
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 13/12/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-502099)
132 souris BALB/c et C57BL/6 vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger, pour comparer deux façons d’administrer un analgésique. La moitié reçoit la buprénorphine en injection sous la peau, l’autre à la micropipette par la bouche, avec neuf microprélèvements de sang, quatre administrations et trois anesthésies à l’isoflurane. Le porteur présente la voie orale comme un progrès pour le bien-être des souris de laboratoire, susceptible de devenir une technique de référence, ce qui suppose d’en passer par ces 132 souris. 68 pourront être réutilisées si le microprélèvement suffit aux dosages, les autres seront tuées, les volumes de sang nécessaires étant alors incompatibles avec leur maintien en vie.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’objectif de ce projet est d’évaluer l’efficacité de l’administration orale de buprénorphine, un analgésique (médicament utilisé pour diminuer la douleur) classiquement utilisé chez les animaux de laboratoire chez des souris par rapport à la voie sous-cutanée classiquement utilisée dans nos laboratoires, afin de réduire le stress associé aux injections sous-cutanées et de prolonger la durée d’analgésie par cette voie alternative d’administration. L’hypothèse, basée sur des études chez le rat, permettrait à cette voie d’administration d’offrir des concentrations dans le sang plus efficaces de buprénorphine par rapport à la voie sous-cutanée avec une réduction des manipulations. Des médias comme le Nutella® ou des gels médicamenteux ont également été testés pour l’ingestion volontaire de buprénorphine chez la souris, évitant le stress du gavage mais demandant de l’entrainement et l’isolement des animaux pendant la durée d’administration. Cette étude vise donc à tester des véhicules ne perturbant pas le métabolisme et d’utiliser l’administration guidée par micropipette afin de ne pas isoler les animaux pour leur faire ingérer la buprénorphine, de travailler en coopération avec eux et d’avoir une quantité fiable et définie de buprénorphine administrée. Des prélèvements sanguins réguliers seront effectués pendant les 6 premières heures, puis à 12 h et 24 h, voire 36h et 48h pour tracer un profil de distribution sanguine de la buprénorphine qui nous permettra de savoir si la buprénorphine est suffisament présente dans le sang des souris pour apporter un effet analgésique optimal. Ce projet vise donc à optimiser la délivrance de l’analgésie tout en minimisant les manipulations invasives et en améliorant le bien-être animal.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Un premier bénéfice attendu sera d’évaluer l’efficacité d’une méthode d’administration orale de buprénorphine via micropipette guidée (MDA) chez les souris BALB/c et C57BL/6. Cette approche non invasive offre une alternative aux injections sous-cutanées, connues pour provoquer du stress chez l’animal et pour avoir une durée d’efficacité assez brève dans cette espèce. L’habituation des souris à cette méthode permettra de valider la faisabilité et la reproductibilité de l’administration orale pour obtenir une analgésie efficace sur une période plus longue (au-delà des 4 à 6 heures actuellement observées avec les injections répétées en SC). La mise en place de prélèvements sanguins permettra de tracer un profil pharmacocinétique complet, validant ainsi les concentrations sériques optimales et efficaces telles que décrites dans la littérature. Ces données permettront d’ajuster les doses administrées et de prolonger l’effet analgésique. À plus long terme, les résultats de ce projet pourraient avoir des retombées significatives sur les pratiques courantes en recherche animale. La méthode d’administration MDA pourrait devenir une technique de référence, non seulement pour la buprénorphine, mais aussi pour d’autres analgésiques ou médicaments administrés de manière répétée par voie orale. Une technique d’administration fiable et efficace, permettant un effet prolongé sans nécessiter de manipulations fréquentes, améliorerait considérablement le bien-être des animaux, réduisant ainsi les biais expérimentaux associés au stress. En conclusion, ce projet a pour objectif immédiat d’améliorer l’administration d’analgésiques chez les souris, et à long terme, de fournir une méthode fiable et éthique d’administration non invasive, applicable à la recherche biomédicale et à la gestion de la douleur animale. Ces avancées bénéficieront aux scientifiques, aux animaux de laboratoire et à l’ensemble du domaine de la recherche, garantissant des conditions plus respectueuses du bien-être animal et des résultats plus fiables.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Stress et douleur légères dûs à l’Injection sous-cutanée (15 secondes ; 1 fois) pour la moitié des animaux; Stress léger dû à l’administration médiée par micropipette (30 secondes ; 4 fois) pour la moitié des animaux; Stress et douleur légères dûs aux microprélèvements de sang (30 secondes ; 9 fois) pour la moitié des animaux; Stress léger dû à l’anesthésie générale à l’isoflurane (1 minutes ; 3 fois) pour la moitié des animaux
