Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Le Syndrome de Gougerot-Sjögren (SGS) est une maladie auto-immune principalement caractérisée par une inflammation des glandes salivaires et lacrymales responsable d’un syndrome sec. Dans 40% des cas, les patients atteints développent des structures lymphoïdes anormales (ELS) au niveau de leurs glandes salivaires. La présence de ces structures ELS est prédictive d’une expression de la maladie plus aggressive et d’un risque accru de développement de lymphome. Cependant les mécanismes responsables de du dysfonctionnement des glandes salivaires, de la formation des ELS et du développement de l’auto-immunité restent peu connus. Nos collaborateurs ont mis en place un modèle murin de SGS reposant sur la délivrance d’adénovirus non réplicatifs (une fois que le virus a infecté une cellule, aucun autre virus n’est produit) dans la glande salivaire permettant l’induction d’ELS semblables à ceux observés dans le SGS. Tout d’abord, nos objectifs sont donc de mettre en place et caractériser ce modèle murin, ainsi que d’explorer les mécanismes à l’origine du dysfonctionnement des glandes salivaires dans le SGS et les stratégies thérapeutiques potentielles pour y remédier. Ensuite, nous étudierons le SGS dans le contexte d’autres pathologies puisque les patients atteints de SGS ont un risque accru de développement de lymphome et les patients atteints d’une autre maladie auto-immune, la sclérodermie systémique sont à risque de développer un SGS.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Ce projet permettra une meilleure compréhension des mécanismes impliqués dans le Syndrome de Gougerot-Sjögren (SGS) et pourra permettre d’identifier d’éventuelles cibles thérapeutiques. Egalement, nous espérons faire avancer la compréhension du lien entre le SGS et d’autres maladies auto-immunes ou cancers.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Les souris seront soumises à une chirurgie consistant à une canulation des glandes salivaires (l’acte chirurgical ne durera pas plus de 15 minutes) associée à une anesthésie et une administration d’analgésique. Egalement, pour certains animaux : traitement administré 1 fois par jour pendant 5 jours/semaine pour une durée maximale de 4 semaines (durée : 1 minute / administration) afin d’induire la sclérodermie systémique, une maladie auto-immune caractérisée par le développement anormal d’une fibrose de la peau. Dans d’autres cas (induction d’un lymphome), administration d’une molécule chimique à 3 reprises (durée : 30 secondes / administration) avec 2 jours d’intervalle pour induire l’expression des altérations génétiques associée à une administration mensuelle (durée : 30 secondes / administration) permettant de stimuler leur système immunitaire. Dans le cadre du suivi de ces animaux, des prélèvements de sang, dont la fréquence sera au maximum hebdomadaire et la durée de moins de 30 secondes, seront réalisés. Dans certains cas, de l’imagerie non invasive pourra être réalisée impliquant une administration du substrat d’imagerie et une anesthésie gazeuse, la session durera 20 minutes au maximum.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

La canulation des glandes salivaires pour le modèle du Syndrome de Gougerot-Sjögren (SGS) résultera d’un syndrome sec, une attention particulière sera donc portée sur la consommation d’eau. L’administration par gavage peut générer un stress, un inconfort, voire une fausse route créant une détresse respiratoire, c’est pourquoi elle ne sera réalisée que par des personnes qualifiées pour ce geste et sur animal vigil, diminuant ainsi drastiquement les fausses routes. En cas de fausse route, l’animal sera surveillé le temps de l’évacuation du liquide, l’animal vigil aura le réflexe d’évacuer par lui-même le liquide. Dans nos expériences précédentes, nous n’avons pas observé de stress lié à la répétition de ce geste de gavage. Pour les animaux transgéniques du modèle lymphome, on peut observer un développement tumoral qui reste généralement indolent (non douloureux) comme chez l’Homme ; cependant ces souris seront observées régulièrement afin de détecter l’apparition de signes d’affaiblissement (perte de poids, léthargie, dos courbé…). Les autres nuisances attendues proviendront de l’administration de l’inhibiteur. Dans le cas de la sclérodermie systémique, les souris développent une fibrose cutanée au point d’injection (bas du dos) et une fibrose pulmonaire modérée à partir de la 2ème semaine. Celle-ci est localisée dans la région sous-pleurale et s’étend peu à l’ensemble du parenchyme pulmonaire ce qui évite les difficultés ou souffrances respiratoires dans ce modèle murin.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

