
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 22/06/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-546048)
1 069 souris vont être utilisées, la plupart tuées à l’issue et une vingtaine réutilisées dans d’autres projets, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance majoritairement sévère, 785 souris étant classées à ce niveau. Elles subissent une lésion chirurgicale de la moelle épinière par hémisection ou contusion, des injections de traceurs neuronaux et des tests moteurs sur une échelle horizontale et en libre déplacement, certaines recevant en plus une stimulation magnétique répétée sous anesthésie. Le porteur indique que la lésion provoque une paralysie et une perte d’appui des membres postérieurs du côté lésé, effet qu’il qualifie d’inhérent au modèle. Les retombées annoncées pour les personnes paralysées, des thérapies ciblées, restent formulées comme un espoir à terme.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Ce projet a pour objectif de comprendre comment la moelle épinière peut se réparer après une blessure grave à la colonne vertébrale. Une blessure à la moelle épinière peut entrainer une perte totale ou partielle des fonctions motrices et sensorielles en-dessous de la blessure, ce qui peut inclure la perte de capacité de marcher. Malheureusement, il n’existe actuellement aucun traitement curatif pour cette condition. La raison de ces pertes est que les voies de communication entre le cerveau et la moelle épinière, appelées voies descendantes, sont endommagées ou affaiblies. Cependant, les circuits de la moelle épinière situés en dessous de la blessure conservent souvent une grande partie de leur fonctionnalité, même après la blessure. Une piste prometteuse consiste donc à encourager la repousse des voies neurales descendantes pour rétablir le contrôle moteur de la moelle épinière. Cependant, il existe de nombreuses voies neurales descendantes, et elles ne sont pas toutes équivalentes en termes de fonctionnalité. De plus, certaines voies pourraient être plus aptes que d’autres à se régénérer. Il est donc important d’étudier la capacité de repousse de chaque voie neurale descendante et d’évaluer comment cela peut améliorer les capacités motrices. Récemment, des chercheurs ont identifié différentes voies neurales descendantes qui jouent un rôle crucial dans le contrôle des mouvements des membres supérieurs chez la souris. Ces voies ont leur origine dans le tronc cérébral et se distinguent par leur fonction et leur composition moléculaire. D’autre part, des études ont montré les bienfaits d’une stimulation magnétique trans-spinale répétée (rTSMS). Cette méthode non invasive, qui peut être appliquée chez l’homme, améliore la motricité après une blessure expérimentale de la moelle épinière et pourrait favoriser la repousse des axones (les prolongements des cellules nerveuses). Sur la base de ces découvertes, ce projet a les objectifs suivants : 1. Etudier anatomiquement la capacité des voies neuronales descendantes du tronc cérébral à survivre et à se régénérer spontanément après une blessure expérimentale de la moelle épinière. 2. Examiner la possibilité que la rTSMS puisse favoriser la repousse et la survie des voies neurales descendantes, ou certaines d’entre elles. 3. Evaluer la contribution fonctionnelle de chaque voie neurale descendante à l’amélioration des capacités motrices induites par la rTSMS.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les lésions de la moelle épinière sont un problème de santé publique majeur, avec plus de 180 000 nouveaux cas chaque année, et malheureusement, il n’existe actuellement aucun remède. C’est pourquoi il est essentiel de mener des expérimentations animales afin de mieux comprendre les mécanismes impliqués et d’évaluer l’efficacité de différentes méthodes thérapeutiques. Ce projet a pour objectif d’identifier les populations de neurones pour lesquelles favoriser la connectivité avec les zones situées sous la lésion permet une certaine récupération de la motricité. Nous nous concentrons sur une voie nerveuse spécifique, qui est la plus ancienne du point de vue de l’évolution et donc la plus conservée entre les espèces. Nos résultats obtenus chez la souris nous permettront ensuite de rechercher des cellules similaires chez l’homme et d’étudier leur altération chez les patients atteints de lésions médullaires. À terme, nous espérons pouvoir adapter des thérapies ciblées aux neurones dont nous aurons démontré la fonctionnalité et la capacité de plasticité. Par ailleurs, la méthode de stimulation magnétique que nous utilisons pour favoriser la récupération est non invasive et indolore, ce qui la rend applicable à l’homme. La stimulation magnétique transcrânienne est déjà utilisée dans le traitement de certaines maladies neurodégénératives, et des essais de stimulation trans-spinale sont en cours. Cependant, les mécanismes directement impactés par ce type de stimulation ne sont pas encore entièrement connus. C’est pourquoi il est essentiel de caractériser, chez la souris, les changements dans l’organisation des circuits nerveux induits par la stimulation magnétique trans-spinale, afin de mieux adapter cette technique à une utilisation chez l’homme. En résumé, ce projet vise à améliorer notre compréhension des mécanismes de récupération après une lésion de la moelle épinière en identifiant les neurones clés et en évaluant l’efficacité d’une stimulation magnétique non invasive. Les résultats de cette recherche pourraient permettre de développer des thérapies ciblées pour les patients atteints de lésions médullaires, améliorant ainsi leur qualité de vie.