Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

Sept macaques, quatre crabiers et trois rhésus, vont être utilisés dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré, tous tués à l’issue pour l’analyse post-mortem de leur cerveau. Ils subissent une restriction hydrique pendant douze à vingt-quatre mois, une chirurgie de pose d’implant crânien de quatre à six heures, parfois répétée sur l’autre hémisphère en cas d’infection, puis des séances quotidiennes d’enregistrement neuronal d’une à deux heures pendant six à huit mois. Le porteur liste les risques encourus : œdème cérébral, accident vasculaire lors de la descente des électrodes dans le cerveau, infection au site d’implantation. Le projet vise à créer chez le primate non humain un modèle de troubles compulsifs par inactivation de neurones du striatum, démarche que le porteur juge « indispensable » pour extrapoler aux aptitudes humaines.

NTS-FR-730009v2
Types de recherche
· Recherche fondamentale · Système nerveux ·
Mots-clés
neurosciences, comportement, compulsions, transfection virale, ganglions de la base
Macaques à longue queue : 4
Macaques rhésus : 3

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Nous nous intéressons aux mécanismes neuronaux qui contrôlent l’adaptation du comportement de l’organisme aux contraintes changeantes de l’environnement (flexibilité comportementale). Plus précisément, nous étudions la contribution d’une région du cerveau appelée striatum, située sous le cortex cérébral, qui est censée intervenir dans la flexibilité comportementale. L’innervation cholinergique de cette région est altérée dans des pathologies neuropsychiatriques où prédominent des signes compulsifs (tics, stéréotypies, persévérations). La libération d’acétylcholine dans le striatum est assurée par un groupe spécifique d’interneurones cholinergiques (INChs) dont le dysfonctionnement est associé à un manque de flexibilité comportementale et à la manifestation de compulsions. Ainsi, une diminution de densité en INChs est décrite dans le striatum de patients atteints du syndrome de Gilles de la Tourette et des études chez le rongeur indiquent que l’inactivation des INChs perturbe l’adaptation des animaux à des changements de contexte. Les informations traitées par le striatum sont transmises aux circuits de commande du comportement par les neurones de projection qui influencent les commandes comportementales. L’adaptation comportementale résulterait de la mise en jeu coordonnée de ces neurones, sous contrôle des INChs. Les connaissances acquises chez le rongeur ne permettent pas de déterminer comment les INChs exercent ce contrôle. Notre projet vise à (1) déterminer la connectivité entre des populations distinctes de neurones du striatum; (2) examiner les interactions fonctionnelles entre ces populations; (3) établir si l’inactivation sélective des INChs induit des signes compulsifs assimilables à ceux observés chez l’humain. Pour cela, nous utilisons des approches expérimentales innovantes de marquage de populations neuronales distinctes dans le striatum, d’enregistrements simultanés de ces populations neuronales et d’inactivation des INChs par un procédé de ciblage sélectif de ces interneurones par utilisation d’outils génétiques.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Les troubles compulsifs sont une cause majeure de handicap dans bon nombre de maladies neuropsychiatriques. A n’en pas douter, les progrès à venir dans la compréhension et le traitement de ces anomalies passeront par une meilleure connaissance des mécanismes neuronaux sous-jacents. Dans cette perspective, la piste d’une anomalie de la neuromodulation cholinergique au niveau du striatum, une région profonde du cerveau, est actuellement privilégiée. On suppose qu’un défaut du signal cholinergique perturbe les informations transmises par le striatum aux circuits de commande comportementale qui aboutirait à l’expression de conduites inadaptées. Notre projet vise à préciser les bases anatomiques et physiologiques de cette régulation. Un aspect innovant de notre projet est le développement d’une méthode d’inactivation sélective des interneurones du striatum à la source du signal cholinergique à l’aide d’outils génétiques. Cet aspect du projet offre la possibilité de créer un modèle de troubles compulsifs chez le primate non humain permettant d’appréhender précisément la signification fonctionnelle de ce signal. Cette recherche fondamentale ouvre des perspectives prometteuses pour de nouvelles thérapies chez l’humain destinées à compenser un contrôle cholinergique défaillant dans les troubles compulsifs.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

(1) Contrôle hydrique pendant toute la durée des expériences (12 à 24 mois). (2) Examen IRM d’environ 2 h. (3) chirurgie pour la pose d’un implant crânien sur un hémisphère cérébral, suivi éventuellement d’une seconde implantation sur l’autre hémisphère dans le cas d’un incident (infection et/ou inflammation) obligeant à retirer le premier implant). Ce type de chirurgie dure de 4 à 6 heures. (4) enregistrements de l’activité neuronale chez le singe effectuant une tâche instrumentale au cours de séances quotidiennes de 1 à 2 h pendant 6 à 8 mois (5) injections de vecteurs viraux sous anesthésie générale conformément à un plan d’injection défini sur la base de l’examen IRM et du repérage électrophysiologique. Selon le nombre de sites d’injection (striatum et/ou globus pallidus), les injections durent entre 2 et 3 heures.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

