Revue de presse de l’expérimentation animale, du 26 septembre au 2 octobre 2026

Mesures du HHS, appel des régulateurs du médicament, marche arrivée chez Marshall

Revue de la semaine, du 26 septembre au 2 octobre 2026.

Le département étatsunien de la Santé et des Services sociaux (HHS) annonce plus de vingt mesures pour réduire l’expérimentation animale, dont une règle de l’agence étatsunienne du médicament (FDA). L’Agence européenne des médicaments (EMA), l’agence britannique du médicament (MHRA) et Swissmedic appellent au remplacement des tests sur animaux. Une marche de 207 miles (333 km) s’est achevée devant l’éleveur Marshall BioResources, dans l’État de New York.

Décisions politiques et réglementaires : Washington, les régulateurs du médicament et le COMPACT Act

Le département étatsunien de la Santé et des Services sociaux (HHS) a publié une règle adoptée sans consultation préalable et annoncé une série de mesures pour réduire les tests sur des animaux (The Cancer Letter, Chemical & Engineering News). La FDA y remplace « tests sur animaux » par « tests non cliniques » et accepte cellules humaines, organes sur puce et modèles informatiques. Les études sur animaux restent permises (Today’s Veterinary Business). La même clarification vaut pour les médicaments vétérinaires (Law360). L’Agence européenne des médicaments, la MHRA britannique, l’autorité irlandaise des produits de santé (HPRA) et Swissmedic ont adopté une déclaration de l’ICMRA, coalition internationale des autorités de régulation des médicaments, qui pose le remplacement comme objectif de long terme (EMA, GOV.UK). Deux élus de la Chambre des représentants, Mark Pocan et Nick Langworthy, ont déposé le COMPACT Act (H.R. 10522), qui interdirait le financement fédéral des expériences sur des chiens et des chats (WKOW). Lady Freethinker compte plus de vingt actions du HHS, dont la fermeture du dernier laboratoire de beagles des instituts nationaux de santé étatsuniens (NIH).

Mise en perspective. La déclaration de l’ICMRA demande de n’approuver un test sur animaux que lorsqu’aucune méthode équivalente ou meilleure n’est disponible. Ce sont les régulateurs eux-mêmes qui apprécient cette disponibilité, et l’EMA décrit une transition prudente et progressive. L’objectif est posé pour le long terme, sans date ni étape obligatoire.

Mobilisations : la marche arrivée chez Marshall BioResources, Emeryville, MBR Acres

Partie d’Albany, la marche s’est conclue le samedi 26 septembre devant Marshall BioResources, dans le comté de Wayne, par une manifestation et une veillée à North Rose (13WHAM, Fingerlakes1, World Animal News). Le New York Times lui a consacré un article, et un rassemblement de solidarité s’est tenu le 26 septembre à Gainesville (The Independent Florida Alligator). Le même jour, le groupe Direct Action Everywhere a manifesté devant le centre de recherche Novartis à Emeryville, en Californie, avec des beagles sortis de laboratoires, pour demander aux élus de cosigner le COMPACT Act (Indybay, The E’ville Eye). En Angleterre, une femme de 43 ans a été arrêtée le 29 septembre après une intrusion dans l’élevage de beagles MBR Acres, à Wyton, d’où des chiens ont été emportés. L’association Camp Beagle, présente devant le site depuis l’été 2021, en demande la fermeture (Hunts Post).

Mise en perspective. Dans le Wisconsin, 51 personnes sont poursuivies pour les sorties de chiens de Ridglan Farms en mars et avril, et une femme a été arrêtée à Wyton. Prendre un chien dans un élevage mène devant un tribunal. Les infractions relevées chez les établissements autorisés, elles, débouchent rarement sur une sanction.

Élevages : Marshall BioResources, Ridglan Farms et le devenir des chiens et des singes

Marshall BioResources héberge plus de 16 000 beagles et des centaines de chats élevés pour les laboratoires, et reste aux États-Unis le dernier grand éleveur de chiens pour les laboratoires (FOX6). L’Université de Floride a utilisé près de 800 chiens en 2025 et acheté 19 chats à cet éleveur pour une étude en 2024, selon The Independent Florida Alligator. Ridglan Farms a définitivement fermé dans le Wisconsin et plus de 2 000 chiens en sont sortis entre mai et août, pris en charge par des associations de sauvetage. Un établissement de recherche du même État a laissé sortir 135 beagles supplémentaires (ABC News). Le CDC, agence fédérale étatsunienne de santé publique, cherche à reloger plus de cent singes utilisés en laboratoire (Washington Examiner). La proposition Violet’s Law (H.R. 3246) obligerait les établissements à proposer l’adoption ou le placement des chiens, chats, lapins et primates utilisés dans la recherche financée par l’État fédéral (Animal Wellness Action).

