Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Le syndrome de Dravet est une épilepsie d’origine génétique qui apparaît avant l’âge de 1 an. Les crises épileptiques sont le plus souvent associées à des difficultés d’apprentissage et de coordination motrice ainsi qu’à des troubles de type autistique ou encore anxieux. Ce syndrome est dû, dans 80% des cas, à une mutation qui affecte le fonctionnement d’un canal sodique localisé majoritairement dans la membrane de neurones inhibiteurs et qui joue un rôle primordial dans la régulation de leur excitabilité. Plusieurs équipes, incluant la nôtre, ont montré que les mutations de ces canaux d’intérêt entraînaient une baisse de l’excitabilité des neurones inhibiteurs à l’origine des crises d’épilepsie. Notre projet de recherche a pour objectif d’évaluer l’efficacité d’un nouveau traitement chronique précoce sur le développement des différents symptômes dans un modèle murin du syndrome de Dravet. En effet, un grand nombre de patients atteints du syndrome de Dravet n’ont pas d’amélioration de la fréquence et de la sévérité de leurs crises épileptiques avec les traitements pharmacologiques actuels. De plus, les effets de ces traitements sur les troubles associés ont très rarement été évalués. Nous disposons d’un modèle de souris déficientes pour les canaux d’intérêt dont le phénotype récapitule les symptômes observés chez les patients atteints du syndrome de Dravet. Le traitement chronique est un peptide de synthèse résistant à la dégradation et qui se fixe sur les récepteurs d’un neuropeptide abondant dans un type de neurones inhibiteurs et qui est capable d’augmenter l’excitabilité des autres neurones inhibiteurs. Notre stratégie est de potentialiser l’effet des neurones inhibiteurs contenant le neuropeptide en administrant ce traitement et ainsi s’opposer à la baisse de l’excitabilité des autres neurones inhibiteurs, mécanisme central dans le syndrome de Dravet.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

C’est une nouvelle piste thérapeutique qui pourrait permettre d’améliorer la pharmacorésistance observée chez les patients atteints du syndrome de Dravet. En effet, il existe un grand nombre de patients atteints du syndrome de Dravet dont la fréquence et la sévérité des crises épileptiques ne diminuent pas avec les traitements pharmacologiques actuels, y compris les traitements en cours d’essais cliniques. De plus, les effets de ces traitements sur les troubles associés (anxiété, autisme, troubles moteurs…) ont très rarement été évalués alors qu’ils constituent une part importante des symptômes.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Deux groupes de 14 souris mutantes subiront une chirurgie sous anesthésie générale afin d’implanter à la surface du cortex des électrodes permettant l’enregistrement de l’activité électrique et donc de détecter les crises épileptiques. Cette chirugie dure moins d’1h. La majorité des tests comportementaux qui seront utilisés sont basés sur la tendance naturelle des rongeurs à explorer un nouvel environnement et se feront en une seule session (5 à 30 min). Trois tests d’apprentissage (moteur, environnement spatial ou conditionnement) seront réalisés en 1 à 3 sessions sur 2 ou 5 jours. L’un des test d’apprentissage spatial se déroulera sur 20 jours (dont 5 jours sans manipulation) et impliquera d’immerger les animaux dans une eau à 23°c (pour 1 min maximum par essai. (4 essais quotidiens x5)+2 immersions, protocole répété une fois = 44 immersions sur 20 jours). Le test comportemental réalisé en dernier (mesure continue de l’activité spontanée de l’animal sur la durée du cycle circadien) requiert que les souris soient placées en cage individuelle pendant 3 jours.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

