
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 09/09/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-364207)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’anguille européenne Anguilla anguilla est une espèce longévive, à reproduction unique et largement dispersée en Atlantique Nord-Est, avec un cycle de vie complexe. Sa phase de croissance peut durer de 2 à 25 ans dans des environnements côtiers marins ou d’eau douce avant d’initier la maturation qui déclenche la migration vers l’aire de reproduction en Mer des Sargasses. L’anguille européenne est classée espèce en danger critique d’extinction depuis 2008 par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature en raison du déclin drastique des populations en Europe depuis les années 1980. En réponse à cette situation, l’Union européenne a adopté un règlement imposant à chaque État membre d’élaborer un plan de gestion de l’anguille. Il vise à réduire les causes de mortalité et à reconstituer la population, avec des mesures ciblées telles que des quotas de capture sur la côte Manche-Atlantique, l’amélioration de la qualité de l’eau et des milieux aquatiques, et le rétablissement de la libre circulation dans les cours d’eau. Malgré ces efforts, les indicateurs restent à des niveaux inquiétants, soulignant l’urgence d’intensifier les actions de conservation notamment dans des milieux peu étudiés tel que les marais côtiers salés insulaires. La présente étude vise à évaluer, dans ces marais, la pertinence du suivi individuel des anguilles pour étudier leur population en vue de la préserver.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet aidera à mieux comprendre comment les conditions de l’environnement influencent la présence, la survie et les déplacements des anguilles dans le marais, ainsi que dans quelle mesure les ouvrages hydrauliques leur permettent de se déplacer librement. Les bénéfices attendus à long terme sont l’amélioration des mesures de conservation de l’espèce.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Le projet comprend 5 sessions de capture (automne année 1, printemps année 2, automne année 2, printemps année 3, automne année 3). Les anguilles seront donc capturées entre 1 et 5 fois au cours du projet. Lors de la première capture, l’anguille est anesthésiée pour placer le transpondeur et faire des mesures biométriques. Lors des captures suivantes l’anguille est anesthésiée pour des mesures biométriques. L’anesthésie durera maximum 10 minutes. Après réveil l’anguille est relâchée. Entre la capture et le relâché, il se passera maximum 30 minutes.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les effets attendus sont inhérents à la phase de capture et de manipulation, de sédation, d’injection des marques RFID et de réveil. Capture (ou recapture) – stress léger : Piégeage par capture passive, l’individu rentre de lui-même dans le piège et y reste jusqu’à la relève. La durée maximale dans le piège est de 24h. Nuisance associée : diminution de l’espace disponible. Déplacement jusqu’au lieu de manipulation – stress modéré – maximum 3 minutes. Nuisance associée : réduction de la mobilité. Récupération dans le piège par capture manuelle – stress sévère – maximum 30 secondes. Induction de l’anesthésie par balnéation – stress modéré – maximum 10 minutes. Nuisance associée : modification des paramètres de l’eau (température, oxygénation). Biométrie et pose de l’implant. Stress modéré à sévère – maximum 3 minutes. Nuisances associées : douleur à la piqure d’injection de l’analgésique. Stabulation en bac de réveil – stress modéré – moins de 15 minutes. Nuisance associée : Modification des paramètres de qualité d’eau (montée en température, baisse d’oxygénation), contrainte à la mobilité, gène au point d’implantation et par le corps étranger qui peut être ressenti par l’animal au réveil, potentielle modification dans l’utilisation de l’habitat sur une durée maximum de 4 jours après relâche.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux ont vocation à être remis en liberté dans leur milieu naturel d’origine en fin de procédure pour satisfaire aux objectifs de l’étude.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’étude s’intéressant spécifiquement à l’écologie in situ de l’anguille européenne, il n’est pas envisageable de remplacer les animaux sauvages par des modèles in vitro ou in silico.
2. Réduction
L’approche de capture-marquage-recapture dans les systèmes de marais nécessite de marquer de manière la plus exhaustive possible les anguilles capturées pour analyser les caractéristiques de la population avec robustesse. Sur la base de la littérature et des données déjà acquises sur la population du marais d’étude, c’est maximum 2355 anguilles qui seront marquées au cours du projet.
3. Raffinement
Pour étudier les anguilles dans leur milieu naturel, elles seront manipulées avec précaution afin d’éviter toute blessure. Elles seront capturées à l’aide d’épuisettes souples et humidifiées, ou manipulées avec des gants adaptés pour protéger leur peau fragile. Avant toute intervention, elles seront systématiquement anesthésiées grâce à un bain contenant un produit adapté, ce qui évite toute douleur ou stress inutile. Une fois endormies, elles seront placées sur une mousse humide pour éviter leur dessèchement. Une petite dose d’analgésique local sera appliquée préalablement au marquage. La puce stérile et de très petite taille ne gênera ni le comportement ni la croissance des anguilles. Toute la procédure — de l’anesthésie à la remise à l’eau — durera moins de 30 minutes. Le marquage en lui-même prendra moins de 5 minutes. Le reste du temps sera consacré à la récupération, dans un bac surveillé. Les conditions de l’eau (température, oxygène) dans les bacs d’anesthésie et de réveil seront suivies en permanence pour garantir le bien-être des animaux. Les bacs seront couverts pour éviter le stress causé par la lumière directe. Afin de préserver la qualité de l’eau et de limiter le stress, le nombre d’anguilles par bac sera limité. Leur état de réveil sera observé toutes les 30 secondes à l’aide d’une méthode adaptée. Si une anomalie est détectée, une action immédiate sera engagée.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
L’anguille européenne a spécifiquement été choisie parce que l’étude porte sur la connaissance de son écologie in situ en vue de sa conservation. Ceci est lié au contexte de son inscription au registre des espèces en danger critique d’extinction faisant suite au déclin de sa population en Europe notamment en lien avec la dégradation des habitats de croissance aquatiques continentaux. Les anguilles ciblées mesureront au minimum 20 centimètres de long. Elles seront très majoritairement au stade juvénile immature (anguilles jaunes) et potentiellement en début de stade argenté (début de maturation sexuelle) car c’est à ces stades qu’elle utilisent les habitats de marais côtiers salés.