Un colloque s’est tenu à Paris le 27 novembre 2025 sur le thème du secret des affaires, un sujet non sans lien avec la problématique de transparence de l’expérimentation animale. Décryptage par Céline Cornayre, bénévole de l’OXA présente sur place.
La loi du 30 juillet 2018 encadre la protection du secret des affaires, un principe nécessaire pour que les intérêts stratégiques d’une entreprise restent confidentiels, mais dont l’utilisation abusive impacte directement la transparence, la liberté d’informer et la défense de l’intérêt général. Le maintien de l’opacité écarte toute ouverture à un débat démocratique et laisse le champ libre à des pratiques potentiellement délictueuses.
La première table ronde a traité de l’architecture juridique de la transparence devant des cas concrets comme la commission d’enquête sur l’utilisation des aides publiques aux grandes entreprises et à leurs sous-traitants et l’association Acadamia visant à informer les étudiants et enseignants-chercheurs des liens entre leurs établissements et les entreprises mécènes. La transparence ne va donc pas de soi, elle se construit au fil des constats et des besoins.
S’agissant de l’expérimentation animale, c’est bien le constat d’une opacité totale sur les documents tels que les rapports d’inspection des structures, les avis des comités d’éthique, les demandes d’autorisation préalable des projets,… qui a conduit à des requêtes et des actions juridiques au long cours et à la création de l’OXA.
La seconde table ronde a porté sur les vigies citoyennes. Étaient présents Anticor, Transparency France International, et la Maison des Lanceur-se d’Alerte (MLA) ainsi qu’un citoyen et un élu engagés. Il s’agit de poser des cadres au lobbying et de renforcer les dispositifs de protection des lanceurs et lanceuses d’alerte. Les conséquences pour ces défenseur/ses de l’intérêt général peuvent aller très loin : discrimination, harcèlement moral, perte d’emploi et « fichage » menant à des ruptures professionnelles, et ainsi de suite.
Dans l’expérimentation animale en France, une seule lanceuse d’alerte a été reconnue comme telle et accompagnée par la MLA, Hélène Bernard. L’éthique de la recherche utilisant des animaux n’a pas pour autant été remise en cause suite à cette affaire pourtant emblématique du dilemme moral porté par les salarié·es et d’un vrai problème dans l’application de la réglementation.
La troisième table ronde a porté sur le journalisme d’investigation. À travers différentes enquêtes, il a été démontré que le statut de journaliste n’empêche pas d’être confronté au secret des affaires. La CADA, Commission d’Accès aux Documents Administratifs, devient un passage obligé alors qu’elle n’est pas censée l’être. Les conséquences en termes de délais et de procédures (et donc, de temps et de dépenses) sont nombreuses. Quand enfin les documents demandés arrivent, dans le meilleur des cas, ils révèlent les infractions, mais nécessitent bien trop souvent de nouvelles démarches pour obtenir les informations occultées abusivement.
Un membre de réseau ACRIMED (Action-Critique-Médias) était également présent pour informer sur les dérives actuelles liées à des manques voire des absences d’indépendance et d’impartialité dans les rédactions des médias.
L’expérimentation animale n’est toujours pas un sujet traité à la mesure de ses enjeux et de ses dérives. Les journalistes scientifiques ont facilement tendance à relayer principalement les acteur/ices de l’expérimentation animale, laissant ainsi une page blanche à l’analyse critique. L’OXA a aussi été créé pour répondre à ce problème.
La dernière table ronde est revenue sur l’affaire de l’A69. C’est un cas d’école sur les dérives du secret des affaires, allant jusque dans la commande publique. Madame la députée Christine Arrighi a montré qu’elle a elle-même, malgré l’avantage de sa situation, été confrontée à la difficulté pour obtenir des éléments de fond, non occultés. Lorsqu’elle a finalement obtenu gain de cause, il lui a suffit d’aller là où il y avait auparavant pléthore d’occultations pour comprendre ce qui était caché. Le jugement de l’affaire, en appel, est prévu début décembre.
Si l’expérimentation animale pouvait réussir à mobiliser aussi bien sur le plan politique que citoyen et journalistique, comme ce fût le cas pour l’A69, un débat public pourrait peut-être enfin se mettre en place grâce à un cadrage respectueux des enjeux éthiques.
Céline Cornayre