
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 05/05/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-241593)
18 porcs vont être utilisés, opérés sous anesthésie générale et tués avant tout réveil. Chaque animal subit un clampage des deux pédicules rénaux pendant trois heures pour provoquer une insuffisance rénale, puis une séance d’hémodialyse de deux heures avec prélèvements sanguins, pour tester une méthode censée mieux éliminer les toxines urémiques. Le porteur justifie l’absence de réveil par l’impossibilité de prendre en charge l’insuffisance rénale induite, et indique avoir déjà validé le concept in vitro sur du sang de bœuf d’abattoir. Le projet, adossé à un brevet en cours, vise une hémodialyse plus efficace et moins coûteuse avant un éventuel essai clinique.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’insuffisance rénale chronique terminale concerne en France plus de 90 000 patients et nécessite pour assurer leur survie le recours à la dialyse ou à la transplantation. Les toxines urémiques sont des « déchets » qui n’étant plus éliminés par les reins s’accumulent chez les patients insuffisants rénaux et sont responsables de nombreux effets délétères. Certaines toxines sont très mal éliminées par les techniques actuelles d’hémodialyse. Nous avons développé une nouvelle procédure d’hémodialyse plus efficace pour éliminer ces toxines urémiques (brevet en cours de rédaction) et souhaitons tester ce protocole sur des modèles animaux (porcs) dans des conditions proches de la clinique. Nous espérons ainsi produire de solides données pré-cliniques (tant sur l’efficacité que sur la sécurité de cette nouvelle approche) nous permettant d’envisager rapidement la mise en œuvre d’une étude clinique pilote sur des patients hémodialysés. Nous sommes persuadés que la meilleure élimination de ces toxines urémiques lors des séances d’hémodialyse permettra de diminuer considérablement les complications (notamment cardio-vasculaires) et la mortalité chez les patients hémodialysés.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Nous souhaitons développer une nouvelle procédure d’hémodialyse qui soit 1) à la fois économiquement responsable (cout limité) car la prise en charge en hémodialyse représente déjà une charge importante pour nos systèmes de santé (89k€ par patient par an). 2) qui soit très facilement mis en œuvre dans tous les centres de dialyse sans nécessité de modification importante du matériel d’hémodialyse. Cette étude vise donc à tester la perfusion de composés innovants qui permettraient d’améliorer l’efficacité de la séance d’hémodialyse. Nous avons déjà réalisé un démonstrateur in vitro et souhaitons désormais mieux documenter leur efficacité dans une étude pré-clinique envisagée comme prémisse à une étude clinique pilote sur patients hémodialysés. Cette étude préclinique sur gros animal nous permettra de démontrer l’efficacité et d’évaluer la sécurité et la bonne tolérance de notre protocole avant d’entreprendre l’étude clinique.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
La procédure dure environ 4h30 pour chaque animal (15 min de préparation (pré-anesthésie -induction de l’anesthésie), 1h15 de chirurgie, 2h d’hémodialyse et 1h de suivi post hémodialyse). L’animal sera anesthésié et une analgésie préventive par infusion continue d’un morphinique sera mise en place. Durant cette anesthésie, le porc subira une séance d’hémodialyse de deux heures au cours de laquelle des prélèvements de sang seront réalisés (représentant au total moins de 2% du volume sanguin total de l’animal). L’animal sera euthanasié par injection létale a l’issue de l’expérimentation sans que ce dernier ne soit réveillé afin d’éviter toute détresse ou toute douleur. Chaque animal ne subira qu’une seule procédure expérimentale.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Il s’agit d’un protocole expérimental sans réveil de l’animal qui sera maintenu sous anesthésie générale profonde et analgésie préventive tout au long de l’expérimentation. L’animal sera mis à mort par injection létale a l’issue de la procédure sans que ce dernier ne soit réveillé afin d’éviter toute détresse ou toute douleur. Un monitoring physiologique complet sera réalisé en continu durant le protocole afin de garantir la sécurité de l’animal et le bon déroulement de la procédure. Les éventuelles complications attendues sont les mêmes que celle observées lors d’une séance d’hémodialyse chez l’homme, à savoir de possibles chutes de tension artérielle et la formation de caillots (thromboses) dans les cathéters. Ces complications sont non létales pour l’animal et ne sont pas génératrices de souffrance mais susceptibles d’être à l’origine d’un arrêt prématuré de la procédure pour l’animal considéré. La tension artérielle étant monitorée en continue, les chutes de tension pourront être traité par un remplissage vasculaire (mise en place d’une perfusion). La formation de thromboses dans les lignes d’hémodialyse sera quant à elle prévenue par une administration préventive d’un anticoagulant à tous les animaux au besoin complétée par une seconde administration pendant la séance de dialyse.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort sans réveil à l’issue de la séance d’hémodialyse afin d’éviter toute douleur ou toute détresse. A l’issue de l’expérimentation, le porc sera euthanasié sous anesthésie générale. Outre les abords chirurgicaux susceptibles d’être à l’origine de douleurs post-opératoires, les animaux auront subi pendant 3h un clampage bilatéral des pédicules rénaux et ils développeraient une insuffisance rénale aigue s’ils étaient maintenus en vie. Cette insuffisance rénale aigue ne pourrait être prise en charge et menacerait leur survie. Il est donc plus éthique d’euthanasier les animaux avant leur réveil.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’évaluation et les preuves de concept ont été réalisées in vitro sans nécessiter l’utilisation d’animaux. En effet, l’effet de notre nouvelle procédure a été testée sur de larges volume de sang de bœuf (issus d’abattoirs) en utilisant des machines d’hémodialyse et du matériel utilisés en clinique. Nous avons ainsi pu démontrer la grande efficacité de notre procédure mais la limite de ces expériences in vitro est que nous travaillons sur un modèle simplifié qui ne reproduit qu’imparfaitement la distribution des toxines dans l’organisme. II nous est en outre impossible in vitro d’en vérifier la sécurité d’emploi et la bonne tolérance de notre procédure.
