
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 24/06/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-601251)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’immunothérapie, utilisée seule ou avec d’autres médicaments qui attaquent directement les cellules cancéreuses ou empêchent la tumeur de se développer, est aujourd’hui un traitement clé pour les personnes atteintes de cancer. Même si ces traitements combinés apportent des bénéfices importants, beaucoup de patients ayant un cancer avancé ou ayant déjà fait des métastases ne répondent toujours pas bien au traitement. La plupart des cancers qui réagissent aux traitements d’immunothérapie (comme ceux du poumon, de la tête et du cou, de la vessie, de l’œsophage ou du côlon) se développent dans des zones du corps où vivent naturellement des microbes, comme la peau ou les muqueuses. Ces microbes — bactéries ou champignons — ne causent pas directement le cancer, mais lorsqu’ils se retrouvent à l’intérieur de la tumeur, ils peuvent créer un environnement qui aide le cancer à évoluer ou à se propager. On sait aussi que les patients atteints de cancer présentent souvent un déséquilibre dans leur microbiote intestinal (la population de microbes vivant dans l’intestin). Leur système immunitaire répond moins bien à certains microbes liés au cancer, comparé à celui de personnes en bonne santé. Notre objectif est de montrer que différentes stratégies pourraient aider les patients traités par immunothérapie : • ajouter des anticorps capables de neutraliser ou de détruire les microbes associés aux tumeurs, • ou encore vacciner les patients contre ces microbes. Ces approches pourraient améliorer la réponse aux immunothérapies et donc le traitement du cancer.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Nous voulons montrer qu’il est possible d’utiliser des anticorps spécialement conçus pour cibler certaines bactéries afin d’aider les patients à mieux répondre aux immunothérapies contre le cancer. Nous pensons que le fait d’apporter directement au patient des anticorps capables de neutraliser ou détruire ces microbes liés au cancer — que ce soit sous forme d’anticorps seuls, ou même grâce à une vaccination contre ces microbes — pourrait transformer la manière dont on traite les cancers avec l’immunothérapie. Ce projet servira à prouver que ces méthodes peuvent fonctionner et permettra de développer ces nouvelles pistes de traitement.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Injection de tumeurs (1 fois par procédure), injections d’immunothérapies (3 fois par procédure à 2 jours d’intervalle), injections en intra-veineuse, en intrapéritonéal ou en sous cutané (1 ou 2 fois par procédure), gavages (jusqu’à 6 par procédure, sur des temps d’intervalles entre deux gavages allant de 20 minutes à plusieurs jours/semaines). Chacune de ces interventions dure moins d’une minute.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les animaux pourront subir un stress lié à la manipulation. Les gavages peuvent provoquer une contrainte transitoire et légère lors du geste en lui-même. La croissance d’une tumeur peut entrainer une gêne locale et une douleur locale modérée. Les traitements et la tumeur peuvent entraîner une perte de poids modérée.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux seront mis à mort à la fin de chaque procédure afin de pouvoir réaliser nos analyses.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Pour réaliser ce projet, l’usage d’animaux vivants est indispensable. En effet, seul un organisme complet permet d’observer l’ensemble des réactions du corps face au cancer et aux immunothérapies, notamment lorsque le microbiote intestinal est déséquilibré. Ces interactions complexes entre les organes, le système immunitaire, la tumeur et les microbes ne peuvent pas être reproduites en laboratoire. Les organoïdes, par exemple, ne recréent qu’un seul tissu ou un seul organe. Ils ne permettent donc pas d’étudier l’effet d’un traitement donné par voie orale ou injecté dans le sang sur différents organes en même temps. Or, dans ce projet, nous cherchons à comprendre comment les anticorps influencent : • la composition du microbiote intestinal, • les microbes présents dans la tumeur, • le fonctionnement du système immunitaire, • et la croissance de la tumeur. Toutes ces informations ne peuvent être obtenues qu’en étudiant un organisme entier avec un système immunitaire complet et proche de celui de l’être humain, comme la souris.
2. Réduction
Dans cette étude, nous ferons tout notre possible pour regrouper les expériences afin de limiter le nombre d’animaux utilisés comme groupes témoins. Ensuite, le projet est organisé en plusieurs étapes successives : si une de ces étapes montre que notre hypothèse est fausse, l’étude sera immédiatement arrêtée, ce qui permettra de réduire encore davantage le nombre de souris utilisées. Le nombre d’animaux est strictement encadré pour respecter la règle des 3R (Réduire, Raffiner, Remplacer). Grâce aux travaux précédents menés dans notre laboratoire, nous avons déterminé le nombre d’animaux nécessaire et suffisant par calcul statistique réalisé pour garantir un nombre minimum d’animaux tout en obtenant des résultats fiables. Les doses d’immunothérapie, d’antibiotiques et de bactéries utilisées dans nos expériences ont déjà été établies et validées par notre laboratoire. Si une procédure doit être arrêtée tôt parce que le microbiote intestinal d’une souris ne correspond pas aux critères nécessaires — et tant qu’aucune manipulation n’a encore été faite pouvant modifier son système immunitaire — la souris pourra être réutilisée dans une autre partie du projet afin de réduire le nombre d’animaux utilisés.
3. Raffinement
Les animaux seront hébergés dans le respect de leur bien-être : stabulation conventionnelle, régime alimentaire normal et de l’eau ad libitum, ainsi qu’un enrichissement adapté. Les animaux seront acclimatés pendant une semaine avant le début de l’expérimentation. La surveillance régulière ainsi que la mesure de la surface tumorale et la prise de poids (3x/semaine) permettront le suivi des animaux (prostration, auto-agressions, perte de poids, animal froid) et l’éventuelle mise en place de traitements analgésiques (buprémorphine, NaCl pour réhydratation) ou l’euthanasie si nécessaire.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La génétique de la souris est proche de celle de l’Homme et bien décrite au niveau de la littérature scientifique, ce qui rend comparable les voies de signalisation immunologiques des tumeurs entre l’Homme et la souris. Notre centre de recherche utilise principalement des souris, ce qui offre de nombreux avantages en termes d’élevage, d’animalerie, d’expertise en techniques d’expérimentation animale ainsi que le suivi microbiologique et vétérinaire des animaux. Aussi, les modèles de tumeur existants sont issus de lignées cellulaires murines et leur implantation dans la souris est indispensable pour étudier l’immunité, l’effet des traitements sur la réponse anti-tumorale dans leur globalité et l’immunité intestinale. Toutes ces raisons scientifiques, pratiques et éthiques font de la souris un animal indispensable dans la réalisation de ce projet. Nous utiliserons des animaux à maturité sexuelle, entre 7 et 8 semaines, ce qui nous permettra d’étudier le système immunitaire à un stade de développement optimal et fonctionnel.