
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 01/04/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-720352)
12 124 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger à modéré, chacune pouvant subir jusqu’à 24 tests comportementaux répartis sur six semaines. Une chirurgie de la cuisse droite leur inflige une douleur neuropathique chronique d’une dizaine de semaines, avec des difficultés à se déplacer pendant les 48 à 72 heures qui suivent. Les souriceaux sont amputés d’un bout de queue avant l’âge de dix jours pour le génotypage, moment où le porteur estime la souffrance moindre. Cette douleur, indique le RNT, « ne peut pas être soulagée, car c’est le sujet de la recherche », face à des traitements dont il espère seulement qu’ils pourraient un jour être mieux ciblés.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Ce projet de recherche vise à améliorer les traitements contre la douleur neuropathique, une douleur causée par des lésions ou des maladies du système nerveux, touchant environ 6 % de la population en France. Actuellement, certains antidépresseurs et anticonvulsivants sont les meilleures options disponibles, mais ils ne fonctionnent pas pour tout le monde et ont de nombreux effets secondaires. De plus, on comprend mal comment ces médicaments soulagent la douleur neuropathique. Comprendre comment ces médicaments fonctionnent est essentiel pour améliorer les traitements actuels et en développer de nouveaux, plus ciblés. Ce projet vise à mieux comprendre les mécanismes par lesquels les antidépresseurs et les anticonvulsivants soulagent la douleur neuropathique. Nos recherches ont déjà montré que ces traitements ont un effet anti-inflammatoire et influencent le système circadien, qui régule nos cycles biologiques. Nous voulons maintenant explorer plus en détail ces cibles pour améliorer les traitements de la douleur neuropathique.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet de recherche vise à améliorer les traitements contre la douleur neuropathique mais également de trouver de nouvelles cibles thérapeutique. Nous pensons que les résultats de ce projet pourraient non seulement améliorer les traitements actuels en permettant une meilleure utilisation clinique grâce à une meilleure compréhension de leur fonctionnement, mais aussi aider à développer de nouveaux traitements plus ciblés et avec moins d’effets secondaires que ceux existants.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis à une intervention chirurgicale induisant une douleur chronique pendant environ 10 semaines. La chirurgie, réalisée au niveau de la cuisse droite, durera environ 5 minutes sous anesthésie générale. Certains animaux subiront une injection au niveau thoracique sous anesthésie générale, tandis que d’autres recevront une unique injection au niveau lombaire à 25 jours sous anesthésie gazeuse. Une partie des animaux recevra un traitement (soit administré pendant 3 semaines dans leur eau de boisson, soit par gavage vigile une unique fois). De plus, les animaux seront soumis à plusieurs tests comportementaux d’une durée de 3 à 10 minutes chacun (avec un maximum de 24 tests par animal sur une période de 6 semaines), avec un intervalle minimum de 24 heures entre chaque test. Enfin, une biopsie de queue pour génotypage sera réalisée sur animal vigile.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Dans ce projet, les animaux ressentiront une douleur modérée qui ne peut pas être soulagée, car c’est le sujet de la recherche. Une douleur transitoire sera également induite lors de la biopsie de queue pour le génotypage des animaux transgéniques. Après la chirurgie neuropathique, les animaux auront des difficultés à se déplacer pendant 48 à 72 heures. Certains animaux recevront des injections dans la région lombaire. Tous les animaux subiront une série de tests comportementaux pour évaluer la douleur, ce qui génèrera un léger stress. Les animaux recevront des traitements d’antidépresseurs ou d’anticonvulsivants, soit en dose unique, soit en traitement prolongé, sans nuisances attendues.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux n’ayant pas le génotype attendu seront mis à mort. Les animaux en fin de projet seront également mis à mort pour la réalisation de prélèvements nécessaires aux analyses moléculaires, car ce sont des animaux non naïfs qui ne peuvent être réutilisés dans des projets ultérieurs.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Pour notre étude, nous ne pouvons malheureusement pas remplacer notre modèle in vivo par un modèle in vitro ou in silico. Pour analyser l’effet des antidépresseurs ou des anticonvulsivants sur la douleur chronique et les réactions émotionnelles, nous devons observer le comportement des animaux vivants.
2. Réduction
Nous essayons de réduire au maximum le nombre d’animaux utilisés tout en obtenant des résultats scientifiques fiables. D’après les études et la variabilité individuelle, chaque groupe expérimental comprendra au maximum 12 souris mâles et 12 femelles. Un calcul statistique a été fait pour s’assurer que nos résultats seront valides. Les animaux passeront par plusieurs tests comportementaux pour réduire leur nombre. Les analyses statistiques finales seront réalisées pour confirmer la validité de nos résultats.
3. Raffinement
Les animaux sont logés par groupes de 4 ou 5 pour répondre à leurs besoins sociaux. Nous mettons du coton dans les cages pour qu’ils puissent faire des nids et des barreaux en bois pour qu’ils puissent ronger, ce qui réduit l’agressivité. Les animaux sont observés quotidiennement pour détecter tout signe de stress ou d’inconfort. Pendant les chirurgies, des anesthésies sont toujours utilisées et un suivi post-chirurgical est effectué. Des points limites sont mises en place pour garantir leur bien-être. Si de nouvelles méthodes moins stressantes ou douloureuses sont découvertes, nous les intégrerons à nos procédures.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le modèle d’animal neuropathique utilisé dans cette étude a été caractérisé et validé pharmacologiquement chez la souris (travaux antérieurs de notre équipe). En outre, de nombreuses lignées de souris transgéniques existent et sont disponibles, facilitant ainsi l’étude génétique des mécanismes. Pour le génotypage, les souriceaux seront utilisés avant d’avoir 10 jours car la minéralisation des os de la queue ainsi que le développement de la vascularisation ne sont pas encore complets, ce qui minimise la souffrance des petits. Pour toutes les autres procédures, étant donné que l’étude de comportements nécessite des systèmes neurobiologiques matures, des animaux adultes seront utilisés (arrivée des animaux à 8 semaines lorsqu’ils sont jeunes adultes puis début des procédures à partir de 10 semaines).