Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Le changement climatique bouleverse les équilibres écologiques des animaux ectothermes pour lesquels toute activité physiologique dépend de l’environnement thermique. Chez ces espèces, l’augmentation des températures environnementales accélère les processus métaboliques et physiologiques et favorise l’accumulation de dommages biologiques. Par exemple, des dérivés réactifs de l’oxygène s’accumulent au sein de l’organisme et occasionnent des dégâts importants à l’ADN ou favorisent l’érosion des télomères. Avec le réchauffement climatique, ces dommages liés au stress sont plus intenses et plus fréquents et peuvent accélérer le vieillissement cellulaire, entraîner une sénescence précoce des individus et diminuer leur longévité. Des travaux sur le lézard Zootoca vivipara ont par exemple démontré un lien entre longueur des télomères, réchauffement climatique et risque d’extinction locale dans les populations de lézard vivipare du Massif Central. Cependant, si certaines populations semblent particulièrement menacées par le réchauffement climatique, d’autres semblent peu impactées et nous suspectons donc que d’autres facteurs environnementaux interfèrent dans les processus physiologiques ou écologiques du déclin comme l’humidité, le couvert forestier ou des perturbations liées au tourisme ou à l’agriculture. Pour explorer ces effets, nous procéderons à un bilan écophysiologique de plusieurs populations à reproduction ovipare réparties sur un gradient d’altitude de plus de 2500 m étalé entre les Landes et les Hautes-Pyrénées. Nous contrasterons le long de ce gradient altitudinal deux niveaux de précipitation (humide et sèche) et échantillonnerons à la fois des populations éloignées et d’autres proches de zones d’activités humaines (pastoralisme et tourisme). En échantillonnant des populations ovipares dans la région sud-ouest de la France, nous pourrons tester si les altérations physiologiques observées le long d’un gradient climatique sont comparables ou non à celles déjà mises en évidence avec des protocoles semblables dans des populations vivipares du Massif Central.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Ce projet a pour objectif de faire progresser notre compréhension des effets environnementaux sur le stress chronique et le vieillissement biologique dans les populations ovipares de lézards vivipares. Nos précédents travaux suggèrent l’existence d’une boucle d’accélération de la sénescence avec le réchauffement climatique. Elle implique notamment la transmission de télomères érodés des parents à leur descendance sous l’effet du stress et participe à accélérer l’extinction locale de populations. Ils suggèrent aussi une variation de ces processus thermiques entre populations. Ce projet permettra de franchir une étape complémentaire dans la compréhension écologique et physiologique de ce processus. Surtout, en caractérisant finement les différences de conditions environnementales entre populations, et au sein même des populations, nous pourrons mieux comprendre quels facteurs du milieu peuvent atténuer ou amplifier cette boucle d’accélération du stress (altitude et climat d’un côté versus précipitations, micro-habitat et perturbations anthropiques de l’autre).

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Une fois capturés, les individus feront l’objet d’une mesure de température corporelle puis de mesures morphométriques (taille et masse corporelle), photométriques (face ventrale et dorsale) et de prélevements sur animaux vigiles (une prise de sang sur les adultes et un prélèvement de tissu caudal sur tous les individus). L’ensemble des actes est effectué par un experimentateur aguerri aux gestes techniques afin de ne pas dépasser 10 minutes de contention. Les animaux seront conservés temporairement dans des tubes pendant un maximum de six heures.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Une première nuisance transitoire sera associée au stress induit par la capture et lors de la contention nécessaire aux mesures. Une seconde nuisance sera associée aux prélèvements de tissus et à la prise de sang par un microcapillaire au niveau du sinus suborbital.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

L’ensemble des animaux sera relâché à l’endroit de leur capture 6 heures après les captures. Le fait de devoir relacher les animaux est obligatoire étant donné les demandes d’autorisation de capture de cette espèce protégée et pour nos suivis à long terme des populations étudiées.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Il existe des modèles mécanistiques pour décrire le fonctionnement hydrique, thermique et métabolique des lézards mais pas pour leur vieillissement biologique. Il n’est donc pas possible de remplacer in vivo ou in silico le modèle biologique utilisé car cette étude vise à comprendre l’effet du changement climatique et des variations environnementales sur l’augmentation du stress métabolique et l’accélération du cycle de vie des individus en conditions naturelles. Le projet nécessite donc l’utilisation d’animaux sauvages afin de pouvoir comparer les effets des conditions de l’environnement local entre populations.

