
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 08/03/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-344816)
Pour étudier la vulnérabilité aux troubles dépressifs et addictifs à l’adolescence, 4 762 souris sont utilisées dans des procédures d’un niveau de souffrance sévère, toutes tuées pour prélèvement du cerveau. Elles subissent des épisodes de défaite sociale de dix minutes par jour pendant sept jours, face à des mâles CD1 agresseurs de plus de six mois, une chirurgie cérébrale avec implantation de fibre pour une partie d’entre elles, et des tests comportementaux évaluant l’hédonie, l’anxiété, les comportements sociaux et la prise de risque, sans que ces tests soient nommés. Le porteur écrit que ces stress « n’induisent pas des dérégulations profondes des systèmes douleur » mais provoquent des stress psychologiques, et que certaines souris peuvent ne pas prendre de poids. Il ouvre sa rubrique raffinement par la formule « bien que les procédures de stress soient sévères, le bien-être animal prime », sur un protocole qui expose près de 4 800 souris à la défaite sociale répétée dès l’âge de trois semaines.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Lorsqu’une personne est soumise à des situations stressantes à plusieurs reprises ou qu’elle consomme des substances toxiques comme le tabac, cela peut provoquer des symptômes de dépression et un risque de dépendance aux drogues. De plus, il est courant que les personnes souffrant de dépression développent également une dépendance à la nicotine, qui est la substance principale du tabac. Cela rend compliqué le diagnostic et le traitement de ces problèmes de santé mentale. Une caractéristique commune de ces troubles est que les mécanismes liés à la récompense dans le cerveau sont perturbés. Ces mécanismes sont contrôlés par des circuits cérébraux qui sont essentiels à notre survie, car ils nous motivent à faire des choses importantes pour notre bien-être, comme manger et se reproduire. Comprendre les réseaux de neurones impliqués dans ces systèmes est crucial pour mieux comprendre ces troubles et trouver des traitements. De plus, il est important de noter que la plupart de ces problèmes de santé mentale apparaissent pendant l’adolescence, c’est pourquoi il est essentiel de comprendre les changements moléculaires et neuronaux qui se mettent en place à ce moment-là et ont des répercussions sur le fonctionnement du cerveau adulte. Pour ce projet, nous concentrons nos recherches sur une partie du cerveau, qui joue un rôle dans la gestion des signaux de récompense dans le cerveau des adultes. Cependant, nous avons découvert que cette partie du cerveau réagit de manière différente sous l’effet du stress. Ce que nous ne savons pas encore, c’est comment cette structure cérébrale est impactée à l’adolescence et si ces dérégulations persistent. L’objectif principal de notre projet est de comprendre comment cette région du cerveau influence le développement de problèmes de comportement à l’âge adulte, en particulier les fonctions cérébrales qui dérégulées mènent à des troubles psychiatriques. En comprenant mieux cette partie du cerveau et sa malléabilité pendant l’adolescence, nous espérons trouver de nouvelles pistes pour le traitement de ces troubles.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les bénéfices de notre projet de recherche fondamentale sur les retombées à l’âge adulte d’une exposition à la nicotine ou au stress à l’adolescence sont les suivants : 1. Compréhension approfondie : Une meilleure compréhension des mécanismes sous-jacents aux problèmes de comportement à l’âge adulte liés à l’exposition à la nicotine ou au stress pendant l’adolescence. 2. Développement de traitements : Des informations clés pour le développement de nouvelles approches thérapeutiques visant à prévenir ou à traiter les troubles liés à la dépendance, la dépression, ou d’autres problèmes de santé mentale. 3. Prévention précoce : Identifications de facteurs de risque potentiels pour mieux cibler la prévention des problèmes de santé mentale chez les adolescents exposés au stress ou à la nicotine. 4. Amélioration des politiques de santé : Des données pour soutenir des politiques de santé publique visant à réduire l’exposition des adolescents à la nicotine et au stress, améliorant ainsi la santé mentale à l’âge adulte.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis à des épisodes de stress sociale dans les 5 procédures pour une durée maximale de 10 minutes par jour sur une période de 7 jours. Une chirurgie cérébrale est également pratiquée sur une partie des animaux avec implantation de fibre et/ou d’outils génétique pour l’apport de molécule d’intérêt. Une anesthésie par gaz est également pratiquée pour une partie des souris ainsi qu’une chirurgie avec implantation d’un outil en sous-cutané. Les animaux subiront différents tests comportementaux permettant d’évaluer l’hédonie, l’anxiété, les comportements sociaux, la prise de risque.