La lignée de souris génétiquement modifiée que nous utiliserons présente des crises d’épilepsie tonico-cloniques spontanées à partir d’environ 3 semaines après la naissance. Les souris sont particulièrement vulnérables à ces crises au cours de cette période du développement jusqu’à environ 40 jours après la naissance, ce qui, dans 35% des animaux, conduit à une mort subite (SUDEP) sans souffrance. Cette mortalité est également constatée chez les enfants atteints du syndrome de Dravet. Les crises d’épilepsie dans le syndrome de Dravet sont des crises généralisées (ç-à-d impliquant l’ensemble du cerveau), et, sont, par définition, associées à une perte de conscience. Cette perte de conscience explique pourquoi les crises tonico-cloniques ne sont pas ressenties comme douloureuses chez les patients et c’est très vraisemblablement le cas dans les modèles animaux, comme cela est expliqué dans un article sur les modèles d’épilepsie du National Centre for Replacement, Refinement and Reduction of Animals in Research (NC3Rs). Les crises tonico-cloniques sont de courte durée (entre 20 et 30 s) et les animaux récupèrent rapidement (2 à 5 min). En d’autres termes, les souris sortent progressivement de leur état d’inconscience et se mettent à bouger petit à petit sans qu’il y ait de signes évidents de souffrance (pas de posture, cri ou expression faciale de douleur). La fréquence des crises spontanées dans ce modèle murin est d’1crise tous les 2 jours.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

L’ensemble des animaux utilisés pour ce projet seront euthanasiés en fin de procédure. En effet, nous ne pouvons pas réutiliser des animaux ayant reçu un traitement chronique pendant 1 mois ou plus. De plus, pour les études comportementales, les animaux (contrôles ou traités) doivent être naifs pour chacun des tests utilisés.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Afin de répondre au principe de remplacement, nous réaliserons, parallèlement aux expérimentations in vivo, des études in vitro sur cultures cellulaires permettant de caractériser l’interaction entre nos canaux d’intérêt et le système neuropeptidergique ciblé par le traitement. L’utilisation d’un modèle animal in vivo reproduisant le phénotype clinique décrit chez les patients atteints du syndrome de Dravet est cependant indispensable à l’objectif de notre projet, à savoir évaluer l’efficacité d’un nouveau traitement pharmacologique sur l’ensemble des symptômes (épileptiques et non épileptiques) observés dans ce syndrome.

2. Réduction

3R / Réduction :

Nous avons réduit au maximum le nombre d’animaux nécessaires dans chacune des 2 procédures tout en s’assurant d’avoir le nombre suffisant pour interpréter nos expériences sur le plan statistique (analyse a priori via le logiciel Gpower). Dans toutes les procédures, nous comparerons les résultats obtenus chez les souris mutantes à ceux obtenus chez les souris contrôles issues des mêmes portées. Dans une des procédures, nous utiliserons aussi bien les femelles que les mâles d’une même portée car il n’a pas été constaté de différences entre les sexes concernant les troubles épileptiques chez ces souris. Dans l’autre procédure, seuls des mâles seront utilisés pour les tests comportementaux et les femelles produites seront utilisées pour les expériences in vitro.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Toutes les mesures de raffinement appropriées seront prises pour éviter toute souffrance ou inconfort à l’animal. Ainsi, toutes les souris seront élevées dans un environnement enrichi (social et physique) et une manipulation régulière des animaux sera réalisée afin de réduire leur stress. Concernant les animaux soumis à la procédure chirurgicale, ils seront réchauffés grâce à un tapis chauffant avant, pendant et après l’intervention afin d’éviter la perte de température corporelle due à l’anesthésie. Un anti-inflammatoire sera administré dans l’eau de boisson pendant la période post-opératoire et un suivi journalier permettra d’évaluer leur état de santé et ainsi d’intervenir rapidement par rapport aux points limites définis (voir champ 4, procédure 1). Enfin, compte tenu du fait que les souris mutantes présentent des crises tonico-cloniques spontanées, une attention particulière sera portée aux critères de poids, de stress et d’hyper-réactivité comme recommandé par le NC3Rs pour les modèles d’épilepsie avec crises spontanées.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Nous utiliserons des souris déficientes en nos canaux d’intérêt avec un fond génétique 100% C57Bl/6J. Cette lignée sera issue du croisement de 2 lignées parentales ne présentant pas les symptômes caractéristiques du syndrome de Dravet. La souris C57Bl/6 est une espèce très largement utilisée pour les études in vivo. Nos études s’appuieront donc sur des protocoles déjà décrits dans la littérature. L’évaluation du potentiel thérapeutique du peptide de synthèse sur les troubles épileptiques et non épileptiques débutera avant l’apparition des crises d’épilepsie chez les souris mutantes. Le traitement chronique débutera par conséquent à 17jours après la naissance (P17) et se terminera à l’âge adulte (vers P60-70) à la fin des procédures.