
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 01/04/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-354588)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le côlon, comme l’ensemble du tube digestif, héberge une vaste communauté de micro-organismes appelée microbiote intestinal, qui joue un rôle essentiel dans la santé. Des études récentes ont montré que les conditions de colonisation de l’intestin juste après la naissance influencent fortement le développement futur de l’individu. Un déséquilibre précoce du microbiote, ou dysbiose, est ainsi associé à un risque accru de troubles intestinaux à l’âge adulte, notamment dans le cadre des Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin (MICI), comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique. Les mécanismes par lesquels le microbiote agit à long terme sur la santé restent encore largement inconnus. Parmi les éléments impliqués, les microARN (miARN) — de petites molécules capables de modifier la lecture des gènes — jouent un rôle de plus en plus reconnu. Ils sont présents dans de nombreux compartiments biologiques, notamment les selles et le contenu intestinal, et sont associés à la régulation de fonctions clés de l’intestin. Plusieurs miARN ont été impliqués dans l’apparition de dysbiose et dans l’inflammation intestinale. Ce projet vise à mieux comprendre le rôle des miARN dans le fonctionnement de l’intestin, en particulier dans leur interaction avec le microbiote. Il consiste en particulier en l’étude des effets des miARN à l’âge adulte dans différents modèles de colite (soit une inflammation du colon) expérimentale, tout en ajoutant un nouvel axe centré sur la période néonatale, qui est une étape critique dans l’établissement du microbiote. Nous explorerons comment des interventions sur les miARN pendant cette phase précoce peuvent modifier durablement la santé intestinale, et si ces modifications ont des effets à long terme sur l’équilibre du microbiote et la santé intestinale. Pour cela, nous utiliserons différents modèles murins, dans lesquels des miARN spécifiques seront administrés par voie orale, à différentes étapes de la vie, notamment chez le nouveau-né. Les conséquences seront évaluées à court et long terme, en observant notamment les modifications du microbiote et les réponses intestinales associées. Le projet s’étalera sur 5 années et nécessitera 3600 souris, âgées de la naissance jusqu’à 16 semaines, issues d’un fournisseur agréé. Toutes les procédures seront réalisées dans le strict respect des normes réglementaires, avec une euthanasie programmée à la fin de chaque expérimentation.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ces travaux contribueront à la compréhension des mécanismes par lesquelles les miARN et le microbiote dialoguent et nous permettront de mettre en évidence de nouveaux outils thérapeutiques, les miARN, pour le traitement des maladies humaines associées à un problème d’inflammation chronique, comme c’est le cas des maladies inflammatoires de l’intestin (MICI).
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis à une ou plusieurs de ces interventions ayant pour but soit de créer une inflammation du colon chez les souris soit de la traiter, ou alors de suivre l’évolution de la colite et du microbiote chez chaque animal : – Les selles seront récoltées en disposant les animaux dans des petites boîtes en plastique pendant 30 à 60 min. Après que les animaux aient fait naturellement leurs besoins, ils seront replacés dans leur cage d’origine. – Un ou des gavages (selon la procédure : de miARN, d’anti-miRNA) seront effectués à l’aide d’une sonde souple non traumatique sur souris adultes éveillées, une fois par semaine pendant 12 semaines. Chaque gavage dure environ 10 secondes. – 1 gavage par jour sera effectué à l’aide d’une sonde souple non traumatique sur des souriceaux de soit 7 à 10 jours, soit 14 à 21 jours. Chaque gavage dure environ 20 secondes. – Les prélèvements de sang seront réalisés uniquement sur des animaux anesthésiés soit 15 jours avant l’euthanasie soit juste avant d’être euthanasié soit un seul prélèvement par animal. Ce geste dure environ 1 minute.