Mise en perspective. Les 2 000 chiens de Ridglan et les cent singes du CDC sortent parce que des associations et une agence s’en chargent. Rien n’oblige les établissements à le faire : Violet’s Law est à l’état de proposition. En Oklahoma, la loi en vigueur fait circuler les animaux dans l’autre sens, des refuges vers les laboratoires, et l’American Anti-Vivisection Society en espère l’abrogation.

Méthodes non animales : toxine botulique, norme ISO et reproductibilité des organoïdes

Le comité scientifique Pro Anima rapporte que la FDA a accepté le projet de l’entreprise Curi Bio, qui veut faire qualifier un test de jonction neuromusculaire sur cellules souches humaines pluripotentes induites (iPSC) en remplacement du test mesurant la puissance de la toxine botulique par la dose qui tue la moitié des souris. L’entreprise SystImmune a obtenu une autorisation d’essai clinique fondée sur des organes sur puce et des tissus humains à la place des études de toxicologie animale. La Chine inscrit organoïdes et organes sur puce dans ses plans pharmaceutiques 2026-2030, et l’Organisation internationale de normalisation (ISO) prépare une norme pour les données que ces systèmes produisent (Pro Anima). Fierce Biotech place la reproductibilité des organoïdes au premier rang des obstacles, et IEEE Spectrum estime que le frein est devenu organisationnel. L’association PETA promeut les anticorps recombinants face à ceux produits chez des lapins, des souris ou des chèvres (PETA).

Mise en perspective. Fierce Biotech décrit la reproductibilité comme l’obstacle à l’adoption des organoïdes, tout en notant que les tests de toxicologie sur rongeurs et primates prédisent mal les réponses humaines. Fierce Biotech exige donc la preuve de la seule méthode qui arrive. La FDA, de son côté, précise que sa nouvelle règle n’interdit aucune étude sur animaux.

Contrôles, manquements et sanctions : inspections chez Marshall, suspension au Minnesota

Marshall BioResources conteste les accusations de maltraitance et affirme que trois inspections inopinées du département étatsunien de l’agriculture (USDA), en mai, juin et septembre, n’ont donné lieu à aucun constat d’infraction, selon Fingerlakes1. L’entreprise dit soutenir le développement de méthodes de substitution, tout en affirmant que les chercheurs utilisent encore des animaux. À l’Université du Minnesota, le chercheur Geoff Ghose a été suspendu pour avoir enfreint les règles de l’établissement en matière de recherche sur animaux. L’acteur Ron Perlman, dans une lettre ouverte écrite avec PETA, demande au président de l’université des mesures contre deux autres chercheurs et le transfert des macaques survivants vers un sanctuaire (Collider). Au Royaume-Uni, des députés soutiennent les appels à mettre fin à l’autorisation des projets sans publication des données, que ces appels qualifient d’approbation « en aveugle » (Herald.Wales).

Mise en perspective. Trois inspections sans constat disent ce que les contrôleurs ont vérifié au regard des normes d’hébergement et de soin. Un élevage conforme à ces normes peut donc produire, livrer et détenir 16 000 chiens beagle sans enfreindre aucune règle.

Positions : le Gircor sur les macaques, Tierversuche verstehen face au ZDF, Proefdiervrij au Parlement

Le Gircor, interprofession française de l’expérimentation animale, présente un protocole d’évaluation du « bien-être » des macaques publié dans Animal Welfare par des chercheurs français dont Odile Petit : 91 indicateurs répartis en hébergement, nutrition, santé et comportement, pour suivre chaque animal dans le temps. Environ 1 200 macaques à longue queue et rhésus sont utilisés chaque année en laboratoire, selon le Gircor (Gircor). La même interprofession diffuse un jeu de 36 cartes sur les 3R, qu’elle présente comme un « jeu pédagogique », destiné aux stagiaires des laboratoires, aux lycéens de la filière technicien animalier et à la Fête de la science. En Allemagne, l’initiative Tierversuche verstehen, qui défend l’expérimentation animale, répond au documentaire de la chaîne publique ZDF « Secret d’État : l’expérimentation animale » en affirmant que la pratique est intégralement contrôlée par l’État et que la base Animaltestinfo publie les résumés de tous les projets autorisés depuis 2014 (Tierversuche verstehen). Debby Weijers, directrice de l’association néerlandaise Proefdiervrij, devait participer le 30 septembre à une table ronde au Parlement néerlandais (Proefdiervrij).

