
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 26/04/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-274974)
3 cochettes vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère. Elles reçoivent des injections répétées avec un adjuvant pouvant provoquer des inflammations, voire des abcès, puis subissent en fin de protocole une exsanguination sous anesthésie avant la mise à mort, pour produire un antisérum contre une protéine thérapeutique. Cet antisérum servira de contrôle positif à un test de dosage d’anticorps. Le porteur affirme qu’il n’existe pas d’alternative non animale « satisfaisante » pour produire des anticorps polyclonaux.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La glomérulonéphrite à progression rapide (glomérulonéphrite à croissants) est une maladie rénale rare dans laquelle les unités de filtration des reins, les glomérules, sont irrémédiablement détruites. La production de médicaments visant à empêcher la destruction des glomérules est donc une étape importante dans le traitement de ces pathologies. Grâce à un modèle animal (cochon) mimant cette maladie, une équipe a développé une molécule thérapeutique visant à protéger les glomérules et à prévenir l’insuffisance rénale. Cette étude a montré que cette molécule est capable de prévenir la survenue des lésions rénales liées à cette maladie. Afin de poursuivre le développement de la protéine thérapeutique, nous devons déterminer si les cochons traités ont développé ou non des anticorps, ce qui risquerait dans la durée de réduire l’efficacité du traitement. L’objectif du présent projet est de produire par hyper-immunisation chez le cochon un antisérum contre la protéine thérapeutique. Cet antisérum permettra la mise au point d’un test de dosage d’anticorps contre cette protéine. Ce test servira à tester une collection (déjà constituée) de prélèvements sanguins de cochons traités ou non préalablement avec la molécule à visée thérapeutique afin de vérifier l’absence d’anticorps anti-molécule thérapeutique chez ces animaux.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
La glomérulonéphrite à croissants est une maladie humaine rénale rare, extrêmement grave, qui entraine la destruction des unités de filtration du rein, les glomérules. Cette maladie, d’origine auto-immune, est traitée par des immunosuppresseurs forts, entrainant des effets secondaires sérieux. 10 à 20 % des patients meurent au bout d’un an, en partie à cause du traitement, tandis que jusqu’à 90 % des patients survivants à 5 ans développent une insuffisance rénale terminale. La qualité de vie des patients est extrêmement dégradée. Grâce aux anticorps produits chez les cochettes, un dosage sera développé et permettra d’analyser des échantillons sanguins de cochons traités par ailleurs avec la molécule thérapeutique. Nous attendons du présent projet de pouvoir démontrer que les animaux traités par cette molécule n’ont pas développé d’anticorps contre cette protéine. A terme, le développement pharmaceutique de cette protéine doit pouvoir améliorer considérablement le pronostic des glomérulonéphrites à croissants et la qualité de vie des patients.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les cochettes subiront 6 prises de sang, 6 sessions d’injections indradermiques au niveau de l’aine et 1 injection intraveineuse, toutes sous sédation (15 minutes d’anesthésie par intervention/animal incluant la prise de sang et les injections multiples). Si le protocole le nécessite (quantité d’anticorps dans le sang insuffisante), 2 prises de sang et 1 injection intraveineuse seront ajoutées. En fin de protocole, les cochettes subiront une anesthésie profonde, une pose de cathéter jugulaire par voie chirurgicale, et une exsanguination via ce cathéter avant euthanasie par injection de pentobarbitale.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les nuisances attendues sur les animaux sont les anesthésies successives, le stress lié à la mise à jeun et la manipulation. L’injection de l’antigène à la veine auriculaire ainsi que les médicaments en intraveineuse peuvent entrainer un hématome. Les principaux effets indésirables que nous pouvons envisager sont liés à l’adjuvant utilisé dans la solution injectée lors de l’immunisation. En effet, cet adjuvant peut provoquer des réactions inflammatoires et/ou allergiques, soit locales telles que des lésions au niveau des sites d’injection, voire des abcès, soit au niveau d’autres organes.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A la fin de la procédure, les animaux seront euthanasiés car l’objectif est de collecter leur sang, et ils ne peuvent pas retourner dans leur élevage d’origine pour des raisons sanitaires.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le projet vise à produire des anticorps polyclonaux dirigés contre une molécule à visée thérapeutique. Les anticorps polyclonaux permettent ainsi d’augmenter la capacité de liaison à la molécule, utilisée ultérieurement pour la mise au point d’un dosage spécifique et favorise les chances de succès. Pour la production d’anticorps polyclonaux, il n’existe pas d’alternatives non animales satisfaisantes. La seule option possible serait d’utiliser un mélange d’anticorps monoclonaux préparés de façon synthétique (par la technique de phage display) mais cela nécessite la présence des anticorps dans les banques disponibles, or la protéine utilisée dans le projet est une protéine modifiée, non native. De plus, cela impliquerait de produire des quantités importantes d’anticorps en système cellulaire in vitro. L’ensemble représenterait un processus fortement risqué, couteux, de longue durée, peu compatible avec l’échéancier du projet.
