
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2023-12-13 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-922532)
4 lapines vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Elles reçoivent trois injections intramusculaires d’un candidat vaccin, cinq prélèvements sanguins à l’oreille, puis une ponction intracardiaque de 30 mL de sang sous anesthésie qui sert de mise à mort. L’objet est de produire des anticorps contre la bactérie Klebsiella pneumoniae résistante aux antibiotiques. Le porteur affirme qu’il n’est « pas encore possible » de se passer de l’animal pour produire des anticorps polyclonaux et justifie la mise à mort par le volume de sang à récupérer.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
S’appuyant sur les données communiquées par 87 pays en 2020, un nouveau rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) met en évidence des niveaux élevés de résistance des bactéries aux antibiotiques (supérieurs à 50 %), en particulier chez des bactéries fréquemment retrouvées en milieu hospitalier, comme Klebsiella pneumoniae et Acinetobacter baumannii, responsables de septicémie. Le traitement de ces infections requiert obligatoirement l’utilisation d’antibiotiques de dernière ligne, cependant, 8% (jusqu’à 50% dans certains pays) des souches de Klebsiella pneumoniae responsables d’infections sanguines sont également résistantes à ces antibiotiques de dernière ligne. Des alternative aux antibiotiques, en particulier vaccinales, sont actuellement à l’étude. Un candidat vaccin, basé sur des cellules d’Acinetobacter baumannii inactivées (bactéries inoffensives dont tous les facteurs de virulence ont été retirés) et génétiquement modifiées pour exprimer des protéines de surface de Klebsiella pneumoniae, a déjà montré une protection significative dans un modèle d’infection à Klebsiella pneumoniae chez la souris. Une précédente étude a également testé la production d’anticorps chez le lapin en réponse à différente fréquences d’administration de ce candidat vaccin associé à un adjuvant (produit utilisé pour améliorer l’efficacité des vaccins). L’objectif est de poursuivre l’étude de ce vaccin chez le lapin afin d’analyser la variabilité de réponse à son administration chez cette espèce animale. Ce projet en particulier, vient compléter les différents groupes déjà testés en étudiant cette fois l’administration des cellules d’Acinetobacter baumannii inactivées, sans modification génétique associées à l’adjuvant (ces cellules sont appelées « cellules porteuses »). Ajouter ce groupe à l’étude a pour but de déterminer si les cellules porteuses sont capables d’entrainer une production d’anticorps spécifique ou non et d’évaluer l’importance de la réponse immunitaire associée à leur administration (via la quantité d’anticorps retrouvé en fin d’expérience).
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Après la mise en évidence de l’efficacité du candidat vaccin chez la souris, et de sa capacité à entrainer la production d’anticorps chez la lapine ce projet vise à déterminer si les cellules porteuses ont un rôle dans l’efficacités du vaccin (activation de l’immunité, production d’anticorps). Les informations récoltées permettront d’en apprendre d’avantage sur le fonctionnement du vaccin. A terme, l’idée est de pouvoir favoriser la vaccination de populations à risque, en l’absence de traitement antibiotiques efficaces.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux vont être soumis à différentes interventions : – 3 injections de cellules porteuses + adjuvant (200µL) par voie intramusculaire à J0, J28, J56 (en alternant la cuisse droite et la cuisse gauche) sur animal vigile – 3 secondes par injection – 5 prélèvements sanguins à l’oreille à J0, J14 et J28, J42 et J56 (en alternant l’oreille droite et l’oreille gauche) sur animal vigile en cage de contention – 5 minutes de maintien en cage de contention par prélèvement – 1 anesthésie générale par injection intramusculaire (3 secondes) directement suivie d’une ponction intracardiaque de 30mL de sang (2 minutes) qui se terminera par une injection intracardiaque d’un euthanasiant (3 secondes) pour assurer la mise à mort.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les animaux vont être soumis à différents actes pouvant induire un stress ou une douleur légère : – 3 injections intramusculaires à J0, J28, J56 (en alternant la cuisse droite et la cuisse gauche) – Le candidat vaccin a déjà été testés chez la souris et le lapin et n’ont montré aucun signe de toxicité. Nous n’attendons donc aucune toxicité lors de l’administration des cellules porteuses. – 5 prélèvements sanguins à l’oreille à J0, J14, J28, J42 et J56 (en alternant l’oreille droite et l’oreille gauche) sur animal vigile en cage de contention – Les animaux seront familiarisés à la cage de contention au cours de 3 séances d’habituation réalisées avant le début de l’expérience. – 1 anesthésie générale par injection intramusculaire directement suivi d’une ponction intracardiaque de 30mL de sang qui se terminera par une injection intracardiaque d’un euthanasiant pour assurer la mise à mort. – La ponction intracardiaque étant réalisée sous anesthésie générale, elle ne sera associée à aucune douleur particulière.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les 4 animaux du projet seront mis à mort à l’issue des 70 jours d’expérience ou plus précocement s’ils montrent des signes de souffrance. Leur mise à mort est justifiée par la nécessité de récupérer suffisamment d’anticorps pour les analyses complémentaires ce qui implique le prélèvement d’une grande quantité de sang.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
La production d’anticorps polyclonaux est un mécanisme complexe basé sur l’interaction entre plusieurs types de cellules immunitaires. La première étape indispensable à cette production est l’immunisation chez l’animal. Il n’est pas encore possible aujourd’hui de se passer du modèle animal pour la production d’anticorps.
2. Réduction
Cette étude a été construite de manière à réduire au maximum le nombre d’animaux utilisé. Seul 1 groupe de 4 lapins sera administré par les cellules porteuses + adjuvant (protocole de 3 immunisations) afin de compléter des données précédemment obtenus (pas de groupe control). Comme ce projet ne comporte qu’un groupe, aucun test statistique de comparaison ne sera utilisé.
3. Raffinement
Les animaux seront hébergés dans un environnement adapté et enrichi (jouets). Ils seront suivis 2 fois par semaine pendant toute la durée de l’étude. Un suivi accru sera réalisé durant les 6h suivant les administrations des cellules porteuses et la fréquence de surveillance sera augmentée en cas d’observation de signes cliniques anormaux. L’administration des cellules porteuses n’est pas censée entrainer d’effet indésirable. Cependant des critères d’interruption de l’étude, supportés par une grille de score de douleur, ont été mis en place dans le cas où un animal montrerait des signes de souffrance.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La lapine est un modèle de choix pour la production d’anticorps polyclonaux. En effet sa taille moyenne implique un volume sanguin important et donc un plus grand potentiel de récupération d’anticorps que pour la souris par exemple. Les lapines de cette étude seront âgées de 3 mois de façon à avoir une maturité immunitaire suffisante.