Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

La neuropathie diabétique est une des complications les plus fréquentes du diabète de type 1 (DT1, insulino-dépendant) et de type 2 (DT2, insulino résistant) touchant jusqu’à 50% des patients diabétiques et responsable de neuropathie douloureuse pour 50% d’entre eux. Ses principaux symptômes associent des douleurs évoquées (hyperalgie, allodynie), spontanées (décharges électriques, sensation d’étau, …), une perte de la sensibilité thermique. Les neuropathies douloureuses sont difficiles à traiter et, en raison de leur chronicité, elles sont fréquemment associées à des comorbidités anxieuses, dépressives et cognitives. Ces co-morbidités peuvent interférer avec les actes de la vie courante et avoir un impact important sur la qualité de vie des patients. A l’heure actuelle, trois classes pharmacologiques sont recommandées en 1ère intention dans cette indication : les antidépresseurs tricycliques, les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline et les anti-épileptiques ligands des canaux calciques voltage-dépendants. Néanmoins, ils ont une efficacité limitée d’où un besoin urgent d’innovation thérapeutique. Sur la base de ce constat clinique, la modélisation de la neuropathie diabétique douloureuse est une nécessité. Le modèle de neuropathie diabétique chimiquement induite reproduit les mécanismes lésionnels métaboliques du DT1 associés aux symptômes de d’hypersensibilité et aux co-morbidités cognitives. Nous proposons d’étudier dans ce modèle animal à haute valeur translationnelle, l’implication de récepteurs de la sérotonine, dans les mécanismes physiopathologiques de la douleur neuropathique afin de proposer de nouvelles stratégies thérapeutiques permettant d’améliorer la prise en charge des douleurs neuropathiques. Les données précédemment acquises indiquent que cet objectif, pourrait être atteint en modulant l’activité de récepteurs de la sérotonine. Ce projet, qui mettra en œuvre des approches comportementales, pharmacologiques et moléculaires a pour but d’identifier les mécanismes spinaux sous-tendant les effets bénéfiques des modulateurs testés sur la douleur neuropathique diabétique.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Si l’administration des agents pharmacologiques permet de soulager les symptômes douloureux et les co-morbidités associées, alors on peut espérer i) soit le repositionnement de certains de ces agents déjà introduits dans des essais cliniques pour une autre indication (troubles cognitifs associés à la maladie d’Alzheimer), ii) soit le développement de nouveaux agents. Au vu du nombre croissant de patients atteints de diabète dans le monde, de la sévérité des douleurs neuropathiques, de l’efficacité très limitée et des nombreux effets indésirables des traitements disponibles, le développement de thérapeutiques médicamenteuses efficaces dans le traitement des douleurs neuropathiques est fortement attendu.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Les animaux vigiles sont soumis à des tests comportementaux de sensibilité 21 jours après l’induction du diabète puis, après l’administration de l’agent pharmacologique ou du véhicule, 1 fois toutes les 30 min pendant 3 h maximum (au total entre 5 et 7 mesures). Le test de cognition est réalisé une seule fois, 21 jours après l’induction du diabète, il dure 10 minutes. Les animaux rentrant dans deux procédures ne subissent qu’un seul test de sensibilité et le test cognitif. Entre leur arrivée et leur mise à mort, les animaux subissent: entre 9 et 11 injections. La durée totale de chaque injection (qui comprend l’immobilisation du rat dans la main de l’opérateur et l’injection) est de 10 secondes. Pour mesurer la glycémie, une goutte de sang est recueillie par piqûre de l’extremité de la queue du rat, une ou deux fois pendant toute la durée de l’étude (piqûres espacées de 7 jours). La piqûre et le recueil de la goutte de sang durent 5 secondes.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Chez les rats diabétiques, un arrêt de la croissance pondérale (sans perte de poids par rapport au poids initial), une polydypsie (sévère), une polyurie (sévère), une perte de la masse musculaire (modérée), une apparition d’une allodynie et/ou d’une hyperalgésie (sévère) persistant pendant toute la durée de l’étude sont attendus. Injections réalisées sur animal vigile : stress (modéré) lié à l’immobilisation du rat dans la main de l’opérateur et douleur (légère) liée à la piqure. Tests comportementaux réalisés sur animal vigile : stress (modéré) dû au changement de salle (salle de stabulation vers salle d’expérimentation). Stress (modéré) lors des tests de sensibilité dû à l’immobilisation du rat entre les mains de l’opérateur (durée 15 sec). Aucun effet indésirable majeur n’est attendu après administration des agents pharmacologiques.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Mise à mort en raison de l’état douloureux chronique de l’animal.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Aucune méthode alternative ne permet de remplacer ce protocole : ces études, menées chez l’animal vigile, sont nécessaires pour appréhender des mécanismes intégrés et pour évaluer la pertinence de traitements antalgiques potentiels sur la douleur et les co-morbidités associées. Le modèle de diabète induit chimiquement fait référence dans la communauté scientifique. Sa répétition est nécessaire afin d’évaluer l’effet de nouveaux composés pharmacologiques sur les symptômes douloureux de la neuropathie et les co-morbidités cognitives associées.