A l’issue de chaque procédure, les animaux seront euthanasiés afin de prélever les organes d’intérêt qui seront rigoureusement exploités et analysés afin de recueillir un maximum d’informations.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

La compréhension des mécanismes responsables du dysfonctionnement des glandes salivaires dans le Syndrome de Gougerot-Sjögren ne peut se faire que partiellement in vitro/ex vivo puisque les modèles de culture ne nous permettent pas encore de reproduire l’entière complexité de l’environnement des glandes salivaires (présence de tous les acteurs cellulaires impliqués et complexité 3D) mais nous travaillons en parallèle à les développer afin d’avoir recours aux animaux uniquement sur les dernières étapes de notre projet. En effet, la première cible thérapeutique que nous allons explorer a été définie grâce à des expérimentations in vitro. Egalement, les autres cibles potentielles seront déterminées grâce à un modèle d’organoïdes mis en place par des collaborateurs.

2. Réduction

3R / Réduction :

Les expérimentations sont mises en place de manière à utiliser le moins de souris possible tout en extrayant le plus d’informations. De manière générale, nous nous sommes basés sur les résultats de nos collaborateurs décrivant que la méthode de canulation de la glande salivaire permettait dans 70% des cas le développement des symptômes, ce qui implique la nécessité d’au moins 8 animaux par groupe afin d’obtenir au moins 5 animaux exploitables. Les doses croissantes d’adénovirus déficient seront testées en séquentiel, ainsi si la première dose testée s’avère suffisante les doses supérieures ne seront pas réalisées. De même si la décroissance observée à J23 est suffisante, les études aux temps plus tardifs ne seront pas réalisées. Lorsque une analyse transcriptomique et une analyse par immunofluorescence devront être réalisées, il sera nécessaire de doubler le nombre d’animaux par groupe car ces analyses ne peuvent pas être réalisées sur les mêmes échantillons. Dans le cadre de l’étude d’association avec le lymphome, les groupes sont dimensionnés grâce à notre expérience précédente nous permettant d’attendre un taux de développement tumoral de 40% (nécessité d’augmenter les groupes à 11 animaux pour avoir des résultats exploitables).

3. Raffinement

3R / Raffinement :

La mise au point de procédures rigoureuses et la formation du personnel permettront de limiter le stress et la souffrance des animaux. Ils bénéficieront également d’un enrichissement constitué de coton et/ou « maisons » en carton afin de les stimuler, diminuer le stress et afin de se construire un «nid». Le stress sera également limité au maximum grâce à une habituation progressive à la manipulation. Un suivi quotidien de l’état de santé des animaux (apparence physique, comportement) et un suivi bihebdomadaire des signes cliniques permettront d’avoir recours à des anti-douleurs adaptés (par exemple du spray anti-démangeaisons ayant des propriétés antiinflammatoires si démangeaisons au point d’injection chez les animaux où la sclérodermie sera induite) si des signes de souffrance sont détectés chez les animaux, et à l’euthanasie dès que nécessaire. Le raffinement sera également obtenu par un protocole analgésique adapté pour la chirurgie et la période post-opératoire avec des dispositions adaptées (collyres, maintien à 37°C…) pour permettre une bonne récupération des animaux. La technique de suivi non-invasif par imagerie bioluminescente nous permettra de réaliser une caractérisation en cinétique du modèle de Syndrome de Gougerot-Sjögren de façon non douloureuse.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Pour les maladies auto-immunes, le Syndrome de Gougerot-Sjögren et la Sclérodermie systémique, il n’existe pas d’autres modèles que le modèle murin. Par ailleurs, ce modèle est indispensable pour suivre l’apparition des effets systémiques et en particulier l’autoimmunité caractérisée par la production d’autoanticorps. Concernant le modèle murin de lymphome, l’utilisation de souris transgéniques permet de reproduire avec pertinence les mécanismes précoces de la lymphomagenèse ce qui n’est pas possible avec les modèles murins de greffes. Les souris seront utilisées à l’âge adulte à partir de 8 semaines d’âge comme cela a été décrit pour ces modèles qui nécessitent un système immunitaire complètement fonctionnel et mature.