
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 05/02/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-105301)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Il s’agit ici d’une étude dont l’objectif est d’explorer la biologie d’une classe particulière de neurones capables de convertir la stimulation mécanique du toucher affectif en message nerveux. Typiquement, chez l’humain, ces neurones interviennent dans la détection du toucher social ou affectif. De manière intéressante, des études récentes suggèrent que ces neurones pourraient également moduler la douleur ainsi que la réponse immunitaire cutanée. Toutefois, ces conclusions reposent sur des approches indirectes, et à ce jour, aucune étude ne fournit de démonstration directe de leur fonction chez l’être vivant, tant à l’état basal que dans la modulation de la douleur après une lésion. C’est précisément l’objectif de notre projet. Nous utiliserons des souris génétiquement modifiées chez lesquelles ces neurones peuvent être activés de manière sélective. Nous vérifierons s’il est possible de suivre par IRM fonctionnelle la réponse cérébrale induite par l’activation de ces neurones. Ensuite le projet vise à étudier par IRM fonctionnelle l’effet de la stimulation de ces neurones sur la réponse cérébrale induite par la douleur dans le but de trouver une stratégie thérapeutique de la douleur.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les bénéfices de cette étude pilote seront la prise en charge de la douleur qui est actuellement un enjeu majeur. En effet, 1/5 de la population mondiale est atteinte de douleurs chroniques, ce qui représente un problème socio-économique important et souligne que les mécanismes intervenant dans la mise en place et le maintien des douleurs chroniques restent peu compris. Dans ce projet, nous allons nous intéresser à une classe particulière de neurones sensitifs, qui semblent avoir des propriétés de modulation de la douleur post-lésionnelle. Par conséquent, nous allons augmenter nos connaissances fondamentales sur les mécanismes cérébraux impliqués dans la mise en place et la durée de l’hypersensibilité sensorielle induite par des lésions tissulaires. De plus, notre projet est conçu de sorte à permettre la découverte de nouvelle pistes thérapeutiques visant la modulation de ces fibres, qui pourraient avoir une application chez les patients souffrants de douleur chronique.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Administration par gavage, puis par injection intrapéritonéale des composées activant des gènes. Administration d’un composé ciblant l’activation des neurones étudiés et injection d’un produit de contraste IRM chez toutes les souris, injection d’un produit inflammatoire chez une partie des animaux La durée de chaque intervention est 30 secondes. Toutes les souris subiront 1 à 5 sessions IRM sous anesthésie, ne pas dépassant 2 h chacune.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Nos données préliminaires indiquent que les doses des composés utilisées ici n’ont aucun effet délétère sur nos souris. Toutefois, l’administration par gavage peut induire un stress chez l’animal, tandis que l’injection de ces substances par voie abdominale peut occasionnellement entraîner une réaction inflammatoire locale, et l’utilisation spécifique du composé C21 provoque des mictions fréquentes durant l’heure suivant son administration. Certaines souris recevront une injection localisée d’un agent inflammatoire dans la patte; celle-ci génère une hypersensibilité susceptible d’entraîner une gêne transitoire. Les animaux seront examinés par IRM, l’IRM étant une procédure non invasive et réalisée sous anesthésie. Les effets indésirables possibles chez les animaux au cours de l’IRM sont le risque rare de défaillance cardiorespiratoire sous anesthésie, cet événement étant peu fréquent lorsque l’anesthésie est à faible dose. L’utilisation d’un monitoring physiologique pendant l’IRM permet de détecter rapidement les premiers signes d’alerte et d’interrompre immédiatement l’anesthésie, assurant ainsi un réveil rapide des animaux.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux seront tous euthanasiés à l’issue des procédures. Etant donné que nous travaillons sur des souris génétiquement modifiées, leur mise en liberté est inconcevable.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Notre projet de recherche vise à mieux comprendre le fonctionnement d’un certain type de nerfs responsables des sensations, comme le toucher ou la douleur. Pour cette étude, nous devons avoir recours à des animaux. Le projet respecte scrupuleusement les règles éthiques visant à limiter l’impact sur les animaux (la règle des « 3R » : Remplacer, Réduire, Raffiner). L’utilisation d’animaux est indispensable ici, car nous voulons identifier les zones du cerveau qui réagissent à une substance capable d’activer certains neurones. Les méthodes alternatives ne sont pas possibles pour l’instant : Les cultures de cellules en laboratoire (organoïdes), bien qu’utiles, ne peuvent pas reproduire l’infinie complexité des connexions nerveuses, ni la structure du cerveau avec ses différentes régions et leurs spécialisations, ni modéliser les connexions entre les différentes parties du corps et le cerveau. Les simulations par ordinateur ne sont pas encore réalisables, car pour construire un modèle informatique fiable, nous avons besoin des données réelles que cette étude va nous permettre d’obtenir.
2. Réduction
Nous nous engageons à utiliser le moins d’animaux possible pour cette expérience. Pour cela, nous procéderons par étapes. Par exemple, pour tester la substance nécessaire à l’imagerie (le produit de contraste), nous commencerons par de faibles doses, jusqu’à ce que nous ayons trouvé la plus faible dose qui convienne. Cette stratégie évitera d’utiliser des doses inutilement élevées et de réduire au strict minimum le nombre d’animaux utilisés. Comme il n’existe pas de données antérieures sur lesquelles nous appuyer, il est difficile de prévoir exactement combien de souris inclure. Nous avons calculé ce nombre en nous basant sur notre expérience passée en imagerie cérébrale (IRM) et sur celle de nos collaborateurs spécialistes de ces souris génétiquement modifiées afin de garantir que nos résultats soient fiables tout en utilisant le minimum de souris.
3. Raffinement
Nous faisons tout notre possible pour améliorer le bien-être des animaux et minimiser le stress et la douleur à chaque étape du projet. Les animaux bénéficieront d’un temps d’adaptation. À leur arrivée, nous laisserons les souris s’habituer tranquillement à leur nouvel environnement pendant 14 jours. Les chercheurs passeront également du temps avec elles pour qu’elles ne le perçoivent pas comme une menace. Les animaux bénéficieront d’un suivi clinique régulier. Après chaque intervention, nous surveillerons les animaux au minimum une fois par jour. Nous utiliserons une grille d’évaluation permettant de déceler des signes de de souffrance et d’intervenir rapidement. Toutes les séances d’imagerie (IRM) se feront sous anesthésie, ce qui évitera le stress et l’anxiété chez les souris. L’état physiologique de l’animal (respiration, rythme cardiaque) sera surveillé en continu via un monitoring pour garantir sa sécurité et son confort. Enfin, nous avons défini des points limites pour ne jamais laisser un animal souffrir inutilement. Si l’un de ces seuils est atteint, nous procéderons à une euthanasie.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Chez la souris, la population de neurones sensitifs ciblée dans ce projet est similaire à celle décrite chez l’homme sous le nom de C-Tactile. Cette étude pilote sera réalisée sur des souris âgées entre 12 et 24 semaines car nous travaillons sur la physiologie d’animaux adultes.