Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

L’esturgeon européen est classé en danger critique d’extinction, et les 250 individus visés appartiennent à une population maintenue par des lâchers de juvéniles élevés en captivité. Ils vont être utilisés dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré, puis relâchés sur leur lieu de capture. Chaque poisson passe jusqu’à trente minutes retenu dans le chalut, se retrouve hors de l’eau à la relève du filet, puis subit sous anesthésie un marquage interne et externe, un prélèvement de nageoire, un prélèvement de rayon pectoral, un lavage gastrique et parfois l’implantation d’une marque acoustique dans la cavité abdominale. Le porteur prévoit une mise à mort si un individu ne retrouve pas une nage normale, décision prise après avis du vétérinaire.

NTS-FR-596815v1
Types de recherche
· Conservation des espèces ·
Mots-clés
Poissons, Estuaire, Esturgeon européen, Prélèvements, Marquages
Autres poissons : 250

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Le projet consiste à réaliser un suivi en milieu estuarien de la population d’une espèce en danger critique d’extinction, qui bénéficie d’un plan de restauration national et européen : l’esturgeon européen. Les mesures de sauvegarde ont permis de maîtriser la reproduction en captivité de l’espèce et de lâcher dans le milieu naturel des juvéniles issus de ces reproductions pour soutenir la population sauvage quasi-éteinte. L’espèce ayant décliné avant l’acquisition de connaissances la concernant, il est nécessaire de mieux documenter son écologie en milieu naturel (croissance, structure en âge, préférences environnementales, migrations, régime alimentaire). Afin de connaître l’évolution de cette population soutenue dans son milieu naturel et d’évaluer le succès des pratiques de repeuplement, un suivi régulier doit être mis en place. Celui-ci sera réalisé dans le milieu estuarien puisque c’est là que ces poissons vont séjourner plusieurs années avant de partir grossir en mer et de revenir en estuaire pour entamer leur migration de reproduction jusqu’aux frayères fluviales. Il s’agit de recapturer ces individus pour pouvoir 1) les dénombrer (estimer les abondances) 2) les mesurer, les identifier individuellement et réaliser des prélèvements et 3) les équiper de marques spécifiques (étude des déplacements et des préférences environnementales). La pose de marques acoustiques chez des géniteurs potentiels nous permettra de les suivre par télémétrie pendant plusieurs années et de documenter leur trajet migratoire pour la reproduction, de l’estuaire aux fleuves. En effet, ces dernières années, quelques grands spécimens adultes ont été observés dans les fleuves grâce à des observations citoyennes, mais il n’y a aucun signe de reproduction naturelle et mis à part la description de frayères historiques potentielles, nous ne connaissons pas le comportement de reproduction de l’espèce. L’identification de reproductions en milieu naturel constitue un indicateur clef de la réussite du programme de restauration de l’espèce.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

