
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2025-05-28 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-927264)
180 rats vont être utilisés, tous tués à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Ils passent une heure par jour, cinq jours par semaine, dans des tests d’attention, subissent une chirurgie intracérébrale de 45 minutes, reprennent les tests pendant plusieurs semaines, puis une chirurgie terminale permet de prélever leur cerveau. Le porteur annonce des médicaments plus efficaces contre les troubles de l’attention, la schizophrénie et la maladie d’Alzheimer, quand l’objet immédiat reste la description de deux voies cholinergiques du cortex préfrontal. Il présente le rat comme un « compromis phylogénétique », assez proche de l’être humain pour valoir modèle et assez éloigné d’espèces « plus sensibles éthiquement » comme les primates non-humains, et prévoit 20 % de pertes en cours d’expérience.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La libération d’acétylcholine dans le cortex préfrontal médial est essentielle à de nombreuses fonctions cognitives et des perturbations de la transmission cholinergique corticale ont été impliquées dans plusieurs troubles tels que le trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention , la maladie d’Alzheimer ou la schizophrénie. Nous avons précédemment montré l’existence de deux voies cholinergiques distinctes qui innervent différentes régions du cortex préfrontal. Cependant, à ce jour, l’implication de ces deux voies cholinergiques dans l’attention n’a jamais été étudiée. Le but de ce projet est donc d’étudier le rôle de ces deux voies cholinergiques dans les processus attentionnels.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet de recherche contribuera à mieux comprendre les processus neuronaux cortex préfrontal sous-tendant l’attention. Ces informations contribueront à faire progresser la neurobiologie de l’attention en soi, mais conduiront également au développement de médicaments plus efficaces pour améliorer la cognition dans d’autres troubles neurologiques et neuropsychiatriques dans lesquels l’attention est dysfonctionnelle, comme les troubles de l’attention, la schizophrénie ou la maladie d’Alzheimer. De tels médicaments amélioreront potentiellement la santé mentale et le bien-être des personnes souffrant de troubles de l’attention.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Tous les animaux effectueront des tests comportementaux pour mesurer leurs capacités attentionnelles à raison 1h/ jour, 5 jours par semaine. Ils seront ensuite soumis à une chirurgie intracérébrale (45 min en moyenne). Après récupération, les animaux effectueront de nouveaux les tests comportementaux pendant plusieures semaines. Enfin, à la fin des expériences, ils subiront une chirurgie terminale sous anesthésie sans réveil en vue du prélèvement du cerveau.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Ces animaux sont soumis à différents actes expérimentaux dont le degré maximal de gravité ne dépasse pas le degré modéré. Les nuisances attendues sont celles liées à la manipulation lors des tests comportementaux, et celles suite à la chirurgie qui comprennent un possible risque d’inflammation ou d’infection, des douleurs, l’apparition de plaies dues à un toilettage excessif de la zone opérée, une perte des points de suture avant cicatrisation complète.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux ayant complété la procédure expérimentale seront mis à mort afin de prélever leurs cerveaux afin d’effectuer des analyses post mortem.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’utilisation d’animaux se justifie du fait que les processus attentionnels sont des processus cognitifs et comportementaux qui ne peuvent pas etre étudiés sur des lignées cellulaires (humaine ou animale) ou tout autre modèle in vitro ou in silico, et qu’il n’existe pas encore de modèles mathématiques permettant de les modéliser.
2. Réduction
Le nombre d’animaux nécessaire au projet est réduit au minimum. Un effectif de 15 rats par groupe est un compromis rationnel, compte tenu de l’exigence éthique de réduction du nombre d’animaux et des contraintes expérimentales propres au projet. En effet, pour que nos expériences soient concluantes au plan statistique, il faut obtenir un effectif final minimum de 12 individus. Etant donné que le pourcentage d’attrition est estimé à 20% en fin d’expérience, il faut démarrer l’expérience avec un groupe de 14 rats. Enfin, les résultats seront analysés grâce à des tests statistiques paramétriques, principalement des analyses de variance, avec comparaisons inter-groupes et mesures répétées, suivies de tests a posteriori.
3. Raffinement
Les animaux sont logés par groupe dans des cages munies d’un environnement enrichi. Toutes les chirurgies sont réalisées sous analgésie et anesthésie et sont effectuées en conditions aseptiques, sur couverture chauffante. En fin de chirurgie, l’animal est réhydraté et placé sur une couverture chauffante jusqu’au réveil avec libre accès à l’eau et à la nourriture pour faciliter sa récupération. Les animaux sont ensuite replacés avec leur congénères et feront l’objet d’une surveillance quotidienne afin de pouvoir détecter le plus rapidement possible les éventuels signes d’inconfort, de stress ou de douleur et de pouvoir y remédier rapidement. Toutes les procédures sont effectuées par du personnel formé.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le choix du rat de laboratoire constitue une sorte de compromis phylogénétique. Cette espèce est suffisamment proche de l’homme d’un point de vue phylogénétique (même classe [Mammalia], divergence de leur ancêtre commun il y a environ 100 MYA) pour servir de modèle animal valide des processus cognitifs par rapport à d’autres espèces moins sensibles éthiquement (e.g., invertébrés) et en même temps suffisamment éloignée par rapport à d’autres espèces plus sensibles (e.g., primates non-humains). Les espèces invertébrées (e.g., C. Elegans, D. Melanogaster, A. Californica) peuvent être utilisées pour élucider les mécanismes neuronaux ou génétiques de certains comportements cognitifs mais l’organisation nerveuse et comportementale de ces espèces est beaucoup trop éloignée de celle de l’homme pour constituer des modèles animaux valides de la cognition et de l’attention. Chez l’Homme, les troubles de l’attention sont une pathologie qui se manifeste tôt dans la vie d’un individu et qui a des répercussions importantes tout au long de la vie adule de l’individu. Dans ce projet, les animaux utilisés seront de jeunes adultes en fin d’adolescence en début d’expérience (i.e., âge moyen 2 mois et demi). Cette période du développement correspond à la période de plus grande vulnérabilité au développement de troubles attentionnels.