
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 06/06/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-336552)
664 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère. Elles subissent un conditionnement chimique par hydroxyurée ou busulfan, une greffe de cellules humaines de myélome par voie intra-fémorale ou intraveineuse, puis quatre semaines de traitements par gavage quotidien et injections, avec prélèvements sanguins hebdomadaires et imagerie sous anesthésie, pour tester des molécules ciblant la protéine PIM2. Le porteur décrit un suivi du développement tumoral jusqu’à l’apparition de signes comme la perte de poids et la léthargie, sans détailler de test comportemental. Sur le remplacement, il affirme que le microenvironnement tumoral ne peut être reproduit in vitro et conclut au caractère « indispensable » du recours à la souris, les retombées pour les patients restant au conditionnel.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le myélome multiple (MM) est un cancer du sang (hémopathies) parmi les plus fréquents, en deuxième position après les lymphomes. Il représente 1% de la totalité des cancers et environ 10% des hémopathies. Malgré l’apparition de nouveaux traitements, le MM reste aujourd’hui une maladie incurable avec une médiane de survie moyenne à 6 ans (Rapport InVS 2018). Des travaux ont montré que la surexpression de la proteine PIM2 dans les cellules tumorales du MM était associée à une maladie plus agressive et à une survie réduite pour les patients. Le ciblage thérapeutique de la protéine PIM2 ouvre donc de nouvelles perspectives thérapeutiques dans cette maladie. Des tests in vitro ont été réalisés au sein du laboratoire montrant l’efficacité de molécules pour inhiber la protéine PIM2 dans les cellules de MM et induire la mort des cellules. L’expérimentation animale est cependant rendue indispensable du fait de l’impossibilité de reproduire le microenvironnement tumoral in vitro et de mener ce type d’exploration directement chez l’Homme. Notre projet a pour objectif d’utiliser un modèle murin de xénogreffe de lignées de MM pour tester différentes molécules ciblant la protéine PIM2. Les traitements que nous voulons tester sont d’une part des inhibiteurs chimiques de la protéine PIM2 (utilisés seuls ou en association avec d’autres inhibiteurs) et, d’autre part, une thérapie de type ARN qui inhibe le gène PIM2. Globalement, ce projet consiste à implanter, chez des souris immunodéprimées, des cellules de lignées de myélome multiple (MM) humaines dans le but de pouvoir étudier la progression tumorale après injection de molécules à visée thérapeutique dans le MM.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet a pour but d’établir de nouveaux modèles murins de myélome pertinents pour reproduire la pathologie humaine et pour tester de nouvelles thérapeutiques dans le MM. La première étape permettra de déterminer les meilleures conditions d’implantation des cellules de MM chez une souris immunodéficiente avec une prise de greffe permettant un développement tumoral durable, et la deuxième étape caractérisera précisement la progression et dissémination tumorale dans les conditions définies comme optimales à l’étape 1. Enfin, grâce à ces étapes d’optimisation, nous pourrons évaluer à l’étape 3, l’impact de traitement inhibant la protéine PIM2 sur la progression tumorale. Nous testerons deux nouvelles possibilités de traitement ciblant cette protéine, soit au moyen d’association d’inhibiteurs chimiques, soit au moyen d’une thérapie ARN originale, toutes deux jamais testés à ce jour dans le MM. Ces stratégies thérapeutiques pourraient trouver leur place dans la prise en charge des patients atteints de MM.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Pour obtenir des modèles murins fiables et robustes des myélomes humains, les souris devront recevoir un conditionnement unique par traitement chimique par hydroxyurée ou busulfan (20 sec par voie intrapéritonéale) puis une greffe unique de cellules tumorales humaines par voie intra-fémorale (5 minutes) ou à défaut, dans le sang par voie intraveineuse en rétro-orbital (20 sec) ou caudal (1 minutes). Les traitements évalués seront administrés sur une durée totale de 4 semaines selon des protocoles différents. L’une des molécules (les anti-MCL1) sera administrée 1 fois par semaine par voie intraveineuse en rétro-orbital (20 sec) ; l’autre molécule (les inhibiteurs de PIM) sera administrée quotidiennement par gavage (30 sec). Enfin dans le cadre du suivi de ces animaux greffés, des prélèvements de sang hebdomadaires en submandibulaire (1 minutes) à partir de la 2eme semaine post-greffe seront réalisés ainsi que des analyses par imagerie bioluminescence, méthode non invasive réalisée après injection intrapéritonéale du substrat (20 sec) dès l’étape 2, au plus tôt une semaine après la greffe et au maximum une fois par semaine.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Le maintien de ces souris en hébergement protégé permettra de prévenir tous les risques d’infection. Egalement le développement tumoral peut engendrer un affaiblissement de l’animal, c’est pourquoi les souris expérimentées seront observées très régulièrement pour détecter l’apparition de signes de myélome (perte de poids, léthargie, dos courbé…).