2. Réduction

3R / Réduction :

n= 8 rats/condition (traitement); la taille de l’échantillon a été définie selon la variabilité (10%) des paramètres étudiés (hyperalgie, allodynie ; troubles cognitifs) grâce à une approche statistique. Les rats diabétiques ayant reçu le véhicule lors du test de stimulation thermique seront introduits dans le test de cognition. Ainsi, 160 rats (80 mâles et 80 femelles) seront concernés sans pour autant augmenter la durée de vie de l’animal. Les rats ne développant pas d’hyperglycémie sont systématiquement réinjectés 7 jours plus tard avec la même dose de l’agent inducteur. S’ils demeurent résistants alors ils seront écartés de l’étude pharmacologique. Ceci permet de limiter à 10% la proportion de rats non diabétiques.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Le protocole mettant en jeu un modèle de douleur chronique, une attention particulière est portée aux animaux, aux conditions de stabulation et aux soins post-induction du diabète. Les rats sont observés tous les jours et évalués à l’aide d’une grille de score spécifique au modèle; des points limites adaptés au modèle et un arbre décisionnel sont mis en place , pouvant conduire à la mise à mort de l’animal (très rare < 2%). En raison de polydipsie et de polyphagie développées après l'induction du diabète, les personnels veillent à ce qu’il y ait un apport en eau suffisant et permanent (2 biberons de capacité double/cage) ainsi qu’en granulés dans la mangeoire. Les rats diabétiques sont stabulés à raison de 3 rats/cage maximum, le milieu des cages est enrichi par des tunnels en matière plastique, des morceaux de bois à ronger, du coton pour construire un nid et les litières sont partiellement changées quotidiennement en enlevant une partie de la sciure souillée et en apportant de la sciure fraiche afin de conserver l'environnement olfactif du rat.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Le choix du rat est justifié par i) sa pertinence physiologique (nombreuses similarités structurelles et fonctionnelles de son système nerveux avec l’humain) pour permettre des extrapolations ; ii) la richesse de ses comportements facilement observables et mesurables, reproductibles, pour l’étude des fonctions cognitives et de la douleur ; iii) sa facilité de manipulation et sa docilité, iv) son cycle de vie court (permettant d’étudier en quelques semaines les effets d’une pathologie chronique qui évolue sur plusieurs mois chez l’homme) ; v) la possibilité de développer des modèles de maladies humaines, dont le diabète de type 1, permettant de tester de nouvelles thérapies potentielles avant de passer aux essais cliniques chez l’humain. Rats jeunes adultes (âgés de 7-8 semaines): des jeunes adultes sont préférés car le taux de létalité est plus bas (3 % chez les 6-11 semaines et 220-400 g) que chez des rats plus âgés (83 % chez les rats de 12-17 semaines).