Fatigue compassionnelle et blessure morale

La notion de « fatigue compassionnelle », introduite au début des années 1990 dans le milieu du soin hospitalier et du traitement des personnes aidantes, a pris de plus en plus de place dans le discours des associations professionnelles d’expérimentation animale ces quinze dernières années. Derrière l’utilisation de ce concept, une idée : le personnel des laboratoires souffre, par compassion avec les animaux, et doit prendre soin de lui et des animaux pour cultiver la « satisfaction compassionnelle ». Pourtant, la souffrance bien réelle de ces personnes n’est pas qu’une question de sensibilité individuelle. Elle relève d’un système qui les expose à la souffrance et à la mort des animaux et implique souvent qu’elles infligent elles-mêmes cette souffrance et la mise à mort qui la suit.

Nommer un problème correctement, c’est ouvrir la porte à une meilleure compréhension de ce problème et des remédiations envisageables. Pour cela, les concepts de « blessure morale » et de « traumatisme lié à l’acte » (perpetration-induced traumatic stress, ou PITS), sont plus adaptés, mieux documentés, et permettent d’envisager des solutions plus efficaces.