
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2023-07-26 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-013677)
270 poules pondeuses vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger, puis renvoyées dans l’élevage et vendues à des éleveurs ou des particuliers en fin de projet. Tous les deux mois et demi, elles reçoivent une anesthésie générale par injection intramusculaire suivie d’une radiographie du bréchet, l’injection pouvant être douloureuse et l’anesthésie comportant un risque d’accident. Le projet développe un outil d’analyse d’image pour détecter les fractures du bréchet, fréquentes en élevage en volière, et étudie le lien entre ces fractures et la douleur. Le porteur présente la volière comme favorable au bien-être des poules tout en reconnaissant qu’elle augmente le risque de fractures par collision.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La transition des systèmes d’élevages s’accélère en France car la plupart des acteurs de l’aval (distributeurs, grandes enseignes de l’agroalimentaire, restauration hors domicile, chaines hôtelières, etc.) ont pris l’engagement de ne plus s’approvisionner en œufs de code 3 d’ici 2025 : 20,4 millions de poules pondeuses en cage passeront en systèmes alternatifs dans les prochaines années. La principale alternative au système cage est la volière (choix fait en Allemagne et aux Pays Bas dans le courant des années 2000). Elle optimise le nombre d’animaux en élevage tout en offrant aux poules la capacité de se déplacer librement, y compris dans une dimension verticale (perchoirs et plateformes). Le libre déplacement permet aux poules d’exprimer leurs comportements naturels propices à leur bien-être tels que les bains de poussière, l’exploration de l’environnement, les battements d’aile, etc. Toutefois, un certain nombre de publications scientifiques soulignent un risque accru de fractures et de déviations du bréchet du fait des collisions avec les équipements suite aux vols au sein de volière, dont la hauteur peut dépasser les 2,5 mètres. Certains vols sont suivis de chutes occasionnant des fractures du bréchet douloureuses. Les déviations du bréchet sont associées aux perchoirs (forme et matière) et aux comportements de perchage (positionnement de la poule sur le perchoir). L’évaluation des déviations est réalisée visuellement, à l’observation du bréchet. Pour les fractures, la palpation est la méthode la plus employée. Cependant elle présente des limites, puisqu’elle ne permet pas d’en évaluer précisément le niveau de gravité et les microfractures ne peuvent être identifiées. Seules les fractures de gravité élevée et les anciennes fractures (palpation du cal de fracture) sont facilement identifiables avec cette technique. Nous souhaitons développer un outil d’analyse d’image du bréchet permettant de prédire la gravité des fractures, particulièrement celles de faibles intensités, et déviations de bréchet des poules élevées en volière, sur la base d’images smartphone (simple à collecter en élevage). Ce projet évaluera également les corrélations entre le degré de sévérité des fractures et la douleur de l’animal, puisque celles-ci sont peu documentées dans la littérature scientifique.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les éleveurs et conseillers d’élevage ne sont pas toujours conscients de ces dommages au bréchet car il n’est pas très visible avec les plumes et les performances de ponte ne sont pas altérées par les lésions du bréchet. Au niveau de l’exploitation, la palpation de l’os bréchet prend du temps et les éleveurs et conseillers ne sont pas bien formés pour la pratiquer. Afin de prévenir le plus tôt possible l’apparition de ces dommages en aidant les éleveurs à les identifier, ce projet vise à développer un outil innovant pour évaluer facilement le niveau de sévérité des déviations et des fractures du bréchet en utilisant l’analyse d’image et la modélisation. Identifier la dynamique d’apparition, la sévérité et la prévalence des fractures et déviations est nécessaire pour mettre en place des solutions nutritionnelles ou techniques afin d’améliorer le bien-être des animaux et la production d’œufs. De plus, par l’étude de la corrélation entre la douleur de l’animal et la sévérité des fractures, ce projet permettra également de sensibiliser les éleveurs et conseillers aux conséquences de ces dommages sur le comportement des poules et leur mobilité en poulailler. A court terme après le projet, les algorithmes d’analyse d’images smartphones développés seront facilement disponibles afin que tous les acteurs de la filière oeuf désireux d’utiliser la solution, tels que les fabricants d’aliments, les organisations de production ou les éleveurs indépendants puissent le faire. Ainsi, ils pourront disposer d’une meilleure détection des fractures du bréchet, permettant ainsi une mise en place plus précoce de stratégies de prévention. De plus, ils seront intégrés dans un outil déjà existant qu’est l’application EBENE® d’évaluation du bien-être des volailles de plus en plus utilisée sur le terrain.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Anesthésie générale par injection intramusculaire : 1 injection toutes les 10 semaines, 3 fois de suite (âge de 35, 45 et 60 semaines). Radiographie du bréchet : 1 séance sous anesthésie toutes les 10 semaines, 3 fois de suite
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
L’injection de l’anesthésique peut être douloureuse (intramusculaire). Certains animaux sont susceptibles d’arriver dans l’unité avec des lésions plus ou moins importantes du bréchet (déviations, fissures, fractures) ou de les développer en cours d’expérimentation : ces lésions sont génératrices de douleurs. Un accident anesthésique est également possible (apnée prolongée, arrêt cardiaque).
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Après chaque examen, les animaux sont replacés dans l’élevage pour participer au projet global de suivi. En fin de projet, ils seront vendus à des éleveurs ou à des particuliers.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Des études précédentes ont montré les stades lésionnels du bréchet observés. Nous nous appuierons sur ces données antérieures pour déterminer notre échelle de sévérité. Il nous faut cependant compléter ces éléments radiographiques par des critères diagnostiques utilisables en élevage (palpations, observations du comportement) dans des conditions proches du terrain.
2. Réduction
A 14 semaines d’âge, un effectif de 270 poules reproductrices nous permet de constituer 3 groupes de 90 poules. Ce design permet d’évaluer, en même temps, trois régimes différents par leur teneur en minéraux et oligo-éléments. En fonction de ces régimes, on attend une différence du taux d’incidence des fractures du bréchet de 20%.Pour l’incidence de fractures, l’estimation du nombre d’individus nécessaires par groupe pour mettre en évidence une différence significative entre les groupes est de 90 poules par groupe. Au regard des incertitudes quant à l’incidence de fractures dans notre situation d’élevage « améliorée » par rapport aux conditions d’élevage standard, de la variabilité de réponse, de la bibliographie et d’expériences précédentes, le nombre défini d’animaux par groupe sont nécessaires et suffisants pour mettre en évidence des différences.
3. Raffinement
les animaux seront maintenus en groupes sociaux stables, sur litière. Ils seront amenés sur la plateforme et laissés au calme le temps de l’habituation. Ils seront ensuite manipulés avec douceur lors de la séquence d’examen vigile (observation du comportement, palpation des bréchets). Tout animal stressé sera anesthésié rapidement sans attendre la séquence d’examen vigile pour ne pas l’affoler.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Il s’agit dans ce projet d’étudier une pathologie de la poule pondeuse élevée en volière : cette étude pilote vise à caractériser finement les lésions associées à ce type d’élevage. Il nous faut donc étudier les animaux concernés en conditions d’élevage. Les animaux seront utilisés entre l’âge de 35 et de 60 semaines afin de les évaluer en pleine période de ponte