
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2024-10-15 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-979832)
Biopsiées à la queue entre sept et dix jours de vie pour établir leur génotype, une partie des 803 souris subit ensuite jusqu’à six prises de sang, puis une chirurgie d’une heure pour implanter une sonde dans la tête. Ces souris-là vivent seules jusqu’à leur mort, sept mois au plus, le temps de trois ponctions de liquide céphalorachidien de quatre heures chacune réalisées sur animal éveillé. Les procédures relèvent d’un niveau de souffrance léger pour 185 d’entre elles et modéré pour 618. Deux des trois lignées génétiquement modifiées développent des crises d’épilepsie ou une paralysie des pattes arrière, et toutes les souris finissent tuées pour que leur cerveau soit prélevé, y compris les reproductrices et celles qui ne portent pas la modification recherchée.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Il existe une demande croissante pour utiliser des biomarqueurs (substances ou signes mesurables dans le corps qui peuvent indiquer la présence d’une maladie) pour comprendre et identifier les maladies comme la maladie d’Alzheimer. Ces biomarqueurs aident à voir comment la maladie évolue, comment les gens réagissent aux traitements et ce qui se passe dans le cerveau. Mais certains de ces tests sont compliqués et coûteux, comme les prélèvements de liquide céphalorachidien (LCR) ou l’imagerie du cerveau. On essaie donc de trouver des façons plus simples, comme des tests sanguins, pour diagnostiquer Alzheimer. Cependant, on ne sait pas encore très bien comment certains de ces biomarqueurs dans le sang ou le liquide céphalorachidien sont liés aux problèmes dans le cerveau lui-même. Comprendre cela est important, surtout maintenant que les essais de médicaments se font de plus en plus tôt, avant même que les symptômes n’apparaissent. Ce projet vise à examiner de près ces signes dans le sang et le liquide céphalorachidien chez des souris modèles de la maladie d’Alzheimer pour mieux comprendre la maladie et sa progression.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet pourrait permettre de mieux comprendre comment les biomarqueurs (substances ou signes mesurable dans le corps qui peuvent indiquer la présence d’une maladie) dans le sang et le liquide céphalorachidien (LCR) évoluent lorsque quelqu’un a la maladie d’Alzheimer et le lien entre ces changements et la façon dont la maladie se développe dans le cerveau, notamment en termes d’atteintes tissulaires cérébrales caractéristiques de la maladie. La contribution de ce projet pour la compréhension des mécanismes de la maladie pourrait ainsi aider à trouver de nouveaux traitements pour la ralentir. Ce projet pourrait également permettre d’identifier de nouveaux biomarqueurs dans le sang et le LCR afin d’aider au diagnostic précoce de la maladie, ce qui aurait un bénéfice réel pour les personnes à haut risque notamment, qui pourraient alors bénéficier d’un traitement avant même qu’ils aient des symptômes.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Pour connaitre le patrimoine génétique de nos animaux génétiquement modifiés un prélèvement d’un fragment de l’extrémité de la queue sera réalisé à l’âge de 7 à 10 jours, une fois par animal, durée inférieure à 1 minute. Pour une partie des animaux 6 prélèvements de sang maximum seront réalisés par animal avec un minimum de 2 mois de récupération entre chaque prélèvement, durée inférieure à 3 minutes par animal. Il y aura deux méthodes pour prélever le liquide céphalorachidien (LCR) : -Pour une partie des animaux, une sonde sera implantée au niveau de la tête de l’animal au cours d’une procédure chirurgicale sous anesthésie et analgésie adaptées (une fois par animal, durée : 1h). Ces animaux sont ensuite hébergés seuls pendant 7 mois maximum au cours desquels des prélèvements de LCR seront réalisés sur animal vigile : 3 maximum avec un minimum d’1 mois de récupération entre chaque prélèvement et durée de la collecte environ 4h. -Une autre partie des animaux sera anesthésiée, puis le LCR sera prélevé au cours d’une procédure chirurgicale (une fois par animal, durée 30 minutes), les animaux sont ensuite euthanasiés par une méthode réglementaire. 2 des lignées génétiquement modifiées utilisées dans le projet présentent un phénotype dommageable au cours du développement de la pathologie. Concrètement, des problèmes moteurs dans les pattes-arrières peuvent survenir à partir de 9 mois d’âge pour une des lignées. Les animaux de la deuxième lignée pourront présenter des crises d’épilepsie occasionnelles. En fin de procédure l’ensemble des animaux sera euthanasié par une méthode réglementaire.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les animaux pourront ressentir une légère et brève douleur lors du prélèvement d’échantillons pour connaitre leur patrimoine génétique. Pendant le prélèvement des échantillons de sang, l’animal est maintenu en contention ce qui peut générer un stress passager. Lors du prélèvement l’animal pourra ressentir une légère douleur et un inconfort de courte durée. À la suite du prélèvement il existe un risque rare d’hémorragie et/ou d’hématome. L’anesthésie générale utilisée pour la procédure chirurgicale et pour le prélèvement de liquide céphalorachidien peut entraîner une hypothermie et des problèmes cardiovasculaire et respiratoire. Après la chirurgie les animaux pourront ressentir une douleur et un inconfort. Un risque rare de complications existe en post-chirurgie telles que infections ou problèmes de cicatrisations. La canule de dialyse implantée pourra induire une gêne pour l’animal due à l’encombrement qu’elle génère. Après la chirurgie, les souris seront hébergées seules, s’agissant d’animaux grégaires cela pourra générer un stress. Elles seront isolées jusqu’à la fin de leur vie (pendant 7 mois maximum). Les souris des lignées génétiquement modifiées utilisées dans le projet peuvent avoir des problèmes de santé qui raccourcissent leur durée de vie, comme des crises d’épilepsie occasionnelles ou des difficultés de mouvement pouvant aller jusqu’à une paralysie, surtout au niveau des pattes arrière. Ceci pourra générer un stress pour les animaux et des pertes de poids.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux seront euthanasiés à la fin des procédures expérimentales afin de collecter leur cerveau pour réaliser des analyses. Les animaux reproducteurs et les animaux non porteurs du patrimoine génétique d’intérêt seront euthanasiés par une méthode réglementaire car ils ne pourront pas être replacés ou réutilisés du fait de leurs modifications génétiques spécifiques.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Pour le déroulement de ce projet, il est essentiel d’utiliser des modèles animaux car nous nous concentrons sur le diagnostic et le pronostic de la maladie d’Alzheimer. Nous étudions un processus vraiment complexe qui ne dépend pas seulement des mécanismes de base de la maladie, mais aussi de la diffusion de protéines dans les fluides corporels (sang et liquide céphalorachidien). Dans d’autres modèles tels que les cellules, nous ne pouvons pas étudier la libération et la détection de ces molécules dans le corps.
