Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Ce projet vise à développer de nouvelles solutions pour améliorer la sécurité des patients lors d’interventions chirurgicales nécessitant une anesthésie générale. Actuellement, l’utilisation de certains médicaments anesthésiques (appelés curares) peut entraîner des complications postopératoires, notamment une persistance de leurs effets après l’intervention. Cette situation, fréquente (jusqu’à 8 patients sur 10 concernés), peut provoquer des difficultés respiratoires, des troubles de la déglutition, des risques d’inhalation de liquides gastriques, et parfois prolonger la durée d’hospitalisation ou aggraver l’état de santé du patient. Aujourd’hui, un traitement existe pour limiter ces effets indésirables, mais il présente des limites : il agit lentement et peut lui-même provoquer des effets secondaires, ce qui n’est pas idéal en cas d’urgence. L’objectif de ce projet est donc d’explorer une nouvelle piste thérapeutique en étudiant des molécules capables de neutraliser rapidement et en toute sécurité les effets résiduels des curares, sans entraîner de complications supplémentaires. Plus précisément, nous chercherons à identifier des anticorps (ou des fragments de ces anticorps) capables de lever efficacement le blocage musculaire induit par deux curares couramment utilisés en médecine. Ces anticorps, une fois sélectionnés, pourraient à terme offrir une alternative plus sûre et plus rapide aux traitements actuels. Pour évaluer leur efficacité, nous comparerons l’action de ces anticorps à celle d’un anticorps témoin (sans effet spécifique) chez des souris génétiquement homogènes. Ce modèle animal est indispensable, car les mécanismes en jeu – liés à la circulation sanguine et à l’interaction avec les tissus musculaires – ne peuvent pas être reproduits en laboratoire avec des méthodes in vitro. Les résultats obtenus permettront de sélectionner les anticorps les plus prometteurs en vue d’éventuelles applications cliniques futures. En résumé, ce projet a pour ambition de contribuer à réduire les risques associés à l’anesthésie générale, en proposant une solution innovante pour une récupération plus rapide et plus sûre des patients après une intervention chirurgicale.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

La persistance de l’action des curares étudiés après l’intervention chirurgicale qui conduit à emboliser les services de réanimation ou la nécessité de stopper rapidement l’effet de curarisation d’un patient, nécessite l’administration de composés capables de capturer le curare et de lever le blocage neuromusculaire que celui-ci induit. Ce projet propose de caractériser les propriétés de décurarisation d’anticorps anti-curares que nous identifions dans notre laboratoire de diverses sources, souris et lamas immunisées, répertoires d’anticorps établis à partir de patients allergiques à certains curares. L’anticorps ayant la plus forte capacité de décurarisation pour les deux curares étudiés sera proposé comme une molécule à visée thérapeutique. .

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Pour certains animaux : 1 injection (quelques secondes) toutes les 3 semaines, 3 fois par animal 1 prise de sang (quelques secondes) toutes les 3 semaines, 2 fois par animal Pour les autres animaux : 2 injections (quelques secondes) une seule fois par animal. La première injection n’induit pas de nuisance particulière. La deuxième injection induit une paralysie partielle et des difficultés respiratoires intenses pendant 2-3 minutes si la première injection ne permet pas la neutralisation du produit injecté lors de la seconde injection.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Douleur et inconfort légers de courte durée liés aux injections, et aux prélèvements sanguins. L’injection des curares n’entrainera pas de spasmes musculaires ni de douleurs au « réveil » du muscle, mais induiront une respiration abdominale marquée, et potentiellement une suffocation ou aggravation du ralentissement de la respiration de courte durée (estimée à 2-3 minutes).

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Tous les animaux seront mis à mort car ils ne peuvent être ni réutilisés, ni replacés, ni adoptés car ils seront euthanasiés pour récolter leurs organes immunitaires (rate et ganglions) en post-mortem, ou ils auront été injectés avec des produits biologiques qui induiraient à terme des réactions immunitaires dirigées contre ces produits biologiques, pouvant ainsi altérer les réponses biologiques de ces animaux.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Des méthodes biochimiques et biophysiques in vitro, ne nécessitant pas l’utilisation d’animaux de laboratoire, sont utilisés en amont de ces expériences in vivo. Elles nous permettent d’identifier les anticorps ayant la meilleure spécificité et la meilleure affinité pour les curares utilisés. En revanche, ces mesures ne sont pas prédictives de la capacité de ces anticorps à capturer efficacement ces curares in vivo, même si nous formulons l’hypothèse que les anticorps les plus affins seront les meilleurs antidotes in vivo. Les pathologies et thérapies qui vont être étudiées ici résultent de réactions systémiques et impliquent des conséquences au niveau de différents tissus et organes. Ces processus sont complexes, reposant sur les singularités du système circulatoire et des tissus cibles, processus qui ne peuvent pas être reproduits in vitro. Nos procédures expérimentales ont un caractère de stricte nécessité et ne peuvent pas être remplacées par d’autres méthodes expérimentales n’impliquant pas l’utilisation d’animaux vivants et susceptibles d’apporter le même niveau d’information biologiquement pertinent.