1) la restriction hydrique; (2) la capture des animaux depuis leur site d’hébergement, leur transfert au laboratoire et la contention de la tête sont source de stress dans les premiers temps de ces manipulations; (3) l’anesthésie générale présente des risques d’incident cardiaque ou respiratoire; (4) la chirurgie crânienne présente des risques d’infection au site d’implantation ou d’oedème cérébral; (5) la descente d’électrodes ou de canules d’injection dans le cerveau présente des risques d’infection ou d’accident vasculaire cérébral; (6) le maintien à long terme d’un implant crânien présente des risques liés au développement d’une infection ou de réactions inflammatoires au site d’implantation.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Notre projet implique une analyse post-mortem de la connectivité entre différents types de neurones striataux et une évaluation de l’expression d’un transgène (DREADD) dans les INChs. Chaque animal sera mis à mort à l’issue de la procédure expérimentale.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Nos recherches portent sur la contribution de l’innervation cholinergique du striatum dans la flexibilité comportementale. L’approche expérimentale consiste à décrire le schéma des connexions anatomiques au sein du striatum, à corréler des indices de la flexibilité comportementale à l’activité électrophysiologique et à examiner les conséquences d’une inactivation cholinergique sur le comportement. Une telle approche exclut toute alternative basée sur des modèles in vitro (tranches de tissu, cultures de cellules ou cellules dissociées) ou sur l’animal anesthésié. Les neurosciences computationnelles permettent d’élaborer des modèles utiles pour la compréhension des processus sensorimoteurs ou cognitifs. Ces modèles tirent parti des données neurophysiologiques, acquises chez l’animal comme chez l’humain, et fournissent des hypothèses de travail ou des cadres d’interprétation utiles pour guider la recherche, mais en aucun cas ils ne peuvent remplacer l’expérimentation. De plus, un modèle computationnel, aussi sophistiqué soit-il, est une approximation de la complexité neurobiologique susceptible d’être améliorée sur la base des nouvelles données acquises.

2. Réduction

3R / Réduction :

Nous avons restreint autant que possible le nombre d’animaux impliqués dans le projet tout en restant compatible avec l’exigence d’analyses statistiques fiables. Pour cela, l’analyse électrophysiologique des populations neuronales du striatum sera faite chez les mêmes singes qui seront ensuite utilisés pour les injections de vecteurs viraux. Pour l’électrophysiologie, l’analyse porte sur des échantillons de neurones enregistrés lors de séances quotidiennes, pendant plusieurs mois. L’analyse est d’abord faite pour chaque animal et les données sont ensuite groupées. Ce « pooling » permet d’augmenter la puissance statistique, en particulier si les échantillons de neurones disponibles pour chaque animal sont trop faibles. Nous complétons cette analyse globale par une analyse cas par cas si les performances et les données neuronales divergent trop entre les sujets. Afin de réduire le nombre d’animaux pour étudier la connectivité entre neurones striataux, nous réaliserons les injections de vecteurs viraux dans les 2 hémisphères cérébraux de chaque singe. Comme les projections des neurones de sortie striataux vers le globus pallidus sont strictement ipsilatérales, on ne risque pas d’induire de chevauchement des marquages en intervenant sur chacun des hémisphères.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Tout est mis en oeuvre pour favoriser la coopérativité de l’animal dans les expériences de conditionnement, d’enregistrement et d’inactivation pharmacogénétique. Pour diminuer le stress des animaux au début de certaines phases de la procédure expérimentale (capture, contention de la tête), on les habitue progressivement aux contraintes imposées. A l’animalerie, les animaux sont hébergés en duo ou trio, selon les affinités, dans un environnement enrichi qui inclut l’accès à une volière munie d’objets à manipuler, de perchoirs et de cordages. Les interventions sources de douleur (implantation crânienne, injections intracérébrales, perfusion intracardiaque) sont effectuées sous anesthésie générale. Les chirurgies crâniennes sont suivies d’un traitement analgésique morphinique en période post-opératoire immédiate. Tout constat d’anomalie affectant l’état général de l’animal en cours d’expérience donnera lieu, sous anesthésie ou sédation profonde, à un examen complémentaire par le vétérinaire pour auscultation et/ou prélévements sanguins. Les éventuels épisodes inflammatoires ou infectieux au site d’implantation donneront lieu à des traitements locaux adaptés. Les points limites définis dans le cadre des différentes étapes de notre procédure expérimentale seront pris en considération pour décider de l’interruption de l’expérimentation afin de mettre en oeuvre une prise en charge thérapeutique adaptée, impliquant notamment le retrait du dispositif implanté, ou l’euthanasie de l’animal si son état s’est trop dégradé en dépit des soins.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

L’analyse des anomalies comportementales après inactivation expérimentale chez le rongeur n’est jamais aussi détaillée que celle faite chez le singe. Les spécificités du répertoire comportemental des primates font du macaque rhésus un bon modèle pour l’expression de compulsions semblables à celles qui se manifestent chez l’humain. Une abondante littérature atteste de la similitude d’organisation des circuits qui relient le cortex préfrontal au striatum chez le macaque rhésus et l’humain. Il est donc indispensable d’étudier les supports neuronaux des fonctions de planification et de sélection de l’action chez le singe pour extrapoler aux aptitudes humaines et à leur dérèglement en pathologie. De plus, les tests comportementaux sont proches de ceux employés chez l’humain (mouvements d’atteinte de cibles avec la main) et les données électrophysiologiques recueillies à l’échelle neuronale chez le singe sont un complément précieux aux mesures plus globales, non invasives, de l’activité cérébrale chez l’humain. Nous utilisons des animaux dans une gamme de poids 6 à 12 kg dont la morphologie crânienne est compatible avec la mise en place chirurgicale de la chambre d’enregistrement et du dispositif de fixation de la tête.