Mise en perspective. Les 91 indicateurs se répartissent en hébergement, nutrition, santé et comportement. Ce qui est fait aux macaques pendant les expériences n’entre dans aucune de ces quatre catégories. Le protocole suit la dégradation de l’état d’un animal captif, et laisse hors champ les procédures qui motivent cette captivité. Le jeu du Gircor range les drosophiles, les vers nématodes et les abeilles dans la catégorie « remplacement » : ce sont pourtant des animaux, probablement sentients. Il classe l’élevage d’animaux génétiquement modifiés en « réduction », alors que la création et l’entretien de ces lignées ont fait naître en France, en 2022, plus de 2,1 millions d’animaux tués sans avoir été utilisés, selon le ministère.

Éthique : PETA attaque la justification, des chercheurs australiens parient sur la coexistence

PETA publie deux textes qui s’en prennent à la justification de l’expérimentation animale. Le premier conteste son apport à la recherche sur le cancer, en s’appuyant sur une déclaration du New England Journal of Medicine, que PETA ne date pas, selon laquelle vingt ans de lutte n’ont pas fait baisser la mortalité de façon notable, et avance que les différences entre espèces rendent l’extrapolation peu fiable (PETA, cancer). Le second soutient que la prévention sauverait plus de vies que l’ensemble des tests sur animaux, et cite George Bernard Shaw pour faire porter la discussion sur le caractère de l’acte plutôt que sur son utilité (PETA, vies humaines). Dans the limbic, des chercheurs australiens estiment que méthodes non animales et « modèles animaux » coexisteront un certain temps, que les 3R continuent de guider la politique de recherche, et que certaines études multi-organes restent difficiles à mener sans animaux.

Mise en perspective. Les deux textes de PETA raisonnent différemment. Compter les échecs cliniques concède qu’une expérimentation prédictive serait acceptable, et déplace la discussion sur un terrain où chaque camp trouve des études à opposer. Reprendre Shaw pour dire que l’utilité ne justifie pas l’acte pose la question qui décide.

Chiffres : les totaux étatsuniens avancés par PETA, la baisse allemande expliquée par le BfR

PETA fait circuler plusieurs totaux pour les États-Unis : plus de 110 millions d’animaux tués chaque année dans les laboratoires, 95 % de médicaments qui, jugés sûrs sur des animaux, échouent chez l’humain, 99 % d’animaux non protégés par l’Animal Welfare Act et 52 % d’adultes étatsuniens opposés à la pratique (PETA). Une autre page de l’association avance plus de 100 millions d’animaux et 92 % d’échecs, et une vidéo avec l’acteur Kevin Nealon cite 18 milliards de dollars publics par an. L’Agence européenne des médicaments indique que les utilisations d’animaux à des fins réglementaires pour les médicaments ont diminué d’environ la moitié entre 2015 et 2023. Au Royaume-Uni, l’autorité des médicaments vétérinaires (VMD) compte 17 animaux en moyenne pour contrôler un lot de vaccin vétérinaire avant sa mise sur le marché en 2024, contre 29 en 2013 (MRCVSonline). En Allemagne, l’association Ärzte gegen Tierversuche relève, en commentant une analyse de l’institut fédéral d’évaluation des risques (BfR), que plus de 99 % des demandes d’autorisation sont approuvées et que le BfR attribue la baisse des chiffres à l’usage croissant de méthodes non animales (Ärzte gegen Tierversuche).

Mise en perspective. Les totaux de PETA varient d’une page à l’autre, 100 ou 110 millions, parce qu’aucune statistique fédérale ne les établit. L’Animal Welfare Act exclut les souris, les rats et les oiseaux élevés pour la recherche, et le recensement étatsunien ignore donc les espèces les plus utilisées. Les instituts nationaux de santé proposent d’imposer un décompte annuel qui les inclurait.