
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2023-06-29 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-273099)
8 chiens vont être utilisés dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger à modéré. Ils subissent trois anesthésies générales avec des injections dans sept sites musculaires puis des biopsies, et huit prélèvements sanguins vigiles, pour tester une thérapie génique visant à réduire l’expression de DNM2 dans les myopathies centronucléaires. Ces chiens porteurs d’une mutation spontanée ne seront pas tués à l’issue mais réutilisés dans d’autres procédures, en concertation avec le vétérinaire. Le porteur décrit le chien comme la « seule espèce disponible » reproduisant la mutation humaine et renvoie les retombées pour les patients à un éventuel essai ultérieur sur de jeunes chiens.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les myopathies centronucléaires (CNM) sont un groupe de maladies humaines rares, liées à des mutations dans différents gènes mais ayant en commun des lésions du muscle typiques, une faiblesse musculaire et une perte de masse musculaire. Parmi les gènes en cause, celui codant pour la dynamine 2 (DNM2) subit des mutations qui rendent la protéine qu’il code plus active. Récemment, il a été démontré sur des modèles in vitro et dans des modèles murins, que la diminution de l’expression de DNM2 permet d’apporter un bénéfice thérapeutique très important, non seulement dans le cas de la myopathie centronucléaire liée à DNM2, mais aussi dans des myopathies centronucléaires liées à d’autres gènes, même la forme la plus sévère. Cette approche pourrait donc constituer une thérapie génique commune pour tout ce groupe de maladies rares, offrant une solution thérapeutique plus réaliste de mise en œuvre qu’une thérapie gène par gène, qui signifie parfois famille par famille. Il y a quelques années, un cas de CNM a été décrit chez un chien Border Collie de compagnie, dont la mutation causale se trouve dans le gène DNM2 et est identique à la mutation la plus fréquemment diagnostiquée chez les patients humains atteints d’une myopathie centronucléaire liée à DNM2. De par l’intérêt potentiel de cette mutation canine, et dans l’optique d’un essai de thérapie génique à haut potentiel de translation chez le patient humain, du sperme de ce chien a été congelé, à partir duquel une première portée a été générée, qui a permis de valider le fait que cette mutation était bien responsable d’une CNM chez tous les animaux porteurs. Chez les 4 animaux porteurs, une myopathie peu invalidante, lentement évolutive a été caractérisée. En parallèle, une approche de thérapie génique innovante permettant de réduire les niveaux de DNM2 a été mise au point et validée in vitro sur des cellules issues des 4 animaux porteurs. Ce projet a pour objectif de réaliser une première validation in vivo de cette approche thérapeutique, via des injections locales (intramusculaires) avant d’envisager des administrations systémiques sur de jeunes animaux.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet vise à fournir une première évaluation de l’efficacité in vivo d’une approche de thérapie génique validée in vitro. Si l’efficacité est démontrée suite à ces injections locales (diminution de l’expression de DNM2 et amélioration de l’état du muscle), l’association la plus efficace sera testée dans un essai sur de jeunes chiens traités par voie générale, afin d’évaluer la capacité de ce traitement à stopper l’évolution de la maladie.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les chiens seront soumis à : – 3 anesthésies générales au cours desquels ils subiront des injections intra-musculaires (7 sites d’injection), puis des biopsies musculaires (durée de chaque intervention : 2 heures) – 8 prélèvement sanguins, vigiles. Durée 1 minute.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les nuisances attendues sur les animaux en lien avec le projet sont les suivantes : – Anesthésies générales répétées (nuisance modérée). – Abords chirurgicaux musculaires répétés, et risques de complications post-opératoires associées (même si très peu probables : infection du site opératoire, sutures qui ne tiennent pas, collection liquidienne sous-cutanée, hématome). – Confinement en zone d’hébergement spécifique (obligatoire suite à injection de vecteur viral) entraînant un arrêt durant une semaine des sorties quotidiennes dans les cours de détente.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux concernés étant des animaux malades, ils ne pourront pas être replacés. Leur réutilisation sera envisagée, en concertation avec le vétérinaire en charge de l’animalerie.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les produits de thérapie génique testés dans ce projet ont fait au préalable l’objet d’une validation in vitro. Leur efficacité doit dorénavant être testée in vivo dans un muscle mature afin de déterminer si l’efficacité observée in vitro peut être reproduite in vivo, permettant alors d’envisager un traitement par voie générale.
2. Réduction
Le nombre d’animaux inclus dans le projet a été réduit au minimum nécessaire pour démontrer une efficacité de la thérapie génique au niveau de celle observée in vitro, et avec la même variabilité.
3. Raffinement
Les procédures chirurgicales mises en oeuvre seront réalisées sous anesthésie générale, et acompagnées d’une analgésie adaptée (morphiniques). Un soin important sera apporté aux gestes chirurgicaux afin d’éviter toute complication post-opératoire. Malgré cela, les plaies seront inspectées quotidiennement afin de détecter d’éventuelles complications le plus précocement possible. Des points limites adaptés à ces possibles complications ont été établis, permettant leur prise en charge rapide. Sur le plan de l’hébergement, les chiens sont hébergés en petits groupes sociaux compatibles, sur litière, et ont à leur disposition des plateformes, lieux de couchage et jouets. Ils bénéficient d’interactions quotidiennes avec l’Homme et de sorties quotidiennes 7j/7 en groupes plus larges, à l’exception de la semaine d’hébergement en zone confinée de niveau 2 suite aux injections du vecteur viral de thérapie génique. En compensation, du temps supplémentaire sera consacré par les zootechniciens pour des interactions avec les chiens durant cette période.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le chien est la seule espèce disponible actuellement présentant spontanément la mutation dans le gène DNM2 la plus fréquemment rencontrée chez les patients atteints de myopathie centronucléaire liée à DNM2, et reproduisant le phénotype des patients atteints par cette maladie. Par ailleurs, des modèles canins spontanés de plusieurs autres CNM sont disponibles et l’un d’entre eux a récemment permis de motiver l’initation d’un essai clinique de thérapie génique. Si la stratégie de réduction de DNM2 par l’approche de thérapie génique testée ici s’avère effiace dans le modèle canin DNM2, elle pourra donc être élargie à d’autres modèles canins de CNM pour fournir une preuve de concept pré-clinique robuste permettant de poser les jalons d’un essai clinique chez les patients atteints de CNMs. Les animaux seront des adultes d’âge moyen (5 ans), car il s’agit d’animaux disponibles, dont l’état clinique est stable et compatible avec la mise en oeuvre de ce projet.