2. Réduction

3R / Réduction :

Les animaux sélectionnés appartiennent à des lignées génétiquement homogènes, ce qui permet de limiter la variabilité individuelle et de réduire le nombre d’individus nécessaires. L’évaluation de leur état de santé repose sur une échelle simple et standardisée, allant d’un état normal à une altération marquée, en passant par des degrés intermédiaires. Cette approche permet d’obtenir des données comparables entre les groupes expérimentaux. Le nombre d’animaux par groupe a été déterminé en s’appuyant sur des données préalablement obtenues dans des études similaires, ainsi que sur l’expérience acquise par l’équipe. Les analyses statistiques viseront à comparer les effets observés entre les groupes traités et les groupes témoins. Pour chaque série de tests, un groupe témoin sera utilisé comme référence, tandis que plusieurs groupes expérimentaux seront évalués simultanément. Les calculs ont été réalisés en tenant compte d’une variabilité modérée des résultats et d’une marge de sécurité en cas de perte accidentelle d’un animal. Ainsi, pour la phase principale de l’étude, chaque groupe comprendra un nombre d’animaux permettant de détecter des différences significatives avec une grande fiabilité, tout en minimisant le recours aux animaux. Pour la phase initiale de sélection, où l’objectif est d’identifier des candidats prometteurs avant une analyse plus approfondie, le nombre d’animaux par groupe a été réduit. Cette première étape vise à repérer des effets marqués, ce qui permet de limiter le nombre d’individus utilisés sans compromettre la détection des résultats les plus pertinents. Les expériences clés seront répétées pour confirmer la cohérence des résultats. Des méthodes statistiques adaptées permettront de prendre en compte d’éventuelles variations liées à ces répétitions. Plusieurs précautions seront prises pour éviter les biais : • Les animaux seront sélectionnés auprès d’un fournisseur agréé, garantissant une homogénéité d’âge et de conditions d’élevage. • Leur répartition dans les groupes expérimentaux sera effectuée de manière aléatoire,. • Les animaux des différents groupes seront hébergés ensemble, ce qui permettra d’évaluer et, si nécessaire, de corriger d’éventuels effets liés à leur environnement. • Le choix du sexe des animaux a été adapté à chaque phase de l’étude pour éviter toute interférence avec les mécanismes étudiés.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Certains animaux sont immunisés en utilisant des faibles volumes et suivant les bonnes pratiques. Un suivi des animaux est réalisé sur leur apparence et leur comportement tout au long de la procédure. Les prélèvements sanguins sont réalisés avec le minimum de volume possible, et l’espacement en temps entre les deux prélèvements est de plusieurs semaines. La procédure induit dès 2-4 minutes après injection par un ralentissement progressif de l’activité de l’animal, accompagné d’une paralysie progressive de certains muscles. Le suivi sera effectué visuellement (mobilité, vitalité, difficultés respiratoires). La durée ne devrait pas excéder 30 minutes dont seulement 2-3 minutes intensive, ce qui ne nécessite pas de prévoir une réhydratation ni du gel nutritif. Les souris pourront être placées sur des membranes chauffantes pour prévenir l’hypothermie si nous constatons cet inconfort dans les premiers groupes de souris. Des mesures de prévention de la douleur n’ont pas été rapportées dans la littérature pour cette procédure, ni chez le rat ni le singe. Nous proposons des points limites afin de minimiser la souffrance de l’animal. Dans le cas d’un arrêt complet de l’activité de l’animal (estimation visuelle) ou de convulsions, l’animal sera immédiatement mis à mort.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

L’espèce utilisée est la souris de laboratoire. Le recours à des lignées consanguines de souris (BALB/c/) permet de réduire le nombre d’animaux par groupe expérimental. Bien que des limitations aient été identifiées pour certaines lignées de souris pour l’arbre respiratoire, les souris de laboratoire restent des modèles dont la pertinence biologique et biomédicale est établie. L’ensemble des groupes expérimentaux seront utilisés au stade « jeune adulte » : entre 7 et 12 semaines au début de l’expérience. A ce stade de développement, le système immunitaire est mature, et le poids de l’animal reste faible. La dose de produit à injecter étant relative au poids de l’animal, les quantités restent faibles et génèrent moins de risques.