L’esturgeon européen (A. sturio) ayant décliné avant l’acquisition de connaissances, il est important de mieux documenter son écologie en milieu naturel. Ce projet permettra la collecte de données sur les régimes alimentaires, structures en âge des populations, croissance, préférences environnementales, migrations. Outre leur intérêt fondamental, les résultats informeront sur l’évolution, dans son milieu, de cette population soutenue et permettront d’évaluer le succès des pratiques de repeuplement. Suite au repeuplement dans les fleuves de plus de 1.7 M de juvéniles d’esturgeon européen entre 2007 et 2015, les individus sont actuellement en âge de se reproduire. Ces dernières années, quelques grands spécimens adultes ont été observés dans les fleuves, mais il n’y a aucun signe de reproduction naturelle. Nous supposons qu’il s’agissait d’individus mâles en exploration et qu’il n’y a pas encore eu de remontée d’individus femelles. Excepté la description de frayères historiques potentielles suite aux concentrations d’individus observées par le passé, le comportement de reproduction de l’espèce reste inconnu. Le marquage par télémétrie acoustique d’une dizaine de grands spécimens par an permettra de suivre en continu sur les prochaines années leurs trajectoires jusqu’aux fleuves. Grâce au monitoring dans les fleuves et à l’embouchure de l’estuaire, nous disposerons d’informations sur la migration de reproduction et le retour en mer des individus (trajets, périodes, vitesses). L’intérêt est l’obtention de données individuelles 1/ complémentaires, indépendantes des observations accidentelles déclarées sur la base du volontariat car l’espèce est protégée, 2/ sans avoir besoin de recapturer le poisson et 3/ sur le long terme (jusqu’à 6 ans), certains individus pouvant se reproduire chaque année ou tous les deux ans.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Les A. sturio sont capturés par chalutage dans le milieu estuarien, ce qui implique au maximum 30 min de rétention dans le filet (si capture dès le début de la pêche) et une exondation au moment de la relève du filet. Les individus sont dénombrés, mesurés et pesés individuellement. Leur état est caractérisé et leur identification est réalisée s’ils sont déjà dotés de marques au moment de la capture. Si ce n’est pas le cas, les individus sont marqués pour identification (Pit-tag interne et marque numérotée externe) et de petits morceaux de nageoire sont prélevés pour réaliser des analyses génétiques (origine repeuplement ou sauvage) et isotopiques (utilisation des habitats) directement dans le bassin d’anesthésie (durée de ces marquages et prélèvements : 2 à 3 min). L’âge est estimé grâce à un prélèvement d’un morceau de rayon pectoral (durée du prélèvement : 3 min). En fonction de leur état, on réalise une échographie, individu immergé dans le bassin de réveil (maturité, sexage), une photographie, individu émergé (morphologie générale) et un lavage gastrique (exploration du régime alimentaire) (durée totale de ces 3 manipulations : moins de 10 min). S’ils ont un poids suffisant, une marque à mémoire externe enregistrant température, oxygène et salinité du milieu est fixée à la base des écussons dorsaux pour documenter leurs préférences environnementales (moins de 5 min pour la pose de cette marque). Les plus gros spécimens sont aussi dotés d’une marque acoustique pour suivre leurs trajectoires, posée en interne (cavité abdominale) ou externe (à la base des écussons dorsaux) selon la date de capture et l’avancée présupposée de la maturation (environ 5-10 min pour ce marquage réalisé sous sédation continue grâce à un tuyau placé au niveau de la bouche de l’animal). Pour toutes les manipulations, les esturgeons européens sont anesthésiés.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Ces effets sont liés au stress de capture, voire de stabulation et biométrie (confinement, émersion). La durée de chalutage est de 30 min pour limiter les blessures des poissons prélevés. Les esturgeons européens peuvent aussi subir du stress et/ou blessures occasionnés par les actes expérimentaux successifs suivants : 1) marquage individuel (Pit-tag en intramusculaire et marque numérotée en transmusculaire) et 2) prélèvements de tissus de nageoires, qui peuvent entrainer des blessures tissulaires de type plaie cutanée, mais qui ne sont pratiqués que si nécessaire (i.e. individu échantillonné pour la première fois) ; 3) photographie (morphologie générale) non invasive mais réalisée sur l’animal émergé ; 4) lavage gastrique provoquant des spasmes transitoires facilitant la régurgitation du bol alimentaire, fait seulement si l’individu est en bon état ; 5) selon sa taille, pose d’une marque DST (Data Storage Tag ou marque à mémoire) externe (fixée à la base des écussons dorsaux pour éviter d’endommager la musculature) et 6) pour les plus gros poissons, pose d’une marque acoustique interne (intraabdominale) ou externe (à la base des écussons dorsaux) si l’individu est en période de reproduction et auquel cas, il n’est pas doté d’une DST.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

A l’issue des procédures, les poissons sont remis en liberté dans leur secteur de capture, ce qui est couvert par une autorisation préfectorale. Les esturgeons européens sont relâchés en vie, le nombre de procédures réalisées est adapté en fonction de l’état des individus. Ceux dont l’état ou la taille ne permet pas un marquage supplémentaire (avec marque à mémoire et/ou marque acoustique), seront remis à l’eau rapidement sur leur lieu de capture. Il en sera de même pour les plus gros individus qui auront été marqués. De par l’objectif de l’étude, il est nécessaire de relâcher les esturgeons européens marqués au niveau de leur secteur de capture afin d’étudier la population en milieu naturel. La décision du moment du lâcher est prise par les intervenants qui sont formés à l’expérimentation animale et à la pratique de la chirurgie expérimentale. Ce moment sera fonction de l’état du poisson au réveil (reprise d’un comportement de nage normal). Nous bénéficions de toutes les autorisations réglementaires pour impliquer dans ce projet cette espèce d’esturgeon qui est protégée.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Aucun remplacement des poissons étudiés ne peut être effectué puisque les données recherchées ne peuvent être fournies que par les espèces elles-mêmes vivant dans le milieu naturel. Comme indiqué précédemment, afin de connaître l’évolution, dans son milieu, de la population soutenue d’A. sturio et d’évaluer le succès des pratiques de repeuplement mises en place dans le cadre du Plan National d’Actions (PNA), un suivi régulier doit être réalisé dans des secteurs estuariens adjacents aux fleuves dans lesquels les juvéniles d’esturgeons européens ont été déversés. Il s’agit de recapturer ces individus pour estimer l’évolution de leur abondance et connaître également les autres populations de poissons présentes dans l’estuaire pour identifier les interactions possibles. Par conséquent, pour réaliser le suivi des populations piscicoles estuariennes et en particulier, de l’état de la population soutenue d’esturgeons européens, il est nécessaire de capturer les poissons pour pouvoir les dénombrer (estimer les abondances), les mesurer, les marquer (suivi individuel de croissance), les équiper de marques spécifiques (étude des déplacements et des préférences environnementales).