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Le projet s’intéresse à la composante émotionnelle et la dimension stressante de l’exposition à des stimuli aversifs au cours de la préadolescence. Ainsi les effets indésirables seront principalement liés à la dérégulation de ces grands systèmes et se pourront se manifester à l’échelle comportementale par des traits anxieux et dépressifs. Ces stress n’induisent pas des dérégulations profondes des systèmes douleur mais provoque des stress psychologiques. Les chirurgies provoqueront des douleurs au niveau du site d’incision cutanée et d’injection par perforation du périoste. Les tests de comportement seront pour la plupart sans douleur et basés sur la tendance naturelle des animaux à explorer ou éviter une zone nouvelle ou un nouveau congénère. Certains animaux dans le cas des stress sociaux peuvent ne pas ou peu prendre de poids.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Pour 3 des 5 procédures : Après les tests comportementaux, les souris seront mises à mort pour prélèvement de cerveau dans le but de réalisée des études post-mortem. Pour 1 procédure : Après les tests, les souris seront mises à mort afin de prélever leur cerveau et vérifié les résultats des chirurgies. Pour 1 procédure : A la fin de l’acquisition des données, ces animaux seront mis à mort
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Notre projet reposant en grande partie sur des approches de physiologie intégrée. Il n’existe à l’heure actuelle aucune méthode substitutive qui pourrait remplacer l’utilisation de l’animal dans nos expériences. Les structures étudiées étant très conservée entre l’Homme et la souris, cela en fait un modèle de choix pour notre projet. De même, l’utilisation de virus et de lignée génétiquement modifiée permettent un ciblage précis des structures et circuits altérés par le stress ou l’exposition à la nicotine.
2. Réduction
Le nombre d’animaux nécessaire dans chaque procédure est calculé au mieux afin d’utiliser le moins d’animaux possible mais de maintenir un niveau de significativité statistique suffisante. Le projet requiert des mâles et des femelles afin d’être le plus représentatif possible de la population et éviter un biais lié au sexe.
3. Raffinement
Bien que les procédures de stress soient sévères, le bien-être animal prime et par conséquent nous faisons attention à l’enrichissement des cages, à limiter au maximum le stress des animaux en dehors de la procédure, définition et suivi de l’animal adapté à chaque situation. En effet, les risques éventuels de blessures ou de déshydratation sont plus élevés lors de l’exposition à la défaite sociale ou à une chirurgie par exemple. C’est pour cela que la fréquence d’observation des animaux seront proportionnés aux potentiels risques encourus Ainsi, lors des chirurgies, une hydratation sous cutanée pré et post opératoire sera réalisée, de même que l’injection d’analgésique avant et une administration d’antiinflammatoire/analgésique pendant 5 jours post-opération. Un tapis chauffant est placé sous l’animal lors de la chirurgie (régulation via sonde rectale) et également sous les cages de réveil afin de faciliter ce dernier et éviter une hypothermie. Les souris auront accès ad libitum à l’eau et à la nourriture. Chaque cage possède des bâtons en bois à ronger, un abri et des cotons pour la nidification..
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les caractéristiques morphologiques et physiologiques des souris sont largement documentées. Elle possède une proximité évolutive, un cycle de vie cours permettant de répéter les expériences afin de s’assurer de la robustesse des résultats, ce qui constitue un atout pour développer efficacement notre projet. C’est un excellent modèle pour l’étude des conséquences du stress et de la nicotine d’un point de vue physiologique, comportemental ou cellulaire. Les mécanismes moléculaires du stress ainsi que les propriétés neuronales de ces rongeurs au niveau des structures sous-corticales étudiées sont très proches de ceux du cerveau humain. Cela nous permettra de réaliser des études dont l’impact sera important pour la compréhension des effets du stress et de l’addiction, et ainsi de pouvoir mieux cibler les approches thérapeutiques. Nous disposons de techniques adaptées à cette espèce (électrophysiologie, comportement, chirurgie). De ce fait, la souris est un bon modèle pour notre étude. Pour les souris adolescentes, la période d’intérêt étant de 3 à 4 semaines, les animaux seront donc utilisés à cette période afin de correspondre à la période de maturation des circuits cérébraux, elles seront gardées par la suite jusqu’à l’âge adulte (8 semaines) où elles effectueront les tests comportementaux ou bien les mesures d’activité cellulaire Les animaux adultes de la discrimination émotionnelle seront utilisés à partir de 8 semaines pour correspondre à l’âge des souris « adolescentes » lors des tests comportementaux. Les CD1 agresseurs sont des anciens mâles reproducteurs de plus de 6 mois.