2. Réduction
Le nombre d’animaux est réduit au minimum sans compromettre les objectifs scientifiques et statistiques du projet. Ce nombre a été calculé sur la base d’études précédemment élaborées et publiées et de notre expérience. Ainsi nous avons défini qu’il nous faudrait des groupes de 10 à 30 souris en fonction du type de prélèvement (sang ou liquide céphalorachidien). Afin de prendre en compte un pourcentage de perte au cours des procédures, nous prévoyons plus d’animaux que ce nombre minimal. Bien entendu nous adapterons notre production et le nombre d’animaux inclus en procédure afin de n’utiliser que le nombre strictement nécessaire (très probablement inférieur à ce qui est prévu ici). Nous estimons que nous utiliserons sur la durée du projet 803 animaux maximum. Lors de la procédure d’élevage nous piloterons la production de souris pour obtenir le nombre strictement nécessaire d’animaux pour nos lots expérimentaux. Pour l’évaluation des biomarqueurs, pour l’ensemble des lignées, nous utiliserons des femelles et des mâles afin d’optimiser l’utilisation des animaux produits et permettre une meilleure transposition de nos résultats. Nous réaliserons une partie de nos prélèvements de liquide céphalorachidien (LCR) à plusieurs reprises sur un même animal nous permettant d’une part de réduire la variabilité inter-individuelle et d’autre part d’éviter l’euthanasie de l’animal après le prélèvement, ce qui réduit le nombre d’animaux nécessaires à nos analyses.
3. Raffinement
Les animaux seront hébergés dans des conditions conformes à la réglementation en vigueur pour l’espèce. Les méthodes et le traitement des animaux lors des expériences et dans l’animalerie visent à assurer leur bien-être maximal avec le moins de contraintes possible. Les conditions de vie, les soins et les procédures expérimentales sont conçus pour minimiser toute douleur ou souffrance. Les animaux seront observés quotidiennement, toute anomalie sera suivie et tracée en lien avec la structure chargée du bien-être animal (SBEA). Des points limites sont définis et seront respectés pour éviter toute souffrance animale. Lors du prélèvement pour connaitre le patrimoine génétique des animaux la portée complète sera apportée dans une pièce dédiée, au calme, dans leur cage d’origine avec la mère. Nous utiliserons du matériel adapté pour le prélèvement, désinfecté entre chaque animal afin d’éviter tout risque de contamination croisée ou infection. Le prélèvement sera limité à la taille la plus petite possible et réalisé sur de jeunes animaux. Les souriceaux seront surveillés immédiatement après le geste puis 20 minutes après environ pour s’assurer de l’absence de saignement et la bonne prise en charge par leur mère. Pour les souris de phénotypes dommageables, nous ferons des observations régulières pour les détecter. En élevage nous utiliserons seulement des mâles transgéniques pour favoriser la bonne prise en charge des petits par leur mère. En cas de signes de difficultés motrices nous mettrons en place un soutien nutritionnel. Pour les souris qui seront hébergées seules, nous fournirons un enrichissement supplémentaire tel que des maisonnettes, bâtonnet de bois à ronger, papier kraft, etc. La procédure chirurgicale sera réalisée avec une anesthésie et une analgésie adaptées. La température de l’animal sera maintenue durant toute la durée de l’anesthésie à l’aide d’un tapis chauffant et d’une chambre de réveil chauffée pour éviter toute hypothermie. Nous mettrons en place une surveillance accrue en post-opératoire et un soutien nutritionnel si nécessaire. De plus, si la canule de dialyse présente une gêne pour l’animal pour l’accès à la nourriture, nous retirerons la grille de croquettes et mettrons l’aliment à disposition directement dans la cage.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Nous avons choisi de travailler sur la souris car il existe de nombreux modèles génétiquement modifiés déjà caractérisés, parmi eux nous avons choisi de travailler avec 3 modèles de maladie d’Alzheimer qui présentent un intérêt pour ce projet. Pour l’étude des niveaux de biomarqueurs nous réaliserons des prélèvements de l’âge d’1.5 mois jusqu’à l’âge de 18 mois afin de suivre leur évolution au cours de la progression de la pathologie.