
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 01/07/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-346853)
Privée d’eau pendant vingt-trois heures pour servir de démonstrateur d’émotion positive, une partie des 396 souris passe ensuite des tests comportementaux de dix à trente minutes. Toutes portent des mutations censées reproduire des traits de l’autisme et vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger, avant d’être tuées pour prélever leur cerveau. Aucun des tests n’est nommé, alors que chaque animal doit être évalué dans plusieurs contextes comportementaux pour permettre les corrélations recherchées. Le porteur écrit qu' »aucune souffrance inhérente n’est prévue pour les souches utilisées », dans un protocole qui repose sur la privation d’eau et sur la mesure de l’anxiété.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’autisme est un trouble neurodéveloppemental qui se manifeste dans divers domaines, notamment les interactions sociales, les comportements répétitifs et le traitement sensoriel. Une compréhension approfondie des liens entre ces symptômes ainsi que les comorbidités associées, comme l’anxiété, est essentielle pour un diagnostic précis, une meilleure gestion des symptômes, le développement d’approches thérapeutiques innovantes et l’identification de biomarqueurs diagnostiques. Ce projet vise à capturer la nature complexe et multifacette des phénotypes associés à l’autisme en étudiant des modèles murins de manière intégrée et exhaustive. En évaluant chaque animal dans plusieurs contextes comportementaux, nous pourrons réaliser des analyses de corrélation pour identifier les relations potentielles entre différents comportements et déterminer si certains déficits comportementaux coexistent ou s’expriment de manière indépendante. Ce type d’approche intra-sujet permet d’établir une vision plus complète et précise des interactions entre symptômes, ce qui renforce la validité des modèles animaux. De plus, cette étude permettra d’identifier des sous-types de phénotypes qui reflètent l’hétérogénéité de l’autisme humain. En intégrant ces données, nous espérons identifier des regroupements symptomatiques spécifiques qui non seulement amélioreront notre compréhension des mécanismes de l’autisme, mais faciliteront aussi le développement de traitements ciblés et personnalisés pour une gestion plus efficace de ce trouble.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Des études de dépistage à grande échelle menées aux États-Unis suggèrent que la prévalence de l’autisme est de 1 enfant sur 34. Bien qu’il n’existe pas d’études de cette ampleur en Europe, la prévalence de l’autisme y est probablement similaire. Ce projet vise à approfondir notre compréhension des mécanismes comportementaux liés à l’autisme. En capturant de manière détaillée la diversité des phénotypes autistiques dans des modèles murins, nous cherchons à mieux comprendre les interactions entre les symptômes sociaux, sensoriels et cognitifs, et à identifier des profils distincts permettant de regrouper des symptômes en sous-types spécifiques. Cette approche aide à mieux représenter l’hétérogénéité des troubles autistiques, facilitant ainsi le diagnostic différentiel et ouvrant la voie à une classification plus nuancée de l’autisme. Grâce à l’identification de regroupements symptomatiques et de biomarqueurs potentiels, ce projet contribuera à l’élaboration de méthodes de diagnostic plus précises. En outre, cette compréhension approfondie des symptômes fournit des bases solides pour le développement de traitements ciblés et personnalisés, adaptés aux besoins spécifiques de chaque sous-type phénotypique. Nous planifions également d’explorer les liens entre les symptômes de l’autisme et les comorbidités associées, comme l’anxiété. En comprenant mieux ces relations, les cliniciens pourront concevoir des approches thérapeutiques qui tiennent compte de ces interactions, optimisant ainsi la gestion des symptômes et améliorant la qualité de vie des personnes autistes.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis à des tests comportementaux de durée variable (10min à 30min).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les tests comportementaux peuvent provoquer du stress ou de l’anxiété chez les animaux. Les démonstrateurs d’émotion positive, utilisés pour évaluer la valence émotionnelle, seront privés d’eau pendant 23 heures avant de retrouver un accès libre à l’eau.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Toutes les souris seront euthanisiées et leurs cerveaux seront prélevés pour des analyses post-hoc.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les expériences proposées dans cette étude nécessitent des mesures comportementales, pour lesquelles l’utilisation d’un modèle animal est indispensable et ne peut être remplacée par des études in vitro ou in silico. Les modèles animaux plus simples, comme la mouche du vinaigre, ne conviennent pas à notre projet, car ils ne présentent pas la diversité de comportements que nous cherchons à caractériser. Les études cliniques humaines, de leur côté, ne sont pas adaptées à notre objectif expérimental, car elles impliquent une population fragile, sans homogénéité génétique ni contrôle strict des conditions environnementales. Les souris partagent avec l’humain de nombreux gènes et circuits neuronaux impliqués dans les comportements sociaux et sensoriels, ce qui en fait un modèle pertinent pour l’étude des bases neurodéveloppementales de l’autisme. Bien que certaines différences existent, ces similitudes permettent d’obtenir des résultats transposables, posant ainsi les bases de futures recherches cliniques.
2. Réduction
Une conception expérimentale rigoureuse garantira la reproductibilité des résultats et, grâce à des techniques d’analyse statistique appropriées, permettra de minimiser le nombre d’animaux utilisés. Les mêmes animaux seront intégrés à toutes les tâches comportementales afin de réduire les besoins en effectifs. Le nombre d’animaux est calculé à 396.
3. Raffinement
Tous les résultats scientifiques concernant les facteurs influençant le bien-être des animaux, ainsi que leur capacité à ressentir et à exprimer la douleur, la souffrance, l’angoisse et les dommages durables, seront pris en compte. Les expériences seront conçues et réalisées de la manière la plus éthique possible. Le matériel adéquat sera mis à disposition des personnes autorisées, compétentes et dûment qualifiées, qui respecteront rigoureusement les procédures mises en place. Aucune souffrance inhérente n’est prévue pour les souches utilisées dans les expériences. Tous les animaux seront manipulés en utilisant les techniques les moins stressantes possibles, conformément à la littérature : l’utilisation d’un tunnel ou des mains en forme de coupe. Un tube en carton et du matériel de nidification seront placés dans chaque cage afin de garantir la poursuite de tous les comportements normaux de l’animal. Les animaux seront placés dans des cages collectives afin de garantir des interactions sociales. Tous les animaux seront habitués dans la pièce d’expérimentation avant chaque tache comportementale. Des points limites spécifiques et des mesures conservatrices pour la procédure sont définis.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris transgénique a été sélectionnée pour rester cohérente avec les études antérieures effectuées au sein de notre équipe. À ce jour, la souris est le seul mammifère pour lequel il est possible, de manière routinière, de modifier le génome afin de créer des modèles de maladies humaines. L’étiologie de l’autisme étant fortement génétique, les modèles transgéniques, basés sur la manipulation (suppression ou modification) des gènes à haut risque pour l’autisme, sont considérés comme des modèles ayant une forte « valeur de construction » (les gènes à haut risque pour l’autisme sont conservés au cours de l’évolution entre l’homme et la souris). De plus, ces modèles présentent une « valeur de face » élevée, c’est à dire que les symptômes observés chez les souris transgéniques (comme les déficits sociaux, les comportements répétitifs et l’anxiété accrue) reproduisent fidèlement certains aspects comportementaux de l’autisme chez l’humain. Les expériences comportementales seront effectuées sur des animaux adultes âgés de 8 à 12 semaines.