
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 09/04/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-238830)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Contexte : La DMD est une maladie rare qui touche 1 garçon sur 3500 environ. Elle est causée par des mutations dans un gène du chromosome X qui code la dystrophine, une protéine essentielle aux fibres musculaires. Les patients présentent une fonte musculaire progressive. Ils perdent la marche vers l’adolescence et décèdent vers 25-30 ans. Animaux : Pour comprendre les mécanismes de la DMD et évaluer des traitements et dispositifs médicaux, nous utilisons plusieurs lignées de souris OGM modèles de la DMD, qui permettent d’étudier plusieurs facettes de la maladie. Objectif : l’objectif du projet est de prélever sur les animaux âgés de 7-10 jours un fragment de tissu de manière invasive (fragment du pavillon de l’oreille), pour génotypage par PCR. Les animaux seront identifiés en parallèle par micro-tatouage des orteils.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet concerne l’élevage de souris dystrophiques et le prélèvement de tissus pour déterminer si les animaux sont malades ou sains. Il va permettre de produire les individus nécessaires au renouvellement des géniteurs et aux études pour comprendre et traiter la dystrophie musculaire de Duchenne, une myopathie rare et sévère, toujours fatale à ce jour pour les garçons qui en sont atteints. Des Demandes d’Autorisations de Projet seront ensuite déposées, utilisant ces modèles pour décrire les mécanismes de la maladie, préciser les rôles de plusieurs gènes qui modulent la sévérité chez l’homme comme chez la souris, déterminer l’utilité préclinique de nouvelles procédures et outils d’exploration fonctionnelle, et évaluer l’efficacité de candidats-médicaments.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux âgés de 7-10 jours seront systématiquement identifiés individuellement par tatouage des orteils. Ils seront manipulés pendant environ 1 minute environ pour prélever un petit fragment du pavillon de l’oreille avec du matériel stérile afin de déterminer s’ils sont sains ou malades.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les animaux subiront un stress léger lors de la manipulation et une douleur légère lors du prélèvement (environ 6’270 individus sur 5 ans). Concernant les nuisances des animaux OGM, on distingue 2 catégories : Catégorie 1 : jusqu’au sevrage, les animaux n’ont aucun signe de la maladie. Jusque vers 12 mois environ, les animaux présentent des mécanismes spontanés de compensation de la maladie. Le phénotype passe lentement de normal à léger. Vers 12 mois, les reproducteurs sont retirés des accouplements. Entre 13 et 24 mois (si nécessaires dans de futurs projets), le mécanisme de compensation s’épuise et la fonte musculaire s’installe progressivement, associée à des défauts de posture (faiblesse des muscles du dos), une faiblesse respiratoire et une atteinte cardiaque. Grâce aux mesures de raffinement, le phénotype évolue lentement de léger à modéré (12-24 mois). Au-delà de 24 mois (si nécessaire dans de futurs projets), les animaux sont amaigris, voutés et moins mobiles (classe sévère). Les mesures mises en place pour assurer un hébergement en groupe et faciliter l’accès à la nourriture et à la boisson assurent une espérance de vie normale. Catégorie 2 : jusqu’au sevrage, les animaux n’ont aucun signe de la maladie. Entre 1 et 3 mois environ, les animaux présentent des mécanismes peu performants de compensation de l’atteinte musculaire. Cependant, les signes de la maladie restent imperceptibles (comme ci-dessus), associé à un phénotype léger. Entre 3 mois et 24 mois environ, les animaux montrent une fonte musculaire lentement progressive. Par rapport à la catégorie 1, la maladie est plus précoce, l’évolution plus linéaire, et la présentation clinique est plus prononcée vers la fin. Le phénotype évolue lentement de normal à sévère entre 3 et 24 mois environ.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A la fin de chaque procédure, les géniteurs retirés de la reproduction, les animaux n’ayant pas le génotype voulu et les femelles surnuméraires non utilisées dans les protocoles seront mis à mort. Une partie des animaux seront gardés en vie pour une utilisation continue en expérimentation selon des modalités décrites dans les demandes qui seront soumises séparément.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les cultures de cellules musculaires ne peuvent pas répondre aux questions que nous nous posons sur les maladies qui touchent le maintien du muscle mature. En effet, les cultures de cellules ne reproduisent pas la diversité des types cellulaires et la complexité des interactions qui existent dans le muscle après la naissance. En général, les cultures de cellules musculaires permettent de reproduire le développement initial du muscle (par exemple lors du développement embryonnaire), mais elles restent trop immatures pour servir de modèles aux maladies qui touchent le muscle des patients après la naissance. En l’absence de méthodes alternatives non-animales, nous sommes contraints d’utiliser des animaux vivants pour atteindre les objectifs du projet. A notre connaissance, il s’agit de la seule approche scientifiquement valide pour augmenter nos connaissances et pour obtenir des données précliniques pertinentes susceptibles de permettre une transition vers des essais cliniques chez l’Homme pour traiter des maladies neuromusculaires à ce jour toujours fatales.
