
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 08/10/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-621404)
Pour savoir si un carcinome épidermoïde peut se transformer en carcinome à cellules de Merkel, un cancer cutané dont la survie à cinq ans atteint 40 %, 80 souris immunodéficientes reçoivent une injection sous-cutanée de cellules tumorales humaines. Celles qui développent des tumeurs sont ensuite injectées trois fois par semaine dans l’abdomen, avec une molécule inhibitrice ou un produit témoin, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Le porteur alterne les côtés d’injection pour éviter la douleur répétée au même point et donne des cacahuètes en récompense après le geste. Toutes les souris tumorisées sont ensuite tuées pour l’examen histologique de la tumeur, l’usage d’un « modèle murin immunodéficient » étant présenté comme « indispensable » faute d’autre matériel que des lignées tumorales humaines.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le carcinome à cellules de Merkel (CCM) est un cancer neuroendocrine primitivement cutané, rare et agressif dont le taux de survie à 5 ans n’est que de 40%. L’intégration du génome d’un virus appelé Polyomavirus à cellule de Merkel ou l’exposition aux UV induit la transformation neuroendocrine d’une cellule saine en cellule tumorale de type neuroendocrine. Dans certains types tumoraux, le phénotype neuroendocrine est associé à une aggresivité tumorale accrue. A ce jour, la cellule dans laquelle a lieu la transformation reste inconnue. Des résultats préliminaires de notre équipe suggèrent que les CCM UV-induits dériveraient d’un autre type de tumeur cutanée appelé carcinome épidermoïde (CE) suite à l’acquisition d’altérations génétiques et épigénétiques. L’objectif de ce présent projet est de déterminer si les dérégulations génétiques et épigénétiques permettent la transformation d’un CE en CCM.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Cette étude permettra d’évaluer l’impact de différents facteurs moléculaires de la transformation neuroendocrine. Les enjeux sont doubles : i) physiopathologique en permettant une meilleure caractérisation des étapes précoces du développement tumoral et ii) diagnostique et thérapeutique par l’identification des facteurs moléculaires précoces contribuant au développement des CCM qui favoriseront la prise en charge diagnostique des patients et pouvant conduire à l’identification de nouvelles cibles thérapeutiques potentiellement utilisables en clinique.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Des injections sous cutanées de cellules de carcinome épidermoïde (CE) seront réalisées aux souris vigiles afin d’établir le modèle tumoral. Par la suite, les animaux présentant des tumeurs seront injectés 3 fois par semaine avec une molécule inhibitrice ou avec un contrôle par voie intrapéritonéale. Ces deux types de gestes ne durent que quelques secondes.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les animaux pourront subir un stress lors de la contention pour les injections en intrapéritonéales ou lors des pesées. Une douleur peut également survenir au point d’injection.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
L’évaluation histologique de la tumeur pour évaluer son caractère neuroendocrine impose la mise à mort de l’ensemble des souris tumorisées, mise à mort réalisée après sédation.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Afin d’étudier l’impact des différents déterminants moléculaires sur le phénotype tumoral et l’agressivité tumorale, l’évaluation sur modèle murin est obligatoire.
2. Réduction
L’utilisation d’une dose unique de molécule inhibitrice (précédemment utilisée par notre équipe dans le cadre d’expérimentations animales précédantes) nous permet de réduire le nombre de groupes d’animaux et ainsi le nombre de souris utilisées.
3. Raffinement
Les injections en intrapéritonérales sont rapides et peu douloureuses, le geste technique est déjà maitrisé au sein de notre laboratoire. De plus, bien que les injections soient fréquentes (une injection tous les deux jours), elles se feront en alternance entre le côté gauche et le côté droit pour éviter d’engendrer des douleurs répétées au même point d’injection. Après les injections intra-péritonéales de molécule inhibitrice, les souris recevront sous forme de récompense des friandises (cacahuètes en coque). Une sédation précèdera la mise à mort afin de limiter le stress des animaux.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le seul modèle disponible étant des lignées tumorales humaines, l’utilisation d’un modèle murin immunodéficient est indispensable. Les souris immunodéficientes utilisées sont un modèle de référence dans les études de xénogreffes. Les souris seront receptionnées à l’âge de 6 semaines, et utilisées à 7 semaines, après leur semaine d’acclimatation. Elles seront ainsi dans un stade physiologique de croissance, stade utilisé usuellement dans ce modèle de xénogreffe.