
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2025-12-22 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-268470)
Une souris qui ne réagit plus à un stimulus, ou qui reste inactive dans sa cage plus de six heures, est mise à mort. 630 souris vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère, toutes tuées à l’issue. Génétiquement modifiées pour le métabolisme des lipides et soumises à un régime riche en graisses prolongé, elles développent une dysfonction de la valve aortique, subissent une biopsie du cartilage de l’oreille au sevrage, trois jours d’injections et une anesthésie gazeuse à chaque échocardiographie. Le porteur écrit que le modèle qu’il cherche à mettre au point a déjà été décrit par d’autres équipes, et repousse le calcul de puissance statistique à l’après-mise au point, sans justifier l’effectif de départ.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
L’objectif du projet est de mettre au point un modèle murin de maladie valvulaire cardiaque appelée rétrécissement aortique calcifié. Cette pathologie se caractérise par un épaississement puis une calcification progressive de la valve aortique, limitant son ouverture et compromettant son étanchéité. Ce modèle permettra de mieux comprendre les mécanismes de développement de la maladie et d’évaluer l’efficacité de traitements pharmacologiques, actuellement inexistants.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Ce projet nous permettra, dans un premier temps, de mettre au point chez la souris un modèle de rétrécissement aortique calcifié (RAC), déjà décrit par d’autres équipes, qui pourra ensuite être utilisé pour mieux comprendre les mécanismes cellulaires et moléculaires impliqués dans le développement du RAC, ainsi que pour évaluer le bénéfice potentiel de traitements pharmacologiques de cette pathologie in vivo. Dans un second temps, nous étudierons l’implication de l’activité de d’une enzyme dans différents types cellulaires (cellules endothéliales valvulaires, cellules inflammatoires, etc…), grâce à l’utilisation de modèles de souris génétiquement modifiées (OGM) au cours du développement du RAC. Nous espérons ainsi, si les résultats obtenus sont encourageants, proposer une nouvelle stratégie de ciblage pharmacologique de l’enzyme, spécifique aux cellules inflammatoires, pouvant constituer une approche innovante pour limiter la progression du RAC chez l’Homme.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Biopsie du cartilage auriculaire externe de 2mm au moment du sevrage. Injections quotidiennes durant 3 jours. Anesthésie gazeuse lors de chaque échocardiographie.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Nous nous attendons, si notre modèle s’avère fonctionnel, à observer des signes de dysfonction cardiaque — notamment une augmentation du gradient transvalvulaire — et plus particulièrement de la valve aortique pendant plusieurs jours, évalués par échocardiographie. Cette dysfonction pourrait entraîner chez l’animal un état de fatigue, notamment à l’effort pendant plusieurs minutes. L’injection de la molécule induisant la délétion pourrait également provoquer des rougeurs, des douleurs ou une inflammation abdominale pendant quelques minutes.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Tous les animaux seront mis à mort à l’issue de cette étude.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Les expériences in vivo ne peuvent pas être remplacées par des études in vitro, car l’objectif de cette étude est de mettre au point un modèle murin de rétrécissement aortique calcifié (RAC), inexistant à ce jour.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Afin de réduire au maximum le nombre d’animaux nécessaires à cette étude, nous réaliserons de manière séquentielle des mesures non invasives de la fonction cardiaque (échocardiographie). Nous avons également mis en place une stratégie d’optimisation et de mutualisation des prélèvements réalisés au moment de la mise à mort pour les analyses ex vivo. Ainsi, les tissus prélevés pour chaque animal seront congelés, broyés puis réduits à l’état de poudre, afin d’être répartis pour différentes analyses : lipidomiques, protéiques et moléculaires. De cette manière, un seul animal sera utilisé pour l’ensemble de ces analyses ex vivo, en lieu et place d’un animal dédié à chacune des méthodes. À l’issue de la phase de mise au point du modèle animal, nous ajusterons le nombre d’animaux nécessaires aux procédures suivantes à l’aide d’un calcul de puissance statistique, afin d’optimiser et réduire encore le nombre d’animaux requis. Enfin, des animaux des deux sexes seront utilisés dans nos procédures, afin de s’affranchir d’un effet lié au sexe et de valoriser l’ensemble des animaux géntiquement modifiés produits dans notre animalerie.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Les animaux seront hébergés conformément aux normes en vigueur, avec un enrichissement environnemental adapté. Des points limites précis ont été définis (absence de réaction à un stimulus, inactivité prolongée dans la cage pendant plus de six heures, manifestation de signes de détresse), ainsi qu’une stratégie d’anesthésie et d’analgésie appropriée associée à un suivi quotidien des signes cliniques et à un suivi du poids hebdomadaire. Par ailleurs, les expérimentateurs auront des contacts pluri-hebdomadaires avec les animaux afin de favoriser leur habituation à la manipulation. L’identification des souris génétiquement modifiées par puçage sous-cutané et la biopsie du cartilage auriculaire externe nécessaire au génotypage seront réalisées de manière concomitante, au cours d’une procédure unique, sous anesthésie gazeuse. Cette organisation vise à limiter le stress et à réduire le nombre d’anesthésies.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
La souris présente l’avantage indéniable de permettre l’utilisation d’outils de biologie moléculaire qui ne sont pas toujours accessibles chez le rat (modèle également développé au sein de notre laboratoire), tels que l’invalidation ciblée d’un gène dans différents types cellulaires, comme c’est le cas dans cette étude. Ces modèles sont particulièrement pertinents pour mieux comprendre les mécanismes cellulaires et moléculaires impliqués dans le développement de la dysfonction valvulaire aortique responsable de la maladie cardiaque dont cette demande fait l’objet. Nous utiliserons un modèle de souris génétiquement modifiée pour le métabolisme des lipides qui, associé à un régime alimentaire riche en graisses prolongé induit une dysfonction valvulaire aortique similaire à celle observé chez des patients. Des animaux adultes, âgés de 8 à 12 semaines et pesant 20 à 24 g, seront utilisés pour cette étude. À cet âge, la taille des souris permet de faciliter le suivi échocardiographique de la maladie.