
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 16/03/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-469473)
308 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Toutes sont exposées à un manque d’oxygène huit heures par jour pendant deux à seize semaines pour reproduire l’apnée du sommeil, 84 d’entre elles subissant en plus une chirurgie d’ablation du tissu graisseux, et l’ensemble un test de tolérance à l’insuline avec jeûne et prélèvements sanguins répétés. Le porteur indique que l’hypoxie provoque une accélération de la respiration, une perte de poids et un stress, et que la chirurgie entraîne une douleur au réveil traitée par analgésique. Il affirme que la culture cellulaire ne peut remplacer un « organe entier » ni permettre l’analyse des facteurs circulants entre tissu graisseux et cœur, et prévoit la mise à mort de toutes les souris pour prélever leurs organes.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) est une des pathologies chroniques les plus répandues touchant près d’un milliard de personnes dans le monde, et ayant des conséquences cardiovasculaires et métaboliques très délétères. Le SAOS correspond à des épisodes répétitifs d’apnées pendant le sommeil, résultant en une diminution cyclique du niveau d’oxygène dans le sang, appelée hypoxie. Cette hypoxie est responsable de lésions multi-organes, contribuant aux complications cardiaques et métaboliques. Afin de proposer une meilleure prise en charge des patients atteint de SAOS et de limiter ses complications, nos travaux de recherche visent à mieux comprendre les mécanismes mis en jeu lors de l’hypoxie. Les objectifs de ce projet sont de comprendre précisément le lien entre les atteintes du tissu graisseux induites par l’hypoxie et la dysfonction cardiaque associée. Nous faisons l’hypothèse que l’hypoxie pourrait affecter de façon précoce le tissu graisseux, qui libérerait alors des facteurs néfastes dans la circulation sanguine et participerait ainsi aux altérations cardiaques. Afin de répondre à nos hypothèses, nous envisageons d’utiliser différents modèles de rongeurs (souris génétiquement modifiées) exposés à l’hypoxie, chez lesquels nous réaliserons des chirurgies visant à retirer le tissu graisseux, ou des traitements médicamenteux visant spécifiquement le tissu graisseux. Ce projet nécessitera l’utilisation de 308 souris.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Le syndrome d’apnée obstructives du sommeil est un problème de santé publique en raison des complications cardiovasculaires associées, principalement dues au manque d’oxygène transitoire sur le long terme (nommé hypoxie). Il existe de nombreuses interconnections entre le tissu graisseux et le coeur. En particulier, le vieillissement du tissus graisseux, via la libération dans le sang de différents médiateurs, contribue au développement de la fibrose cardiaque, mécanisme qui contribue à diminuer la fonction normale du coeur. L’hypoxie induit de profondes altérations du tissus graisseux, ainsi que du coeur, mais l’interaction entre ces deux organes dans ce contexte est méconnue. Ainsi, nous proposons de démontrer que l’hypoxie induit un vieillissement plus rapide du tissus graisseux, responsable des complications cardiaques. Le but ultime de ce projet est de démontrer que cibler de façon spécifique le vieillissement du tissus graisseux est bénéfique pour limiter les atteintes cardiaques induites par l’hypoxie et d’identifier des marqueurs biologiques circulants spécifiques.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Une partie des animaux sera soumis à une chirurgie unique visant à supprimer une grande partie du tissu graisseux. Cette procédure dure environ 15 minutes et sera réalisée sous anesthésie et les animaux seront traités contre la douleur avant la chirurgie et à leur réveil. Cette procédure concerne 84 souris. Tous les animaux (308 souris) sont soumis à un manque d’oxygène (hypoxie) ou non à l’air ambiant, pendant 2 ou 16 semaines. Cette exposition dure chaque jour et 8h/j. Des prélèvements sanguins seront réalisés afin d’évaluer le taux de sucre dans le sang des animaux dans les différents groupes, ainsi que leur sensibilité à l’insuline. Pour ce faire, ce test de tolérance à l’insuline consiste à injecter de l’insuline chez l’animal éveillé et à suivre l’évolution du taux de sucre dans le sang pendant 90 minutes. Les animaux sont mis à jeun 6 heures avant le test, et une 1 goutte de sang est prélevée à la queue à 0, 15, 30, 45, 60, 75 et 90 minutes après l’injection. Cette procédure concerne tous les animaux du projet. La procédure d’imagerie échographique est réalisée sous anesthésie et sur tapis chauffant, avant le début de l’exposition à l’hypoxie et 3 jours avant la fin du protocole. Chaque échographie dure environ 15 minutes par souris et concerne le groupe 2a, soit 84 souris. Le traitement médicamenteux est réalisé uniquement sur le groupe 2c (56 souris). Il consiste à administrer le traitement par gavage, 3 jours consécutifs toutes les 2 semaines pendant 2 à 16 semaines d’exposition.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