2. Réduction
Trois cochettes pourront être utilisées. Nous envisageons d’obtenir entre 2 et 3 litres de sérum contenant les anticorps spécifiques d’intérêt. Les cochettes recevront toutes le même traitement. En raison de la variabilité potentielle de la réponse immunitaire individuelle, le nombre d’animaux utilisés est un minimum afin d’être sûr de pouvoir récupérer la quantité de sérum nécessaire à la seconde partie de l’expérience.
3. Raffinement
Les animaux seront logés dans une salle climatisée, en groupe, et l’enrichissement du milieu sera réalisé à l’aide d’une quantité de paille suffisante pour qu’ils puissent jouer avec. Des jouets pourront être fournis. Ils seront surveillés quotidiennement avec une attention particulière pour leur état général de santé, leur niveau de stress, leur activité et leur consommation d’eau et de nourriture. Dans ce protocole, la douleur peut survenir en cours d’immunisation. Notamment, l’adjuvant utilisé lors des injections intradermiques pour accroître la réponse immunitaire peut provoquer des réactions inflammatoires chroniques importantes, voire des allergies. Dans le cas des rappels intraveineux, ce type de réaction allergique sera prévenu par une injection préalable d’antihistaminique. Les symptômes auxquels on peut s’attendre sont dépression, abattement, anorexie, prostration. Si des signes de réaction locale sont observés, les injections suivantes devront être effectuées à distance des injections précédentes. En fonction de l’état de l’animal, l’immunisation sera suspendue le temps nécessaire. Si les animaux venaient à exprimer de l’inconfort, voire de la douleur, nous leur administrerons un analgésique par voie orale. Si la douleur ou la détresse restent impossibles à soulager, les animaux seront euthanasiés. En cas d’infection, les mêmes symptômes associés à une forte fièvre sont rencontrés. Dans ce cas, un antibiotique sera administré plusieurs jours jusqu’à rémission complète. Cependant, nous n’avons jamais observé de tels symptômes lors d’immunisations précédentes réalisées selon le même protocole chez le cochon et la brebis. Pour éviter toute douleur et stress liés aux prises de sang, injections intradermiques et intraveineuses, les animaux seront anesthésiés pour chaque manipulation.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Nous avons besoin de produire un antisérum anti-molécule thérapeutique chez le cochon car l’étude de l’efficacité thérapeutique de cette molécule a été réalisée chez ce même animal. L’antiserum collecté servira de contrôle positif (présence d’anticorps anti-molécule cible) et le résultat obtenu lors du dosage ELISA sera comparé à celui obtenu avec des serums de cochons ayant suivi une thérapie avec la molécule cible (serums disponibles chez nos collaborateurs). Cette comparaison a pour but de s’assurer de l’absence d’anticorps anti-molécule cible chez les cochons traités. L’homologie d’espèce entre les animaux ayant permis la production d’anticorps et les animaux ayant suivi la thérapie permet d’utiliser les mêmes réactifs dans le dosage, garantissant ainsi la spécificité des résultats obtenus. Nous utiliserons des cochettes en phase de croissance, soit des jeunes femelles de 60-70kg environ (au début de l’expérimentation). Ce stade de développement assure une bonne aptitude à la réponse immunitaire ainsi qu’une taille adaptée pour pouvoir recueillir un volume de sang, et donc d’anticorps, important et en adéquation avec leur utilisation ultérieure.