous menions en parallèle un suivi des paramètres de santé métabolique de patients humains addicts à la cocaïne, le modèle humain possède plusieurs limites majeures pour répondre aux objectifs de notre projet. Notamment, il ne permet pas un contrôle précis de paramètres tells que la dose administrée, la durée d’exposition, ainsi que la qualité et la composition du produit consommé, ni la polyconsommation fréquemment associée. Ces facteurs constituent des variables importantes susceptibles d’influencer les effets métaboliques observés. Cette étude vise à comprendre les altérations des régulations physiologiques impliquées dans la balance énergétique et les conséquences durables de l’exposition à la cocaïne à l’échelle de l’organisme entier. Cela nécessite la présence d’interactions inter-organes, et inter-systèmes physiologiques, intactes et fonctionnelles. Bien que des approches alternatives existent, telles que les organoïdes, celles-ci ne récapitulent que partiellement et de façon isolée les fonctions physiologiques d’un organe, il n’existe pas à ce jour de système permettant de reproduire les interactions systémiques complexes nécessaires à l’étude de la régulation énergétique à l’échelle de l’organisme. A l’heure actuelle, il n’existe pas de modèle in silico validé permettant de réaliser cette étude. Ce projet de recherche nécessite donc de travailler avec un modèle animal permettant de maintenir les interactions inter-organes et de contrôler les paramètres d’exposition à la cocaïne.
2. Réduction
Le nombre d’animaux prévu dans ce projet est le nombre minimal permettant d’assurer que des différences biologiquement pertinentes et robustes puissent être détectées grâce à l’emploi d’analyses statistiques adaptées.
3. Raffinement
Le bien-être des animaux est pris en compte à chaque étape par une surveillance régulière de l’état de santé des animaux (alimentation, apparence, comportement). Le suivi du poids et une observation clinique quotidienne des rats permettront de prévenir la survenue de problèmes potentiels. Des points limites stricts et spécifiques à chaque procédure seront appliqués. Un animal atteignant un des points limites définis nécessitant une intervention est pris en charge sans délai. Les rats sont hébergés dans un environnement à température et humidité contrôlées, avec un enrichissement dans la cage fourni par l’animalerie (stick ou pièce de bois à ronger pour assouvir leur besoin naturel de ronger ; du matériel pour réaliser un nid ; un objet leur permettant de se mettre à l’abri) avec un accès à l’eau et à la nourriture ad libitum. Les procédures débuteront après une période d’acclimatation à l’animalerie. Lors des chirurgies un recours à une anesthésie générale, additionnée d’une anesthésie locale en présence d’antalgiques, ainsi que d’un maintien de la température par tapis chauffant sera effectué. Un traitement antalgique sera poursuivi en postopératoire. Une familiarisation à l’expérimentateur sera réalisée avant le début de la procédure. Les rats seront familisarisés à l’injection intrapéritonéale et à la contention pour réduire le stress lors des tests nécessitant ces gestes. Les gestes techniques seront réalisés par des personnels formés et expérimentés. Les prélèvements de matières fécales sont réalisés par excrétion spontanée de l’animal. Le volume et la fréquence des prélèvements sanguins sont limités au strict nécessaire et le volume sanguin est reconstitué après le prélèvement par une administration de solution saline stérile tiède. La réalisation des procédures en phase nuit (phase d’éveil) prend en compte le rythme circadien des rats.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le rat est l’animal le plus utilisé pour l’étude de l’addiction aux drogues dans les modèles animaux. En effet, les rats ont des réponses aux drogues qui sont similaires à celles de l’humain et ils s’auto-administrent toutes les drogues abusées par l’humain de façon spontanée, ce qui n’est pas le cas avec d’autres espèces, pour lesquelles la réalisation de tâches opérantes modélisant l’addiction est plus difficile à obtenir. Nous avons décidé de travailler sur individus adultes pour éviter les effets liés au développement d’une part et au vieillissement d’autre part.