2. Réduction
Nous avons développé une expertise pour maintenir des colonies de souris dystrophiques en utilisant un minimum de géniteurs. Notamment, nous utilisons des accouplements collectifs datés (2-3 mâles visitent périodiquement des groupes de 4 à 8 femelles) comme alternatives aux trios conventionnels (1 mâle et 2 femelles). Cela réduit de 30-50% le nombre de géniteurs mâles nécessaires pour l’élevage. Pour limiter la production d’animaux inutiles, la production ne se déroule pas en continu mais via des campagnes de production destinées à assurer le remplacement des géniteurs et production des cohortes expérimentales (décrites séparément). Comme la maladie DMD touche les garçons, les expériences utilisent presque exclusivement des mâles. On conserve également des mâles pour la reproduction. La production des mâles (géniteurs et expériences) s’accompagne d’une production de femelles. On prélève du tissu pour déterminer si les animaux sont sains ou malades uniquement sur certaines femelles. La plupart des femelles sont éliminées peu après la naissance sans procéder à l’identification (micro-tatouage) ni au prélèvement de tissu.
3. Raffinement
Des points limites prédictifs et précoces sont mis en place pour mettre en évidence tout problème ou anomalie chez nos animaux et décider des mesures à prendre pour limiter leur douleur, souffrance ou angoisse. Les accouplements collectifs datés permettent de garder ensemble les 2 mâles après qu’ils ont visité un groupe de femelles : ils ne montrent pas d’agressivité l’un envers l’autre et n’ont pas besoin de passer l’essentiel de leur vie isolés. Chez les femelles dystrophiques, la gestation et la lactation peuvent causer un stress énergétique associé à du cannibalisme et un retard de croissance des petits. On évite cette situation en pratiquant des accouplements datés, qui permettent de regrouper plusieurs femelles vers la fin de la gestation. Elles reçoivent alors des abris de grande taille et un supplément d’enrichissement pour construire un nid commun pour la fin de la gestation, la mise bas et l’allaitement. Dans ces conditions, les femelles mettent bas simultanément, et maintiennent les petits dans le nid commun, ce qui limite la perte de chaleur des petits. La faible production de lait d’une femelle peut être compensée par ses congénères. Les jeunes femelles en trop sont éliminées dès que possible. Ces procédures favorisent la survie des petits nécessaires au maintien de la colonie et aux expériences, et assurent une croissance homogène. On facilite l’accès à la nourriture et à la boisson des femelles gestantes et allaitantes en plaçant des granulés directement dans la cage et en utilisant des tétines plus longues sur les biberons. Cela profite aussi aux jeunes en croissance. Par ailleurs, pour un meilleur développement, le sevrage a lieu tardivement : les petits sont laissés avec les mères pendant 4 semaines au lieu de 3 habituellement. Comme le gène responsable de la myopathie est sur le chromosome X, on peut croiser des géniteurs cliniquement sains : on peut produire les animaux utiles aux expériences en croisant des mâles sains et des femelles porteuses d’un seul chromosome X muté (elles sont saines). La progéniture contient des mâles sains et des mâles dystrophiques selon le chromosome X hérité de la mère.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Certaines souris dystrophiques utilisées ici sont depuis presque 40 ans une référence pour étudier les mécanismes de la myopathie de Duchenne et évaluer les approches thérapeutiques pour cette maladie fatale. Certains aspects (mécanismes moléculaires et défaut de structure des muscles) représentent bien la maladie humaine. Cependant, d’un point de vue clinique (perte de fonction musculaire), ces souris ont un phénotype qui évolue progressivement d’asymptomatique à léger pendant l’essentiel de leur vie. Il faut attendre des âges avancés pour qu’elles développent un phénotype modéré. La connaissance du génome de la souris et la multitude de mutants disponibles rend cette espèce particulièrement adaptée pour combiner des facteurs génétiques impliqués dans les maladies rares. Le projet utilise : 1- des petits âgés de 7 à 10 jours : Prélèvement de tissu (un petit fragment du pavillon de l’oreille) pour déterminer si les petits issus de la reproduction sont sains ou malades. A cet âge, ils ne montrent aucun signe de la maladie. 2- des adultes entre 2 et 12 mois environ : utilisation de géniteurs mâles et femelles pour maintenir des colonies de souris dystrophiques, modèles de myopathies, et produire des animaux pour de futures études. Il concerne donc des adultes en âge de se reproduire efficacement, qu’ils soient sains ou avec un phénotype dommageable (classe légère à modéré). Le projet produit aussi : 3- des animaux de 12 à 24 mois qui seraient nécessaires pour de futurs projets qui seront décrits séparément.