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A l’issue de toutes nos expérimentations (une fois toutes les procédures cumulées réalisés sur les animaux), tous les animaux seront mis à mort afin de récupérer les organes d’intérêt pour mener nos investigations en terme de dissémination et infiltration tumorale chez l’animal.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le projet est basé sur des études préliminaires in vitro ayant démontrées l’efficacité de nos différentes molécules (inhibiteurs chimiques et oligonucléotide) pour induire la mort des cellules de MM (cellules de lignées de MM et cellules primaires de patients atteints de MM). Le microenvironnement tumoral ne peut être reproduit in vitro du fait de sa complexité, de nombreux acteurs impliqués dans le développement tumoral et la résistance aux traitements. Il est par ailleurs impossible de conduire ce type d’expérimentation chez l’Homme rendant indispensable le recours à des modèles murins.
2. Réduction
Afin de réduire le nombre d’animaux nécessaires, les expérimentations ont été mises en place de manière à utiliser le moins de souris possible tout en extrayant le plus d’informations, notamment en utilisant plusieurs organes (moelle osseuse, rate et sang) pour réaliser les différentes analyses sur un même animal. Aussi, avant de mener les expérimentations à visée thérapeutique nécessitant des lots d’animaux importants (10 animaux par lots), les choix des conditions expérimentales seront étudiés en amont sur des lots réduits mais suffisants (6 animaux par lots) afin de trouver la technique la plus optimale en termes de prise de greffe : choix du type de souris (NSG, RagGC ou BRGS), du type de conditionnement (hydroxyurée, busulfan ou irradiation) et enfin du type d’injection (intra-veineuse ou intra-fémorale). Des combinaisons de conditions vont être testées successivement à l’étape 1 (en commençant par les plus relevantes au regard de notre expérience) et si une s’avère pertinente et validée, nous ne testerons pas les autres. Les tailles des groupes de souris sont choisies de façon à permettre une interprétation des données statistiquement valides, que l’expérimentation soit donc réalisée de façon productive et sans nécessiter d’avoir à refaire ces tests. Les statistiques seront réalisées à l’aide de tests non paramétriques car la normalité de la loi sur la population considérée n’est pas certaine. Pour les échantillons indépendants, le test de Mann-Whitney sera appliqué. Pour les échantillons appariés, le test de Wilcoxon sera utilisé. Pour les comparaisons de plus de 2 groupes, les tests non-paramétriques de Kruskal-Wallis (pour les échantillons indépendants) ou de Friedman (pour les échantillons appariés) seront utilisés avec le test de comparaison multiple de Dunn pour comparer chaque groupe par rapport à un groupe contrôle.
3. Raffinement
Afin de raffiner les conditions de vie des animaux, un suivi régulier et adapté des souris a été instauré afin de soulager voire supprimer l’inconfort, mais aussi la détresse ou l’angoisse qu’ils pourraient éprouver. Pour cela des soins pré-, per- et post-opératoires adéquats seront réalisés. Les interventions de chirurgie sont réalisées sous anesthésie générale et des traitements analgésiques seront systématiquement utilisés pour prévenir toute douleur. Les animaux seront hébergés en groupes sociaux dans des conditions adaptées et bénéficient d’un enrichissement adapté, à savoir des locaux confinés, des portoirs ventilés, de l’eau et de la nourriture ad libitum, ainsi qu’un maximum de 5 animaux/cage (aucun animal ne sera maintenu seul dans sa cage). La technique de suivi non-invasif par imagerie bioluminescente nous permettra de réaliser une caractérisation en cinétique de nos modèles de façon non douloureuse tout en réduisant le nombre d’animaux nécessaire à une caractérisation en cinétique. Aussi, un suivi strict sera établi afin de détecter toute souffrance animale potentielle avec une surveillance quotidienne de l’état général des animaux (posture et comportement) réalisé par le personnel de l’établissement et une surveillance bihebdomadaire de l’état de santé (suivi du poids et score de grimace) réalisé par le responsable du projet.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Seul un modèle à l’échelle d’un organisme vivant peut reproduire la complexité des interactions entre les cellules tumorales et les cellules du microenvironnement et permet d’être au plus près de l’effet obtenu chez l’homme lors du test de nouvelles thérapeutiques. Les souris sont de bons modèles d’étude, notamment pour évaluer l’efficacité de traitements anti-tumoraux, de par leurs facilitées d’entretien, de stabulation, de manipulation, et leur similitudes physiologiques avec l’espèce humaine. Le développement de xénogreffes de tumeurs humaines chez la souris nécessite l’utilisation de souris sévèrement immunodéprimées pour permettre la prise tumorale. Plusieurs lignées murines sont parfaitement adaptées à ce type de greffes, notamment les RagGC (RAG2-/- IL2 gammaC-/-), les NSG (NOD SCID IL2gammaC-/-) ainsi que les BRGS (BALB/c RAG2-/- IL2gammaC-/- SIRPA.NOD) que nous testerons à l’étape 1. L’espèce avec laquelle nous obtenons la meilleure prise de greffe sera alors utilisée pour l’ensemble des expérimentations aux étapes 2 et 3. L’expérimentation sera commencée sur des animaux à partir de 6 semaines jusqu’à 5 mois de vie. La durée de l’expérimentation chez ces animaux n’excèdera pas 12 mois.