Nouveaux chiffres de l’expérimentation animale : du mieux… mais surtout du flou

Expérimentation animale · Transparence · Éthique publique

De deux millions d’animaux utilisés dans les laboratoires français il y a quelques années, nous serions désormais descendus à moins d’un million et demi. Le ministère de la Recherche vient en effet de publier, en février 2026, les données de l’année 2024. Malgré quelques bonnes nouvelles, les problèmes structurels sont toujours là.

D’abord, la « nouvelle » manière de compter, soulignée par le ministère, date en réalité de plusieurs années et n’est toujours pas bien appliquée – ce qui empêche une vraie comparaison avec les années précédentes. Encore plus gênant : les représentations graphiques sont biaisées en faveur des données les moins controversées, qui sont lissées dans le discours du ministère – ce qui parait contradictoire avec une information complète et impartiale du public.

Pour faciliter l’exploration de ces données, l’Observatoire de l’Expérimentation Animale a produit des graphiques interactifs représentant leur évolution ces dix dernières années.

Un "nouveau périmètre"… qui commence à dater

La plus grosse source de confusion vient du changement de la récolte des données, initié par l’Union européenne en 2021. Désormais, on compte aussi tous les ans les animaux utilisés « seulement » pour des « génotypages » (c’est-à-dire pour le contrôle de leur statut génétique par biopsie de queue, d’oreille, de nageoire…). Les biopsies n’étant clairement pas indolores, arrêter d’oublier les animaux concernés n’est pas une mauvaise idée. 

Mais comment expliquer que le nombre de génotypages déclarés continue d’augmenter d’année en année ? Serait-on vraiment passé de 100.00 à 350.000 biopsies d’oreille en deux ans ? Probablement pas : les laboratoires apprennent, à leur rythme et sans contrainte, à faire leurs déclarations correctement. Mais plutôt que de reconnaître la déficience des déclarations antérieures (et donc la nullité des enquêtes précédentes), le ministère de la Recherche préfère parler de « l’amélioration de la précision des données recueillies ».

Quand on sait qu’il a fallu dix ans avant que ce même ministère s’inquiète de la mise aux normes réglementaires des « comités d’éthique » chargés d’évaluer les projets d’expérimentation animale, on peut se dire qu’il manque une réelle volonté politique de faire appliquer la réglementation.

Des graphiques trompeurs

Par ailleurs, les graphiques utilisés par le ministère relèvent de mauvaises pratiques en matière de présentation des données. En effet, sur les graphiques en camembert, on remarque vite que les pratiques les plus controversées (procédures sévères, modifications génétiques impliquant des souffrances, animaux importés de l’autre bout du monde, espèces non rongeurs, tests de produits phytosanitaires…) sont toujours représentées sur la partie du camembert dont l’ampleur est diminuée par la représentation en trois dimensions. 

Le président de l’OXA a pourtant déjà signalé au ministère que les camemberts en 3D sont une (très) mauvaise pratique qui biaise la représentation des données.

Avancées en demi-teinte

Parmi les « bonnes » nouvelles, on remarque que le nombre de lapins et de poissons-zèbres, qui augmentait depuis 2015, a amorcé une (légère) diminution depuis 2023

En cause pour les lapins : moins d’utilisation pour la production d’anticorps. Le ministère se félicite d’ailleurs de la réduction progressive de l’emploi de la méthode douloureuse de l’ascite, sur les souris, pour produire des anticorps monoclonaux. Pourtant, le Centre européen de validation des méthodes alternatives écrivait en 2020 que cette méthode aurait déjà dû être inacceptable « quelles que soient les circonstances ».

Peut-être la meilleure nouvelle de l’année reste l’absence apparente de phalangectomie en 2024 – aucun rongeur juvénile n’ayant donc subi la coupe de ses phalanges (servant à contrôler son statut génétique et à différencier les rongeurs dans les cages). Espérons, si ces données sont bien fiables, que cela durera et que cette méthode ne sera plus jamais acceptée.

Enfin, le nombre de procédures « sévères » (c’est-à-dire génératrices de grandes souffrances pour les animaux) est en diminution, lente mais continue, depuis 2021. Près de 160.000 animaux étaient encore concernés en 2024 – sans parler des près de 750.000 animaux soumis à des procédures « modérées », qui impliquent des souffrances très loin d’être négligeables. Si la direction est bonne, nous sommes encore loin de l’objectif qu’est la fin de l’expérimentation animale.

Pour plus d’informations

L’Observatoire de l’Expérimentation Animale se tient à votre disposition pour toute information complémentaire et pour vous aider à explorer nos graphiques interactifs.

 

Contact presse
Nicolas Marty, président de l’OXA
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