
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 18/04/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-146485)
Lever un doute pour un client industriel : la baisse de prise alimentaire provoquée par son candidat médicament anti-obésité vient-elle d’un effet nauséeux ? 80 souris rendues obèses par un régime apportant 60 % de l’énergie sous forme de graisses vont être utilisées pour y répondre, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger pour 30 d’entre elles et modéré pour 50, toutes tuées pour prélèvement d’organes. Chacune passe jusqu’à 49 jours en cage individuelle, reçoit jusqu’à 36 injections, subit 37 pesées, deux mises à jeun de quatre heures et jusqu’à sept prélèvements sanguins à la queue. Seuls des mâles sont utilisés, le porteur écartant les femelles au motif que les étudier doublerait les effectifs de chaque groupe, et renvoyant leur cas à une seconde étude conditionnée à un résultat favorable chez le mâle.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’obésité dans le monde a presque triplé depuis 1975, pour atteindre plus de 650 millions de personnes obèses en 2016, selon l’OMS. L’obésité est alors considérée comme un fardeau de santé publique, pour lequel une variété de thérapeutiques, de procédures chirurgicales et de dispositifs médicaux sont actuellement à l’étude. Le présent projet fait suite à une étude précédente préliminaire qui a permis de démontrer que le composé X est capable d’induire une diminution de prise alimentaire associée à une diminution de poids corporel chez la souris rendue obèse par une alimentation enrichie en graisse (60% de l’énergie apportée sous forme de graisses). Cet effet était observable lorsque le composé était administré seul ou en combinaison avec un autre composé anti-obésité. Fort de ces résultats encourageants, et avant de poursuivre plus en avant le développement du composé X, nous souhaitons répondre à deux questions afin de tester la spécificité des effets observés : 1) La réduction de poids corporel résulte-t-elle uniquement de la réduction de prise alimentaire ? 2) La diminution de la prise alimentaire ne résulterait-elle pas d’un effet nauséeux ? Nous avons conçu une étude en deux procédures afin de répondre à ces questions. La première procédure consiste à administrer le composé (seul ou en combinaison avec un autre composé anti-obésité) afin d’observer la diminution de prise alimentaire induite par le traitement, et d’utiliser des groupes d’animaux traités au placébo mais dont la ration calorique journalière est limitée à celle des animaux traités. Si la perte de poids s’avère identique dans les deux groupes, il sera alors possible de conclure que le composé X diminue la poids corporel par son seul impact sur la prise alimentaire. La seconde procédure consiste à vérifier si le traitement à l’aide du composé X induit ou non un état nauséeux chez la souris.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet s’inscrit dans le cadre du développement d’un composé anti-obésité visant l’humain. Alors que plusieurs molécules anti-obésité ont été autorisées ces vingt dernières années, un grand nombre d’entre elles se sont vues retirées du marché en raison d’effets secondaires graves. Seules 3 spécialités sont actuellement approuvées en Europe pour des traitements de longue durée du surpoids et de l’obésité, mais leur efficacité s’avère néanmoins très limitée. L’obésité est donc une pathologie présentant un besoin médical important sur le plan thérapeutique. Si l’issue du projet s’avère favorable, le développement dans lequel s’engage notre client pourrait aboutir à la mise sur le marché d’une nouvelle molécule anti-obésité.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis à : – un hébergement individuel (maximum 49 jours) – des injections quotidiennes de placébo ou de traitements (maximum 35+1 administrations, durée: 1 minute) – des pesées de poids corporel (maximum 37 mesures, durée : 1 minute) – des mesures de composition corporelle (2 mesures maximum, durée de la mesure : 2 minutes) – une mise à jeun de 4h (en présence d’eau) – un test oral de tolérance au glucose (Mise à jeun pendant 4h) – des prélèvement sanguin à la queue (maximum 7 prélèvements, durée du prélèvement : 1 minute)
