Ordre public et expérimentation animale en débat

Au Royaume-Uni, un projet d’amendement au Public Order Act (POA – loi sur l’ordre public) cherche à classer les structures de recherche liée aux sciences de la vie en tant qu’ « infrastructures nationales clés ». À l’origine, le POA a été conçu pour empêcher tout ce qui peut interférer avec des activités telles que les réseaux de transports, la gestion de l’eau et le secteur des énergies. Il a notamment été utilisé pour arrêter une marche écologiste contre l’industrie du pétrole puisque cette marche ralentissait la circulation aux abords du siège de cette industrie.

Empêcher toute contestation de l’expérimentation animale ?

Aujourd’hui, la ministre de la Police et de la Criminalité veut étendre l’application de cette loi à l’ensemble des laboratoires de recherche scientifique et médicale, publics et privés, avec et sans expérimentation animale, ainsi qu’aux fournisseurs d’animaux. Son argumentaire repose sur les bénéfices économiques et médicaux de la recherche en général. La lutte contre le Covid 19 et la prévention des pandémies par le développement des vaccins y sont largement citées. Cependant, aucun élément n’est apporté prouvant la nécessité absolue de faire de ces structures des lieux protégés contre toute forme de contestation. 

Le cœur de la controverse porte sur l’expérimentation animale. En effet, de nombreuses organisations anglaises se mobilisent à proximité des structures et dans les grandes villes pour sensibiliser le public, mais aussi pour enquêter et lancer l’alerte. Or, dans l’amendement proposé au POA, la notion “d’interférences” est si vaste qu’elle pourrait permettre d’interdire des actions aussi inoffensives que la marche pour la journée mondiale des animaux utilisés dans les laboratoires, pour peu qu’elle passe trop près d’un laboratoire d’expérimentation animale. 

Tout n’est pas joué

Les débats parlementaires

Malgré les remises en cause de cet amendement portées par de nombreux députés, iil a été voté par la Chambre des Communes le 14 janvier à 301 voix pour et 110 voix contre.

Nathalie Bennett de la Chambre des Lords a déposé quelques jours plus tard une motion d’opposition afin d’ouvrir un débat de fond sur le sujet. L’enjeu sera de démontrer que l’expérimentation animale n’a rien à faire dans le champ des « infrastructures nationales clés ». Le fait que le gouvernement soit incapable de prouver la nécessité de l’amendement sera discuté. L’absence de mesures suffisantes pour mettre fin à l’expérimentation animale sera débattue. 

Ce débat très attendu est programmé pour le mercredi 4 février. 

[mise à jour du 06/02/2025]

Le débat s’est tenu le 4 février. La nécessité de l’amendement est restée présentée comme initialement, sans preuves formelles. L’argumentaire sur les mesures prévues pour mettre fin à l’expérimentation animale n’a pas été questionné. C’est donc logiquement que la motion a été rejetée. 

Le soir même, l’organisation Protect the Wild a engagé un recours juridique pour faire annuler cela. Il est impossible de savoir ce qui va se passer dans l’intervalle à ce stade pour les militants britanniques.

Céline Cornayre