TheMetaNews – L’expérimentation animale est-elle irréductible ?

Il y a deux semaines, TheMetaNews a publié un nouvel article de Lucile Veissier, qui avait déjà écrit l’an dernier concernant la « transparence » de l’expérimentation animale. Cette fois-ci, il s’agit de parler du projet d’agrandissement de l’élevage de primates pour l’expérimentation situé à Rousset, dans les Bouches-du-Rhône.

Une large place y est laissée à la parole des personnes qui utilisent des animaux (et notamment au représentant de Biosimia, groupe d’intérêt interne au CNRS concernant l’expérimentation sur les primates). On trouve également quelques arguments repris tout droit des éléments de langage des associations professionnelles – notamment l’idée que les primates ne sont qu’une « goutte d’eau dans l’océan » de l’expérimentation animale, « deux pour mille », sans citer le nombre d’individus concernés (et tués) chaque année.

Mais l’article n’est pas dénué de côtés positifs. Chose rare s’il en est, il y est fait mention du spécisme, identifié comme « un système
d’oppression fondé sur l’espèce qui organise la domination des animaux non humains [qui] s’accompagne d’une idéologie hiérarchique visant à la justifier » (une très bonne définition de Victor Duran-Lepeuch). Nicolas Marty, président de l’OXA, est cité, regrettant que l’avis du comité d’éthique du CNRS concernant l’expérimentation animale et le projet de Rousset, de même que la réponse du CNRS au bilan du débat public, ne mentionne nulle part le spécisme, qui est pourtant au cœur de la littérature en philosophie morale et en éthique animale sur ce sujet depuis des dizaines d’années.

Malheureusement, l’encadré sur le spécisme reprend en conclusion l’idée du « choix sociétal », encore un élément de langage mis en avant par les associations professionnelles depuis des années pour esquiver le fond de la question éthique, qui pourrait bien amener à remettre en cause la légitimité même de l’élevage, de l’instrumentalisation et de la mise à mort d’animaux pour la science. Même sans limiter le débat éthique et politique aux spécialistes de philosophie, quand on voit que la réponse du CNRS a fait fi non seulement des résultats du débat public mais aussi de l’avis de son propre comité d’éthique, la notion de choix sociétal parait encore bien lointaine.