L’hébergement des souris dans l’animalerie entraine une exposition à une nuisance sonore dû au fonctionnement de la machine permettant la mise en place de l’hypoxie. De plus l’animalerie est susceptible d’accueillir des rats et des souris simultanément. Cette présence peut induire un stress chez les souris. L’exposition à l’hypoxie induit une accélération de la respiration, une légère perte de poids, un stress et une diminution de l’activité lors des premiers jours, puis la souris s’adapte rapidement et ces signes disparaissent. La chirurgie de suppression du tissu adipeux peut induire au réveil une douleur, qui est traitée par administration d’analgésique et qui nécessite un suivi particulier des animaux dans les jours qui suivent. Le test de tolérance à l’insuline chez l’animal éveillé nécessite une injection d’insuline, suivie de plusieurs prélèvements sanguins à la queue (1 goutte de sang répété 6 fois) ce qui peut induire un stress à l’animal. Le traitement est administré 1 fois/j, sur 3 jours consécutifs toutes les 2 semaines, par gavage, tout au long de l’exposition à l’hypoxie. Pour limiter le stress des animaux, les gavages sont réalisés par une personne maitrisant cette technique. Un transport d’animaux est nécessaire pour réaliser les échographies, ce qui peut stresser les animaux. Pour limiter le stress, les animaux sont amenés en amont dans la pièce d’échographie pour qu’ils s’habituent à l’environnement et sont anesthésiés pour l’échographie.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A l’issue de toutes les procédures, tous les animaux seront mis à mort et les différents organes d’intérêt seront prélevés pour analyses ultérieures.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le présent projet est basé sur l’hypothèse d’une communication inter-organes (tissu adipeux-cœur), à la fois en réponse à l’hypoxie, mais également lors du processus de vieillissement. Le remplacement partiel des animaux peut être atteint en utilisant des approches de cultures cellulaires, mais cette alternative ne permet pas de répondre aux objectifs spécifiques du projet. 1) Un dispositif de manque d’oxygène appliqué aux cellules permet d’étudier les réponses spécifiques de différents types cellulaires (adipocytes, fibroblastes cardiaques, cardiomyocytes). Ce dispositif permet d’isoler un type cellulaire précis et de déterminer les réponses spécifiques à l’hypoxie. Des co-cultures sont également envisageables, mais ne peuvent en aucun cas remplacer la complexité d’un organe « entier » dans lequel coexiste une grande variété de cellules. Enfin, un des objectifs majeurs de notre projet est d’identifier des facteurs circulants, qui seraient sécrétés par le tissu adipeux, relargués dans la circulation sanguine, et impacteraient ensuite le cœur. L’utilisation de modèle animal est donc la seule alternative permettant une analyse systémique, multi-organes, ainsi que le recueil de plasma et l’analyse de facteurs circulants. 2) Il est également très difficile d’étudier les effets du vieillissement sur des modèles in vitro. Dans ce projet, nous utiliserons des souris jeunes ainsi que des souris adultes, et déterminerons si la cinétique des effets de l’hypoxie (durée de 2 à 16 semaines) est différente selon l’âge (hypothèse d’effets synergiques du vieillissement et de l’hypoxie), à la fois sur le remodelage et le vieillissement du tissu adipeux, mais également sur le remodelage cardiaque. De plus, nous utiliserons une approche chirurgicale de suppression du tissu adipeux, qui nous permettra d’établir la preuve de concept d’une communication inter-organe en réponse à l’hypoxie, dans un organisme entier.
2. Réduction
Le calcul de nos effectifs est réalisé de manière à utiliser le moins d’animaux possible sans altérer la puissance et la fiabilité de nos tests statistiques. Nous utiliserons un logiciel statistique (GraphPad Prism) pour réaliser des tests adaptés aux paramètres à évaluer. Les tests statistiques utilisés seront des t-test ou des ANOVA à deux voies suivis de tests post-hoc. Une valeur P
3. Raffinement
Les animaux seront hébergés en groupes, dans un environnement enrichi (sauf pendant l’exposition à l’hypoxie ou à la normoxie) et leur bien-être sera vérifié quotidiennement. Les animaux s’adaptent rapidement à l’exposition à l’hypoxie. Les mesures d’échographies cardiaques et la lipectomie (suppression du tissus graisseux) seront réalisées sur animaux anesthésiés. Pour la lipectomie, les animaux recevront un traitement analgésique avant et après la chirurgie. Globalement et tout au long des différentes procédures du présent projet, les animaux seront surveillés quotidiennement, pesés au moins une fois par semaine, pour veiller à leur bien-être, à leur état de santé et à l’atteinte des points limites ; les critères d’arrêt et la décision d’exclure un animal d’une procédure sera prise par le responsable du projet.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris est un mammifère dont certaines caractéristiques biologiques peuvent être appliquées à l’homme, notamment dans le cadre d’études sur l’organisme entier. Ceci permet ainsi de comprendre les mécanismes qui se produisent dans l’organisme des souris avant d’entreprendre des études chez l’humain. Les souris font également naître un nombre important de souriceaux par portée ce qui n’est pas le cas de tous les mammifères. Cela nous permet donc d’avoir un grand nombre d’animaux du même lot. Enfin, la pertinence du choix de cette espèce animale repose sur le fait de la comparabilité des études scientifiques. En effet, c’est le modèle de référence dans les publications. Les animaux seront utilisés à l’âge adulte (3 à 12 mois) afin de ne pas utiliser des souris trop jeunes, encore en pleine croissance, et qui pourrait être résistantes aux phénomènes de vieillissement. Les souris à phénotype dommageable développent spontanément des cellules tumorales (lymphomes et sarcomes) à partir de l’âge de 4 à 6 mois mais ces souris seront utilisées et mises à mort avant le développement spontané de ces tumeurs.