
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 28/05/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-486919)
1 105 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures d’un niveau de souffrance léger pour 625 d’entre elles et modéré pour les 480 autres. Les femelles se voient retirer les ovaires pour mimer la ménopause, reçoivent sous la peau une capsule à libération hormonale prolongée, puis subissent des tests de tolérance au glucose et à l’insuline de deux heures chacun avec cinq prélèvements de sang à la queue, plus des injections dans la veine caudale et dans le péritoine. Les chirurgies peuvent provoquer des douleurs, une perte de poids et une mobilité réduite pendant quatre jours en moyenne. Les bénéfices annoncés, un levier thérapeutique contre les symptômes de la ménopause et les effets du travail de nuit, restent au conditionnel, et le porteur conclut qu’aucune stratégie ne permet de remplacer le modèle animal pour ce projet.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Ce projet a pour objectif principal de comprendre le lien et les conséquences physiologiques du dialogue entre la signalisation circadienne médiée par le gène REVERB et la signalisation œstrogénique médiée par le gène ERa. Ainsi ce projet va permettre de 1) Déterminer les mécanismes de ce dialogue et de 2) Définir son impact sur le foie. En effet, de nombreuses études notamment chez l’homme, ont montré un lien potentiel entre la signalisation œstrogénique et les rythmes circadiens. Mieux comprendre les interactions entre ces deux signalisations et leurs rôles physiologiques et pathologiques est un enjeu de santé publique car 1) les rythmes circadiens sont fortement perturbés par le style de vie moderne et pourrait ainsi perturber la santé des femmes (fertilité, ménopause) ; 2) les variations hormonales au cours de la vie des femmes comme au moment de la ménopause pourrait réguler les rythmes circadiens et être responsable de certains symptômes liés à la ménopause. Ainsi, mieux comprendre ces interactions dans un modèle murin pourrait à terme permettre de mieux appréhender certaines situations pathologiques chez la femme. Ce projet pourrait ainsi avoir un impact thérapeutique significatif dans le traitement de la ménopause et chez les personnes travaillant de nuit.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet va permettre de déterminer les liens moléculaires et physiologiques entre la signalisation oestrogénique et la signalisation circadienne, ce qui pourrait avoir un impact thérapeutique significatif dans le traitement de la ménopause et chez les personnes travaillant de nuit. En effet, l’interaction entre la signalisation oestrogénique et les rythmes circadiens représente un levier thérapeutique relevant pour limiter, prévenir et/ou traiter les dysfonctions cardiovasculaires et métaboliques ainsi que les symptomes climatériques et le développement de certains cancers hormono-dépendants chez les femmes menopausées et les travailleurs de nuit.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
– Implantation de capsule à libération prolongée sous la peau mimant les traitements hormonaux de la femme : 10min 1 fois – Ablation des ovaires mimant la ménopause : 15min 1 fois – Test de tolérance au glucose : 3 prélèvements d’une goutte de sang à la queue toutes les 15min puis 2 prélèvements toutes les 30min. (120min 1 fois) – Test de tolérance à l’insuline : 3 prélèvements d’une goutte de sang à la queue toutes les 15min puis 2 prélèvements toutes les 30min (120 minutes 1 fois) – Injection par la veine caudale (1min 1 fois) – Injection intra-péritonéale (30 secondes 2 fois)
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
L’ensemble des procédures de ce projet peuvent induire plusieurs types de dommages au animaux. Premièrement, les chirurgies effectuées peuvent induire des douleurs, une perte de poids et réduire la mobilité des souris pendant 4 jours en moyenne. Deuxièmement, plusieurs nuisances vont également induire un stress : contention pour injection ; pesée hebdomadaire ; mise à jeun. Ces effets indésirables seront monitorés afin de mettre en application l’arbre décisionnel pouvant aboutir aux critères d’arrêt des souffrances.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A l’issue de chaque procédure, les animaux sont mis à mort afin de prélever les organes d’intérêt et réaliser des analyses moléculaires.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les effets pléiotropies des oestrogènes, synthétisées majoritairement par les ovaires, font intervenir des fonctions, tissus et cellules multiples dans l’organisme non modélisables par des approches in vitro. C’est pourquoi le recours à l’expérimentation animale est l’unique approche permettant de comprendre les impacts physiologiques des oestrogènes. De même, les rythmes circadiens font intervenir de nombreux tissus dont l’horloge centrale dans l’hypothalamus intégrant le signal jour/nuit ainsi que la prise alimentaire et la régulation circadienne de nombreuses hormones, tous régulant les rythmes circadiens. Ainsi, l’étude des effets physio(patho)logiques circadiens des oestrogènes ne peut pas être modéliser in vitro. Ainsi il n’y a donc aucune stratégie de remplacement du modèle animal qui permet de répondre aux questions adressées par ce projet.
2. Réduction
Afin de réduire le nombre d’animaux utilisés dans le cadre de ce projet, nous utiliserons majoritairement des femelles car ce projet concerne la régulation circadienne de la signalisation œstrogénique et les œstrogènes sont majoritairement présent chez les femelles. Des souris mâles seront utilisés de manière ponctuelle afin de comprendre la sexe-spécificité des mécanismes mis en lumière. De plus, le nombre d’animaux utilisés par groupe est réduit à son minimum sans compromettre les objectifs du projet. Ce nombre est calculé de manière à donner des résultats statistiquement significatifs selon les études statistiques antérieures qui ont montré que des groupes de 10 animaux sont requis pour obtenir une distribution normale sur des paramètres physiologiques alors que des groupes de 5 animaux sont requis pour les études d’expression génique.
3. Raffinement
L’étude des rythmes circadiens nécessite de raffiner les conditions d’hébergement des animaux afin de respecter leur rythme circadien car les souris sont des animaux nocturnes. Ainsi, dans la limite des places disponibles et minimum deux semaines avant le début des procédures, les animaux utilisés dans ce projet seront hébergés dans une pièce spécifique en cycle inversé (lumière OFF à 10h du matin et ON à 10h du soir) afin de manipuler les animaux pendant leur phase d’éveil quand la lumière est éteinte. Cette inversion du cycle jour/nuit plus adapté à l’expérimentation sur les animaux nocturnes participera au bien-être animal. De plus, pour chaque procédure chirurgicale, les souris sont maintenues sur des tapis chauffant et les conditions d’anesthésie sont adaptées. Tout au long des procédures, les points limites adaptés et précis (décrits dans chaque procédure) sont quotidiennement surveillés permettant de mettre en application l’arbre décisionnel pouvant aboutir aux critères d’arrêt des souffrances.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le choix de l’espèce s’est orienté vers la souris car c’est le seul modèle pour lequel a été générée l’invalidation génique du récepteur aux oestrogènes et des gènes de REVERBs. Afin de ne pas affecter la croissance et la puberté, l’ensemble des procédures sera réalisée après 6 semaines.