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Des tests de comportements moteurs seront réalisés chez tous les animaux. Ils recevront au préalable une injection d’un ligand pharmacologique ou d’une solution contrôle. Puis, ils seront placés dans une enceinte dans laquelle ils pourront se déplacer librement ou sur une échelle horizontale. Ces animaux referont ces tests une deuxième fois environ 15 jours après les premiers tests. Selon les groupes d’animaux, certains le referont une troisième fois 20 ou 65 jours après les premiers tests. La quasi-totalité des animaux recevront une injection de traceur de neurones au niveau de la moelle épinière et/ou dans le tronc cérébral lors d’une procédure chirurgicale. La plupart d’entre eux auront la moelle épinière lésée par hémi-section ou par contusion lors de cette même procédure chirurgicale. Certains groupes d’animaux recevront une stimulation magnétique trans-spinale répétée, ce qui est une procédure sans douleur pour l’animal, réalisée sous anesthésie pour que l’animal reste immobile, pendant une durée maximale de 15 minutes. Cette stimulation sera répétée pendant 14 jours successifs.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les tests de comportement moteur décrits dans ce projet sont des tests réalisés en routine dans notre laboratoire, nous savons qu’ils n’auront pas d’effets indésirable. Il en est de même pour les injections de traceurs neuronaux. Le modèle de lésion par hémi-section est connu chez différentes espèces dont la souris pour engendrer des déficits moteurs – c’est inhérent au modèle, puisque le but de ces recherches est de tenter de compenser ces déficits. En particulier, les animaux présenteront, de manière transitoire, une mobilité réduite causée par une paralysie complète et une perte de capacité portante des membres postérieurs du côté lésé. Nous optimiserons la méthode de lésion pour que les déficits moteurs soient parfaitement latéralisés.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux qui n’auront pas reçu d’injections de traceurs neuronaux ni de lésions médullaires seront utilisés dans d’autres projets. Les autres animaux seront mis à mort en vue du prélèvement du cerveau et de la moelle épinières pour les études neuroanatomiques prévues dans notre projet.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le but de cette étude est de caractériser finement la repousse axonale à la suite d’une lésion de la moelle épinière, étudier les changements d’organisation des voies axonales au sein de l’ensemble de la moelle épinière et de corréler cette plasticité à la récupération fonctionnelle. A ce jour, aucune alternative non animale n’est disponible pour ces questions. En effet, même si les bases neurales de l’activité locomotrices ont beaucoup progressé, et sont encore étudiées, sur des préparations in vitro (tronc cérébral et moelle épinière attachées), ces préparations ne sont pas adaptées à l’étude d’une lésion et de la plasticité neuronale qui en découle. En effet, ces préparations ne peuvent être maintenues actives que quelques heures au mieux, ce qui ne permet pas l’étude des changements d’activité neuronale et de connectivité qui s’installent dès les premiers jours après la lésion et qui continuent à s’opérer plusieurs semaines après. L’enjeu de ce projet est en d’étudier la corrélation entre plasticité anatomique et autonomie motrice, qui est le critère à restaurer chez les sujets humains. La motricité, donc l’exécution d’un mouvement bien donné, et dont l’efficacité est quantifiable et mesurable, ne peut être étudié que sur l’animal adulte et intègre. Enfin, des modèles computationnels existent et sont utilisés par certains laboratoires. Nous avons nous-même un projet sur la modélisation des réseaux locomoteurs, mais dans un contexte sain. Ces modèles sont intégralement construits sur des moelles épinières intactes, et les conséquences anatomiques et fonctionnelles des lésions médullaires ne peuvent pas être simulées.
2. Réduction
Nous ferons une double utilisation de la plupart des animaux (étude fonctionnelle et anatomique). L’étude anatomique reposera sur des observations de neurones et leurs quantifications par animal, puis moyennées entre animaux. L’étude fonctionnelle reposera sur des comparaisons de mobilité et d’intégrité des mouvements entre animaux lésés et non lésés, et entre animaux lésés ayant ou non subi un traitement par stimulation trans-spinale. Par expérience, nous estimons que 10 animaux par groupe seront nécessaires par type de comparaison afin des résultats significatifs.
3. Raffinement
Toutes les expériences invasives seront réalisées sous anesthésie générale, combinées à un traitement analgésique. Après une chirurgie, les animaux seront transférés dans une chambre chauffante ventilée, conçue spécialement pour le réveil post-opératoire, et ce jusqu’au réveil complet. Ils retourneront ensuite dans leur cage d’origine afin d’éviter un stress lié à l’isolement. Ils seront soumis à un suivi post-opératoire quotidien pendant 7 jours pendant l’expérimentateur suivants la chirurgie. Nous contrôlerons le poids, l’aspect général (respiration, pelage, propreté de la zone anogénitale, déplacement, sutures), le comportement dans la cage et pendant les manipulations. Si les animaux montrent des signes de douleur, ils recevront un traitement adapté. Hors suivi post-opératoire, les animaux seront suivis quotidiennement par les personnels de l’animalerie.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La compréhension des bases neurales de la locomotion, de son contrôle par le tronc cérébral en condition sain ou lésé chez l’humain nécessite le recours à un modèle animal mammifère. La petite taille, la facilité d’élevage et la vitesse de reproduction de la souris a fait de cette espèce un modèle de choix pour les expériences de génétique depuis plus d’un siècle. Surtout, c’est actuellement le seul mammifère permettant un accès facile à la modification des gènes par la technologie du génie génétique sur cellules souches. De nombreuses lignées génétiquement modifiées sont donc disponibles chez cette espèce. Dans le cadre de ce projet, ces lignées génétiquement modifiées, qui ne présentent pas en elles-mêmes de phénotype dommageable, permettent de marquer par un traceur une seule population de neurones descendants. C’est la seule manière d’étudier une population neuronale de manière isolée. De plus, l’anatomie du cerveau et de la moelle épinière de la souris est très bien cartographiée. L’étude ne comporte pas d’aspects liés au développement. Les animaux utilisés seront adultes, âgés de 1mois et demi à 6 mois.