2. Réduction

3R / Réduction :

Un nombre important d’animaux sera utilisé pour quantifier les conséquences de caractéristiques individuelles et environnementales sur le vieillissement biologique des individus. Pour correctement caractériser l’effet des facteurs individuels (e.g., âge, sexe), nous avons estimé en tenant compte de nos travaux précédents qu’un effectif de 45 individus par population permettrait d’obtenir une population statistique suffisante à nos analyses. Ce choix est justifié par un test de puissance statistique sur une ANOVA pour une taille d’effet équivalente à l’étude que nous avons menée en 2022 et en 2025 dans les populations du Massif Central. Cet échantillon comportera 25 adultes et 20 subadultes. Le nombre plus important d’adultes permettra de correctement caractériser l’effet de l’âge (2 à 10 ans d’âge en moyenne) qui peut varier entre chaque individu. Dans la mesure du possible, nous équilibrerons les sex-ratios, même si la probabilité de capturer des mâles adultes diminue fortement avec l’avancement de la saison. Pour correctement caractériser les effets environnementaux, nous capturerons cet effectif dans 25 populations. Ces populations sont réparties selon un gradient altitudinal (0 à 2500m) qui permet de correctement échantillonner des populations chaudes, intermédiaires et froides contrastées pour leurs précipitations, le couvert végétal et les perturbations anthropiques au sein de chaque classe altitude-température. Les sites d’étude ont été choisis parmi une liste de populations connues de nos équipes de façon à maximiser les différences environnementales et phénotypiques. Pour réduire notre impact sur les populations, chacune d’entre elle sera visitée un maximum de trois fois, même si les effectifs ne sont pas tout à fait atteints sur certaines d’entre elles. L’effectif total sera donc de 45 individus maximum pour 25 populations, soit 1125 lézards. Une technique d’imagerie sera utilisée pour identifier les animaux.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Les populations seront visitées chronologiquement en suivant leur phénologie naturelle pour collecter des individus à des stades de vie similaires et de minimiser les biais de comparaisons entre populations. La période de capture (mai/juin) correspond à une période où les individus se sont déjà reproduits et à laquelle les femelles entament leur gestation. Les captures seront effectuées par du personnel formé afin d’éviter les événements d’autotomie. La contention des individus suivant la capture sera limitée à quelques secondes. Une fois la température corporelle prélevée, les lézards seront immédiatement isolés en tubes individuels opaques, ventilés et équipés d’un morceau de papier absorbant humide. Ces tubes seront placés dans un conteneur ventilé et maintenu à une température constante (25°C). Le conteneur possède un thermomètre interne muni d’une alarme sonore nous indiquant si les températures dépassent les 26°C (température létale autour des 40°C). L’ensemble des mesures sera effectué sur le terrain pour éviter le stress de transport vers un laboratoire. Pour limiter la détresse associée à la contention lors des mesures, nous effectuerons ces dernières en moins de 10 minutes. Les mesures seront effectuées par un expérimentateur entraîné et assisté d’une équipe en charge de la logistique de chaque individu. Pour éviter des manipulations inutiles, les individus de moins de 2 g ne subiront pas de prise de sang. Des mesures d’hygiène strictes seront appliquées pour éviter toute contamination entre individus (e.g., thermomètres, outils chirurgicaux et scanners nettoyés entre chaque animal, et mains des expérimentateurs avec des lingettes imprégnées d’hypochlorite de sodium). Des points limites seront appliqués tout au long des procédures, avec l’arrêt immédiat des actes en cas d’atteinte de ces derniers. Un transfert vers un élevage en captivité sera alors envisagé. Après les mesures, les individus seront maintenus en observation et réhydratés avec un buvard humecté afin de surveiller leur état de santé. Nous enregistrons les coordonnées GPS du point de capture afin de relâcher les individus dans leur domaine vital une fois nos mesures prises. En cas de recapture (identifiée grâce au prélèvement caudal), les individus seront relâchés immédiatement. Les individus seront relâchés depuis leur tube, pour éviter une manipulation supplémentaire.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Notre étude vise à comprendre comment les conditions environnementales locales altèrent le niveau de stress et la dynamique de sénescence des populations de lézards vivipares dans le sud-ouest de leur répartition en Europe, au sein de l’aire de distribution d’un clade à reproduction ovipare. Il est donc indispensable d’avoir recours à des animaux issus de la faune sauvage pour atteindre nos objectifs et à différentes classes d’âge dont des jeunes et des vieux lézards.