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Des nuisances seront générées chez les animaux soumis à un traitement chimique, qui induit la colite. Les effets de la colite chez la souris sont l’apparition de diarrhées et une perte de poids. Il est aussi reconnu que les gavages utilisés par ailleurs dans certaines procédures, peuvent induire un stress chez les animaux. Le gavage des souriceaux dans la procédure 2 est reconnu comme pouvant occasionner un stress supplémentaire aux souriceaux lié à la manipulation et la contention de nouveaux nés.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux seront euthanasiés à l’issue de chaque procédure afin de collecter les organes en post-mortem pour analyse ultérieure.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’utilisation de souris est nécessaire pour ce projet car les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin sont des maladies très complexes. Elles sont influencées par plusieurs éléments : le système immunitaire, les bactéries qui vivent dans l’intestin (microbiote), la génétique et l’environnement. Elles touchent plusieurs organes et provoquent une inflammation à la fois dans l’intestin et dans tout le corps. Pour comprendre comment l’environnement, le microbiote intestinal et le patrimoine génétique de l’animal interagissent, les souris de laboratoire sont le modèle le plus adapté. Actuellement, il n’existe pas de méthode alternative (comme des cultures de cellules) capable de reproduire ces interactions complexes entre les différents organes et facteurs impliqués. L’objectif final de cette recherche est de comprendre comment certaines petites molécules appelées microARNs peuvent influencer l’inflammation intestinale. Ces connaissances pourraient un jour permettre de développer de nouveaux traitements pour les personnes atteintes de MICI.
2. Réduction
Des expérimentations préliminaires, ont donc permis d’établir un nombre optimal d’animaux par groupe et réduit au maximum pour obtenir des résultats interprétables. De plus, l’utilisation d’un logiciel (Prism), a permis de définir le nombre d’animaux nécessaires et suffisants pour avoir des résultats reproductibles et significatifs. Les données obtenues seront traitées en utilisant des tests statistiques.
3. Raffinement
Les souris seront observées tous les jours pendant toute la durée de l’étude, par du personnel formé. Si des signes de maladie apparaissent (comme une perte de poids, des selles anormales ou un changement de comportement), les soins apportés seront adaptés à leur état. Cela peut inclure la mise à disposition d’eau gélifiée pour éviter la déshydratation ou, si l’état de l’animal devient trop grave, l’arrêt de l’expérience et la mise à mort pour éviter toute souffrance inutile. L’apparition de la colite sera surveillée à l’aide d’un score standardisé prenant en compte le poids, l’aspect général, les signes cliniques visibles et le comportement. Ce score permet de détecter rapidement une aggravation et d’agir progressivement : Si le score dépasse un premier seuil, les observations seront faites plus souvent (deux fois par semaine, puis trois fois par semaine si le score continue d’augmenter). Si certains critères, comme la perte de poids ou la consistance des selles, atteignent un niveau critique, de l’eau gélifiée sera donnée aux animaux. Si l’état d’un animal dépasse le seuil défini comme « point limite », il sera mis à mort pour éviter toute souffrance. Enfin, les cages seront enrichies (coton, abris, alternance jour/nuit) pour permettre aux souris d’exprimer des comportements naturels et améliorer leur bien-être.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Des souris qui présentent des colites ou des lésions similaires aux MICI humaines de façon à imiter le développement, les symptômes et les complications de la maladie sont indispensables pour la réalisation de ce projet. Notons que les miARNs sont les mêmes chez la souris et l’Homme et que des travaux antérieurs de la littérature scientifique ont validé l’utilisation de souris comme modèle animal pour l’étude de la colite, et l’inflammation. Enfin, de nombreux réactifs et outils de recherche, nécessaires à cette recherche, sont spécifiques et ont été validés dans cette espèce. Les souris utilisées pour les expériences (mâles et femelles) auront de 7 jours à 112 jours de vie. Ceci correspond à l’âge optimal pour obtenir la meilleure reproductibilité de la colite et a été décidé en fonction de travaux antérieurs utilisant des modèles de colite murine.