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Plusieurs effets indésirables sur les souris BALB/c et C57BL/6 peuvent être anticipés. Ces effets sont principalement liés à la procédure de l’anesthésie, aux prélèvements sanguins réguliers, et à la manipulation des animaux pour les diverses procédures expérimentales. L’anesthésie, nécessaire pour certains prélèvements sanguins est une source de stress pour les souris. Cependant, cette période de stress sera limitée à la durée de l’anesthésie et les souris devraient retrouver un comportement normal peu après leur réveil, généralement en quelques minutes. Les prélèvements sanguins par ponction de la veine de la queue, peuvent entraîner une douleur légère au site de ponction, ainsi qu’une gêne temporaire limitée étant donné l’utilisation d’un analgésique local. La douleur et la gêne devraient disparaître rapidement après l’intervention, et aucune conséquence à long terme n’est attendue. Même si l’administration de buprénorphine est réalisée par voie orale, limitant ainsi les injections stressantes, les manipulations nécessaires pour l’habituation à la méthode de micropipette (MDA) et les prélèvements peuvent générer du stress. Afin de minimiser ce stress, les manipulations seront réalisées avec précaution, en suivant des protocoles établis pour réduire au maximum l’impact sur les animaux. La durée des effets de stress devrait être limitée à la période de manipulation, avec un retour à un comportement normal dans les minutes qui suivent.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
En cas d’utilisation du microsampling pour le suivi de la buprénorphine dans le sang des souris, tous les animaux pourront être réutilisés. Si la technique du microsampling n’est pas utilisable car les volumes de sang obtenus seraient insuffisants pour effectuer les dosages, les souris seraient mises à mort à la fin de la procédure car les volumes de sang ne seraient pas compatibles avec leur maientien en vie. cette décision a été prise dans le but d’utiliser moins d’animaux. Dans ce cas, seuls les animaux utilisés dans la procédure de mise au point du dosage de la buprénorphine pourront être réutilisés, soit 4 animaux.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les souris ne peuvent être remplacées dans ce projet, car l’objectif est de déterminer l’efficacité de l’administration orale de buprénorphine spécifiquement chez ces deux souches. Aucune méthode alternative in vitro ou sur un autre modèle animal ne permettrait de fournir des données équivalentes pour ces deux souches largement utilisées en recherche biomédicale.
2. Réduction
Le nombre d’animaux utilisé sera réduit au minimum nécessaire, en se basant sur les recommandations issues de la littérature scientifique. Le calcul du nombre d’animaux tiendra compte de la variabilité génétique entre mâles et femelles, afin de permettre une analyse statistique tout en limitant l’utilisation excessive d’animaux. Le n a été calculé en se basant sur la littérature, grâce à un logiciel et est de 8 animaux par lot.
3. Raffinement
Des techniques de raffinement seront appliquées pour réduire la douleur et le stress infligés aux animaux. Le microsampling sera utilisé autant que possible pour minimiser les volumes sanguins prélevés, associé à un analgésique local lors des prélèvements. Cette approche évitera le prélèvement rétro-orbitaire plus invasif. De plus, l’utilisation de la méthode de micropipette guidée (MDA) pour l’administration orale de la buprénorphine limitera le recours au gavage, réduisant ainsi le stress et l’inconfort associés à cette méthode. Les animaux seront hébergés en groupes sociaux de 2 animaux minimum dans des cages enrichis et seront visités quotidiennement afin de déceler au plus tôt toute forme de souffrance, de douleur ou d’angoisse si elles devaient apparaître. Enfin des points limites précoces et précis seront mis en place et vérifiés lors des expériences afin d’éviter toute forme de souffrance de douleur ou d’angoisse.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Nous utilisons des souris dans ce projet car elles sont l’espèce la plus couramment utilisée en recherche. Il existe déjà une étude sur l’administration de buprénorphine par gavage oral chez le rat mais rien en ce qui concerne la souris avec la technique de MDA. Ce projet vise donc à combler ce manque de données et à mieux comprendre comment ces traitements fonctionnent spécifiquement chez les souris. De plus, l’utilisation de 2 souches distinctes et de 2 sexes différents permettra de les comparer et de déceler d’éventuelles différences intra spécifiques Les souris utilisées dans ce projet auront 8 semaines, car à cet âge, leur système immunitaire est considéré comme mature. C’est aussi l’âge de début de la plupart des projets de notre laboratoire.