2. Réduction

3R / Réduction :

D’après les échantillonnages historiques, on peut s’attendre à capturer en moyenne une cinquantaine d’esturgeons européens par an au grand maximum. Tous seront marqués individuellement pour identification afin d’avoir un suivi le plus exhaustif possible de la population. En effet, étant donné la faible abondance de l’espèce (soutien de population) et de l’effort de capture ciblant l’espèce relativement faible (campagnes bimestrielles en estuaire, captures accidentelles par des pêcheurs), le taux de recapture attendu est faible (< 10%). Il faut donc un marquage exhaustif des individus capturés. Les prélèvements tissulaires destinés aux analyses génétiques et isotopiques seront aussi systématiquement réalisés. Par contre, si l’esturgeon capturé est marqué donc identifiable (âge connu) ou s’il est considéré dans un état moyen, le prélèvement de nageoire en vue de la lecture d’âge ne sera pas effectué. Le lavage gastrique ne sera opéré que sur environ 70-75% des individus échantillonnés : sur les premiers manipulés en cas de captures nombreuses dans le même trait, en excluant soit ceux trop petits (3.5 kg pour les marques à mémoire DST et >150 cm pour les marquages acoustiques de géniteurs). Cela représente sur l’année environ 10-15 individus marqués avec une DST dont une dizaine par acoustique. Les effectifs capturés dans l’estuaire peuvent varier d’une année à l’autre en fonction notamment des actions de repeuplement. D’après nos estimations, l’effectif envisagé correspond en moyenne, à l’échelle de l’année, au nombre d’animaux qui ont un poids supérieur au poids minimal requis pour le marquage sur le maximum d’individus possible, et il peut être considéré comme raisonnable pour une espèce en danger critique telle que l’esturgeon européen.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

La durée de chalutage de 30 min limite les blessures et mortalités accidentelles des poissons. A bord, ils sont réceptionnés sur un matelas humide et transférés dans des viviers en circuit ouvert. Des mesures sont prises pour réduire stress, souffrance et infection. Avant intervention, A. sturio est anesthésié (bain individuel aéré à 50 ppm d’isoeugénol, un anesthésique analgésique) pour limiter stress et douleur. Durant les manipulations, il est immergé, ou alimenté via un tuyau d’anesthésique à dose sédative (25 ppm d’isoeugénol) pendant la chirurgie, ou arrosé d’eau de l’estuaire (maintien humidité cutanée). Des mesures prophylactiques (désinfection du matériel à l’alcool 75° et de la peau à l’eau oxygénée diluée à 10 volumes) et des soins post-opératoires (pommade cicatrisante iodée, colle chirurgicale antimicrobienne) sont appliqués pour minimiser l’inflammation ou la contamination des plaies et sécuriser les sutures. Les intervenants ont une bonne expérience des pratiques et sont conscients de la fragilité de l’espèce. Les procédures sont adaptées à la situation : réduction du nombre d’actes si l’individu est blessé ou maigre et/ou s’il y a beaucoup d’individus, pas de lavage gastrique chez ceux marqués par acoustique. Le faible poids des marques et la courte durée de captivité post-marquage limitent les biais comportementaux. Après reprise de la nage en vivier sur circuit ouvert et oxygéné, A. sturio est relâché via un toboggan sur le lieu de capture. Points limites observés : pas de manipulation si poisson en mauvais état ; il sera relâché après application d’un traitement adéquat (avis vétérinaire). Durant l’anesthésie, perte d’équilibre et manque de réaction à une poussée latérale indiquent que l’animal peut être manipulé. Si lors des manipulations, il montre des signes de souffrance (hyperventilation ou mouvements brusques anormaux), il sera placé directement en bassin de réveil afin de surveiller la reprise d’un comportement normal. Surveillance accrue : récupération effective lorsque le poisson a repris des mouvements respiratoires réguliers ainsi qu’une position de nage. Captivité nécessaire mais limitée (30-90min) pour ne pas affecter la physiologie, la santé ou le comportement habituel de l’animal. Si récupération incomplète (ventilation ou comportement de nage anormal), l’animal reste isolé dans son vivier en circuit ouvert et oxygéné ; le vétérinaire référent est alors consulté avant d’envisager une euthanasie.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

L’étude porte sur l’espèce-cible Acipenser sturio classée en danger critique d’extinction, plus précisément sur la fraction estuarienne de la population soutenue d’esturgeons européens. Il s’agira de juvéniles de plus d’un an. Il est également possible que des adultes en migration de reproduction (âge > 12 ans) soient capturés. Les individus seront suivis individuellement par des méthodes de capture-marquage-recapture et par télémétrie, ce qui permettra d’améliorer les connaissances sur l’écologie de l’espèce, de documenter l’évolution dans son milieu de cette population soutenue et d’évaluer le succès des pratiques de repeuplement.