
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 13/05/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-657147)
3 424 souris vont être utilisées, chacune pouvant subir jusqu’à huit grattages de la zone anorectale au scalpel à bout rond, deux fois par semaine pendant quatre semaines, dans des procédures allant d’un niveau de souffrance léger à sévère. Toutes sont tuées, avec ou sans prélèvement d’organes selon qu’elles portent ou non le génotype recherché. Elles expriment un oncogène qui leur fait développer au bout d’un mois des papillomes dans la bouche, gênant la prise de nourriture solide, ce que le porteur dit compenser en humidifiant l’aliment. Le bénéfice avancé, mieux comprendre les étapes précoces des carcinomes de la zone anorectale, reste une hypothèse de recherche fondamentale, quand les blessures répétées et l’inflammation qu’elles provoquent sont infligées d’emblée.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les épithéliums sont des tissus qui se renouvellent constamment et sont susceptibles de développer des cancers. Ces cancers appelés carcinomes font partie des cancers les plus fréquents et les plus agressifs chez l’homme. Nous avons fait des progrès majeurs dans la compréhension des mécanismes impliqués dans ces cancers. Nous avons identifié une voie de signalisation qui est un puissant suppresseur de tumeur dans ces épithéliums et un oncogène qui est un facteur important dans l’initiation tumorale. Nous avons aussi montré que les zones de transition entre différents types d’épithéliums sont entourées d’un environnement unique qui pourrait favoriser l’initiation de cancers. Nous avons développé un modèle unique de souris exprimant cet oncogène spécifiquement à la zone de transition se trouvant à la zone anorectale et qui entraine une prolifération anormale dans cette zone. Le but de ce projet est de récapituler des tumeurs anorectales pour suivre les étapes précoces de la progression tumorale et pour établir une cartographie au niveau de l’environnement tissulaire et immunitaire de cette zone. Cette étude permettra de mettre en évidence des éléments potentiellement impliqués dans la progression d’un état normal à cancéreux, que nous validerons in vivo et sur des cultures tridimensionnelle de zone de transition.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les cancers se développant dans les zones de transition anorectales sont des carcinomes et font partie des cancers les plus fréquents et agressifs chez l’homme. Cependant les mécanismes moléculaires de dissémination de ces cancers sont peu étudiés et basés majoritairement sur des corrélations cliniques. De plus, la physiologie des cellules dans ces régions et leur rôle dans l’initiation tumoral sont peu étudiés. Depuis 10 ans, les développements de l’oncologie et les succès récents de l’immunothérapie ont montré le rôle déterminant des cellules immunitaires dans la progression des cancers en stade avancé. Cependant, peu de choses sont connues sur l’interaction entre les cellules immunitaires et les cellules épithéliales au début du processus de transformation. L’utilisation de modèles animaux qui permet de suivre le devenir de ces cellules dans des situations de stress induit par des blessures qui peuvent être des débuts de situation cancéreuses sont donc indispensables pour extrapoler de futur développement de thérapies ciblées chez l’homme.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Une partie des animaux seront soumis à des blessures mécaniques à la zone de transition anorectale. La blessure sera effectuée sous anesthésie gazeuse, sera complémentée d’une injection d’un antidouleur et sera répétée 2 fois par semaine pendant 2 semaines (4 blessures) ou 4 semaines (8 blessures) afin de récapituler les étapes de la progression tumorale. Le geste complet (en prenant en compte la durée d’anesthésie, l’injection et la blessure) dure environ 10 minutes par animal. Une partie des animaux seront soumis aux mêmes blessures en ajoutant des injections intrapéritonéale d’anti-IL-17 ou d’IgG contrôle afin de déterminer si la diminution de l’inflammation ralentit ou arrête le développement tumoral. Ces injections seront réalisées la veille de chaque blessure. Une partie des animaux recevront une transplantation orthotopique de cellules issues d’organoïdes murins exprimant un oncogène pour analyser les étapes précoces du développement tumoral. La transplantation se fera via une injection à la zone anorectale. Les animaux seront manipulés pour évaluation de l’état général via une grille de score et pesés 2 fois par semaine (environ 5 minutes par animal).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les animaux exprimant l’oncogène KRAS au niveau des zones de transition, sont connus pour présenter un phénotype dommageable qui se traduit par le développement de papillomes au niveau buccal au bout de 1 mois d’induction. Les papillomes sont des proliférations excessives de couches épithéliales non malignes et non invasives mais qui créent une gêne lors de la prise de nourriture solide lorsqu’ils atteignent une certaine taille. Les animaux induits présentent également une hyperplasie au niveau des zones de transition (notamment gastrique et anorectale). La répétition des blessures crée une inflammation au niveau de la zone anorectale qui entraîne une prolifération anormale. Les animaux recevront des injections ce qui crée une douleur. Lors de l’acte de blessure anorectale (2 fois par semaine pendant 2 ou 4 semaines), la zone anorectale sera grattée avec un scalpel à bout rond ce qui va créer une lésion et donc une douleur. Le développement des organoïdes greffés à la zone de transition anorectale crée une lésion. La manipulation des animaux peut entrainer un stress. Les animaux seront identifiés avec une bague au niveau de l’oreille et une biopsie de queue sera réalisée pour le génotypage ce qui crée une douleur ponctuelle.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux de toutes les procédures du projet seront mis à mort afin d’effectuer les prélèvements d’organes nécessaires à nos analyses ou sans prélèvements s’ils ne possèdent pas le génotype d’intérêt.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Nous ne pouvons pas reproduire une blessure physiologique in vitro et l’utilisation de ces souris est cruciale pour nos expériences afin de tester le rôle des cellules des zones de transition dans l’initiation tumorale. Néanmoins, nous prévoyons de mettre en culture des organoïdes à partir des tissus de ces souris afin d’étudier si des populations spécialisées de cellules sont directement liées au développement tumoral, ce qui nous permettra de diminuer le nombre d’animaux utilisés.
2. Réduction
Nous réduirons au maximum le nombre d’animaux pour n’utiliser que le nombre nécessaire afin d’obtenir des résultats statistiquement fiables. Nous prévoyons d’utiliser des organoïdes pour effectuer certains tests, ce qui nous permettra de diminuer le nombre d’animaux.
3. Raffinement
Les animaux seront hébergés en groupe pour un enrichissement social et afin de respecter l’instinct grégaire de cette espèce. La nourriture et l’eau sont fournies ad libitum. Du matériel de nidification est mis à disposition des animaux (dôme, coton, copeaux compressés). Les locaux d’hébergement sont séparés des locaux d’expérimentation. Les animaux destinés aux procédures expérimentales feront l’objet d’une phase d’acclimatation dans les locaux dédiés au suivi de l’expérimentation. Cette phase sera de 7 jours pour les animaux produits sur site. Les animaux exprimant l’oncogène KRAS au niveau des zones de transition, sont connus pour présenter des papillomes au niveau buccal au bout de 1 mois d’induction. Les papillomes sont des proliférations excessives de cellules de la peau qui ne sont pas tumorales. Nous avons démontré que l’ajout de nourriture humidifiée dans la cage permet aux animaux de continuer à se nourrir normalement, sans perte de poids.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Nous avons créé un modèle murin pour une meilleure compréhension du développement des cancers des zones de transition et pour le développement de meilleures méthodes de diagnostic et traitement des cancers épithéliaux dans le futur. De plus les techniques de blessure proposées chez la souris sont optimales pour obtenir des résultats qui pourront être extrapolés chez l’homme. Des animaux adultes seront utilisés pour avoir un poids équivalent entre les animaux et s’assurer de la maturité.