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les mesures de poids corporel et autres manipulations ainsi que les mesures de composition corporelle pourront être source de stress du fait d’une entrave aux mouvements de courte durée. Les traitements intrapéritonéaux et sous-cutanés seront source de douleurs légères et de stress. La mise à jeun de 4h préalable au test de tolérance au glucose, bien que réalisée en phase diurne, pourra induire une sensation de faim. Par ailleurs les prélèvements sanguins réalisés seront source de douleurs légères et de stress. Enfin, le caractère obèse des souris sera source d’inconfort en réduisant légèrement leur capacité de mouvement.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Des prélèvements d’organes sont prévus en fin d’études pour analyses biochimiques ultérieures.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’utilisation d’animaux à des fins scientifiques se justifie ici car il n’existe aucune méthode de substitution n’utilisant pas l’animal de laboratoire et permettant l’étude de l’impact d’un composé sur le poids corporel, la composition corporelle, la prise alimentaire et les autres paramètres altérés dans le cadre des troubles métaboliques. Par ailleurs, bien que le composé testé ait fait l’objet de plusieurs études réalisées in vitro dans les premières phases de son développement, l’étude in vivo reste une étape réglementaire incontournable pour la constitution d’un dossier de demande de premières études sur l’homme (passage aux études cliniques).
2. Réduction
Le nombre de 10 animaux par groupe a été rationalisé à partir de l’expérience acquise par notre laboratoire sur le modèle de souris obèse et l’analyse des paramètres d’intérêt de l’étude. Ainsi, le nombre d’animaux par groupe a été rationalisé de façon à être en mesure de mettre en évidence une différence statistiquement significative sur les paramètres étudiés. Les animaux seront randomisés pour l’attribution de leur groupe. Par ailleurs, compte tenu du fait que l’étude se positionne à un stade précoce du développement du candidat médicament, cette dernière sera limitée au genre mâle. La grande hétérogénéité du paramètre étudiés (notamment le poids corporel, la prise alimentaire et les dépenses énergétiques) entre mâle et femelle imposerait en effet de doubler les effectifs de chaque groupe pour étudier l’impact du composé sur les deux genres. Dans la suite du développement du candidat médicament, et uniquement dans le cas où une efficacité aura été observée chez le mâle, une seconde étude sera menée chez la souris femelle afin de s’assurer de son efficacité sur les deux genre.
3. Raffinement
Le protocole a été planifié de façon à limiter au maximum le stress et l’inconfort des animaux sans compromettre les objectifs de l’étude. Les traitements seront administrés par des expérimentateurs rodés à ce type de pratique. Les animaux seront hébergés en cages individuelles pour les besoins de l’étude mais les animaux conserveront des contacts visuels et olfactifs entre eux. Une attention particulière sera apportée à l’enrichissement des cages qui sera assuré par l’ajout d’igloos, de matériels de nidification et de briquettes en bois spécialement conçues pour le rongeur. Les prélèvements sanguins prévus pour le test de tolérance au glucose seront limités au volume minimum nécessaire aux dosages ultérieurs et une crème analgésique sera appliquée sur la queue 30 minutes avant les prélèvements sanguins. Enfin, un suivi journalier des animaux à l’aide d’une grille de score permettra une action rapide en cas d’atteinte des points limites établis. Ces actions incluent, entre autres, une surveillance renforcée (2 visites par jour) et l’emploi d’analgésiques en cas de douleur avérée.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le modèle de souris nourris avec une alimentation enrichie en graisses (avec 60% de l’apport calorique provenant des graisses) est un des modèles de souris les plus classiquement utilisés et les mieux documenté dans le cadre d’études précliniques menées dans le contexte des troubles métaboliques. Les animaux seront utilisés au stade adulte de 20 semaines. Le choix de ce stade de développement est guidé par la population humaine ciblée par les composés testés, à savoir une population adulte et tient compte d’une pèriode de 14 semaines de régime enrichi en graisse chez le fournisseur.