2. Réduction
Les expériences préliminaires réalisées dans des conditions aussi proches que possible de la clinique nous ont permis de valider l’approche et de calculer précisément le nombre d’animaux nécessaires pour garantir une bonne puissance statistique. La bonne efficacité nous permet de n’utiliser qu’un nombre limité d’animaux (6 par groupes) tout en bénéficiant d’une excellente puissance statistique (>90%). Il sera en outre possible de collecter certains tissus du porc post mortem (flancs, oreilles, vessie…) pour permettre à d’autres laboratoires de réaliser des tests cutanés (flancs et oreilles) et/ou de réaliser des tests de nébulisation sur les vessies. A l’issue du protocole, du sang sera également prélevé avant et après hémodialyse afin de permettre à une équipe de cancérologie de réaliser une autre étude.
3. Raffinement
Nous avons choisi de ne pas induire d’insuffisance rénale chez le porc préalablement à notre procédure afin de limiter le nombre de procédures que subira chaque animal. Ainsi une insuffisance rénale sera induite sous anesthésie générale juste avant la mise en œuvre de l’hémodialyse. La mise en place d’un cathéter double sur la veine jugulaire limite le nombre d’abords vasculaires à mettre en place en permettant de connecter sur un seul et même cathéter la ligne artérielle (flux entrant) et la ligne veineuse (flux sortant) de la machine d’hémodialyse. Nous avons veillé à l’optimisation du protocole anesthésique et analgésique avec une anesthésie gazeuse au sévoflurane complétée par une infusion continue de morphinique afin de prévenir toute douleur. Pas de réveil de l’animal à l’issue du protocole afin de prévenir toute souffrance. L’euthanasie sera réalisée avant la fin de l’anesthésie générale. Mise en œuvre d’une équipe pluridisciplinaire : Spécialistes en chirurgie du porc, gestion de l’hémodialyse par un néphrologue qualifié et mise à disposition d’un technicien d’hémodialyse par la société fournissant la machine d’hémodialyse. Trois points limites ont été identifiés (hypotension sévère et incontrôlable pendant l’hémodialyse, coagulation massive dans les lignes d’hémodialyse et hyperthermie maligne) et s’ils sont rencontrés, la procédure sera interrompue et l’animal sera euthanasié.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
L’utilisation du porc, animal de taille assez comparable à l’homme, nous permet de valider notre méthode dans des conditions aussi proche que possible de la clinique. Nous ne souhaitons utiliser que du matériel clinique (parmi lequel les générateurs d’hémodialyse) afin de valider en condition aussi proche que possible de la réalité clinique. L’utilisation de machine d’hémodialyse clinique impose des débits sanguins (>100 ml/min) et de dialysat minimums (200 mL/min) et un volume extra-corporel (env. 60 mL) qui ne sont compatibles qu’avec un animal de grande taille tel porcs. Le volume sanguin d’un porc de 35-40kg (volume sanguin de 65mL/kg soit 2,2 L) est ainsi parfaitement compatible avec l’usage des machines d’hémodialyse. Les voies d’abords (veineuses) nécessitent la pose d’un cathéter double lumière qui ne peut se faire facilement chez le petit animal (rongeur ou lagomorphe) ou nécessiterait de multiplier les abords chirurgicaux afin de poser différentes voies (plusieurs veines ou artères). Le porc présente une bonne accessibilité et permet par sa taille et la facilité d’abord la pose d’un cathéter double par voie jugulaire. L’utilisation du porc nous permet de valider notre méthode dans des conditions aussi proche que possible de la clinique et d’envisager une translation rapide à la clinique. Nous utiliserons des porcelets d’environ trois mois ayant un poids compris entre 30 et 40 kg. Nos installations et notre matériel ne sont pas adaptés à des animaux de plus de 50 kg, et de ce fait, augmenteraient les difficultés d’expérimentations, tant du point de vue de la manipulation de l’animal que de la gestion de l’anesthésie. Enfin le volume sanguin de ces animaux est suffisamment important compte tenu du volume extracorporel de sang dans la machine d’hémodialyse (ligne veineuse et artérielle et membrane de dialyse) et du débit de sang nécessaire à l’hémodialyse (>100 mL/min). En outre, la surface de la membrane de dialyse doit être proportionnelle à la surface corporelle. Les plus petites membranes de dialyse disponible en clinique humaine ont une surface d’environ 1 mètre carré. La surface corporelle d’un porc de 35-40kg est de 0.9 mètres carrés ce qui serait compatible avec l’utilisation de telles membranes d’hémodialyse.